Plus le temps passe, plus les savoirs progressent, et moins l’ignorance recule ! Nous sommes tous pollués par ces petits mensonges que l’on avale sans méfiance, parce que la source inspire confiance. À l’instar de celui d’ARTE, le 23 mai 2026 : « Les vers de terre sont des créatures filandreuses… qui disparaissent de la planète à cause du cadmium ! »
Toujours ARTE, pourtant la chaîne culturelle et éducative, le 12 mars 2025 : « Les vers de terre sont immortels ? » « Un ver de terre coupé en 2 se reconstitue en une semaine ! » Ou encore, le 22 avril 2023 : les vers de terre se déplacent à 5 m à l’heure sous la terre ! Tout ça est faux : mal honnête.
Mais, comme me le disait un responsable éditorial, il y a quelques années : « C’est déjà bien, on parle des vers de terre. » Alors, justement, autant en parler correctement ! Bien entendu, un petit mensonge n’est pas un gros. Et quand le sénateur Laurent Duplomb affirme que « L’agroécologie tue notre agriculture », il lâche une grosse caisse avec des conséquences politiques considérables.
À l’exemple de la commission sénatoriale qui a mutilé, cette semaine, le projet de loi d’urgence agricole approuvé par l’Assemblée nationale ! En rouvrant la porte aux importations massives de produits alimentaires, à la réintroduction d’insecticides interdits, au doublement du nombre de mégabassines d’ici 2035… L’été sera chaud. (source)
Concrètement, c’est : plus d’eau privatisée, plus de chimie, plus d’importations ; moins de paysans, moins de biodiversité, moins de garde-fous. Une agriculture qui ne nourrit plus son pays, mais engraisse un système. À suivre.
C’est malhonnête de faire ça au nom des agriculteurs
Cette semaine, le sénateur Duplomb et ses collègues ont bloqué un amendement pourtant pleinement bénéfique pour les agriculteurs.
Ce texte visait à obliger les distributeurs qui revendiquent une juste rémunération, à afficher sur leurs produits la part qui revient réellement à l’agriculteur ! C’est curieux de s’opposer à une mesure qui aurait un véritable impact sur les choix des consommateurs et le revenu des agriculteurs.
NB. On devrait faire la même chose pour les livres : sur le prix de vente, combien reviennent réellement dans la poche de l’auteur ? Beaucoup découvriraient que, sur un livre à 20 euros, parfois, l’auteur ne touche que 50 centimes… Bref.
La malhonnêteté structure notre monde social
Un petit mensonge est une demi-vérité qui maintient l’opinion publique dans l’ignorance et conforte sa communauté dans ses croyances. C’est aussi le pain quotidien de nos politiques : déformer la réalité, tordre les faits et réécrire l’histoire à leur profit. Mais voilà, un petit mensonge en entraînant un autre, on finit par y prendre goût… Et ce glissement, auquel personne n’échappe vraiment, a même fait l’objet d’une publication scientifique, le 24 octobre 2016 :
« La malhonnêteté fait partie intégrante de notre monde social, influençant des domaines allant de la finance et de la politique aux relations personnelles. » Neil Garret, le principal auteur de l’étude : « C’est la première fois que l’on montre de manière empirique qu’un comportement malhonnête s’accroît à mesure qu’il se répète. »
La science n’est pas épargnée, et la malhonnête y fait également des ravages. Lire : « La fabrique des fausses publications scientifiques »
Nous sommes tous malhonnêtes
j’espère l’être le moins possible
Facile, me direz-vous ! Pas faux, d’autant plus que l’honnêteté paye rarement dans un monde malhonnête !
ARTE, 22 avril 2023 : « 90 % de la terre qui nous nourrit pourraient disparaître d’ici 2050. »
Même si le conditionnel est employé, c’est un gros mensonge pour accrocher le « client ». Méga anxiogène de surcroît. La FAO, qui s’appuie sur des données validées par le GIEC : « L’érosion des sols constitue la menace la plus importante. Elle pourrait entraîner, d’ici à 2050, une perte de 10% environ de la production agricole. » (Source) No comment, de 90 % à 10 % de perte.
Sur le front : « Enquête sur la terre qui nous nourrit, » l’émission d’Hugo Clément, reprend la même rhétorique l’année suivante : « 89% du sol agricole français serait dégradé. » Toujours l’usage du conditionnel pour se couvrir, je demande les sources, je me fais traiter d’emmerdeur, plus un mail d’insultes pour clore la discussion.
L’exemple de l’eau et du maïs
Sur le front du 25/05/2026 : « Que fait-on de tout ce maïs ? »
Première info : 25 % de l’eau consommée en France va au maïs.
Rien de tel pour stigmatiser les agriculteurs et nous mettre en colère.
Le procédé est mal honnête.
En effet, 45 % de l’eau prélevée en France sert à refroidir les centrales nucléaires. Dès lors, première question : en cas de sécheresse extrême — scénario auquel nous avons déjà été confronté par le passé, où puiser l’eau pour les refroidir ? Qui est prioritaire : les milieux aquatiques, notre alimentation ou le nucléaire ? Bref.
Que l’irrigation de cultures servant à produire des biocarburants, du gaz ou de l’électricité soit un vrai sujet, c’est évident.
10 % de l’eau prélevée en France sert à l’irrigation.
Et le maïs consomme 38% des 10% d’eau prélevée. (source)
Vous suivez toujours ?
Quand l’eau prélevée sert à l’irrigation, on dit qu’elle est consommée…
Parce qu’elle ne revient pas tout de suite dans le milieu naturel. Une manière de dissimuler les 10 méga-bassines d’eau potable que nous consommons quotidiennement pour pisser et chier dedans (Cf. mon dernier ouvrage : Ne tirons plus la chasse.) Une eau potable souillée par nos déjections et qui ne reviendra pas potable pour autant. Elle n’est pas considérée comme consommée, alors qu’elle l’est.
Bilan : irriguer, c’est mal quand pisser dans l’eau potable, c’est pas mal…
D’accord, je suis limite mal honnête ; encore que !
ARTE – 23/05/2026 : « Les vers de terre disparaissent de la planète… ils sont en train de crever un par un du cadmium plein le tube digestif. Difficile d’imaginer un ver de terre mourant du cancer du pancréas, et pourtant la scène se déroule tous les jours sous nos pieds dans un sol saturé d’arsenic. »
La semaine a été chaude
Bonne nouvelle pour ceux qui ont toujours rêvé de manger des OGM : l’UE vient de les autoriser. Mauvaise nouvelle : vous ne saurez pas quand vous en mangez, car l’étiquetage des produits qui en contiennent n’est pas obligatoire. Ah, ils sont malins.
Il s’agit d’une nouvelle « famille » d’OGM : les NTG. Des organismes génétiquement modifiés, mais pas « transgéniques »… Jongler avec les mots est un métier ! Transgénique : on introduit un gène étranger provenant d’une autre espèce — bactérie, animal, autre plante… NTG : on modifie, supprime ou réorganise les gènes de la plante elle-même.
Et vogue la galère.
À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau
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Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, je les étudie dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine d’ouvrages — dont Éloge du ver de terre et Éloge de l’abeille (Flammarion), je milite pour leur reconnaissance juridique.


