Quand il fait chaud, les vers de terre font comme vous et moi : ils restent au frais ! En juin 2023, j’ai vu un lombric terrestre sortir de sa galerie en plein soleil ! À première vue, il ne semblait ni stressé ni en train de fuir ; se déplaçant à la mi-ombre. Le lendemain, je l’ai retrouvé un peu plus loin sec comme un coup de trique ; preuve que même les vers de terre n’ont pas toujours le nez creux.
Au fait, savez-vous comment s’appelle le nez d’un ver de terre ?
Un prostomium ! Difficile de faire moins parlant, le prix pour faire savant.
C’est une sorte de grosse lèvre qui recouvre sa bouche et où sont concentrés l’essentiel de ses organes sensoriels. Il s’en sert comme un serpent se sert de sa langue pour analyser l’environnement chimique, comme un chien se sert de sa truffe ; il s’en sert pour trouver sa nourriture dans le sol, rencontrer un partenaire sexuel, se repérer… Non, non, je ne vous mène pas par le bout du nez !
Différencier le chaud sec du chaud humide
de la sécheresse du sol
Toute proportion gardée, ce n’est pas la chaleur qui indispose le ver de terre, mais la sécheresse.
Un climat chaud et humide lui convient parfaitement, puisque sa peau est une muqueuse qui fonctionne comme un poumon retourné et doit, de fait, rester constamment humide. À l’inverse, si l’air est sec, il meurt par asphyxie.
Dans une forêt tropicale très humide, à 700 mètres d’altitude, dans les montagnes de la Luzon orientale, aux Philippines, les chercheurs ont découvert récemment l’un des plus beaux vers de terre au monde, bleu indigo, Archipheretima middletoni, un hyper épigé qui vit exclusivement sur le sol et pond dans les arbres… (broméliacée). Cf. l’art. publié en 2025.
Pendant une canicule
Si le sol est déjà sec en profondeur (sécheresse agricole), la canicule va en rajouter une couche en accentuant sa déshydratation. Mais les vers de terre ne sont pas nés de la dernière pluie, 400 millions d’années qu’ils ont colonisé le sol, et ils ont des stratégies pour s’en protéger.
D’abord, ils vont descendre dans le sol pour chercher la fraîcheur et l’humidité, puis ils vont s’enrouler et se mettre à vivre au ralenti. Une stratégie possible parce que leur sang est riche en hémoglobine, une hémoglobine extracellulaire et adaptée au milieu pauvre en oxygène. J’y reviendrai dans un prochain article. Extrait de Sauver le ver de terre (2020), notre second livre sur cette bestiole.
À l’exemple de certaines bactéries capables de modifier leur métabolisme pour s’enkyster, parfois pendant plusieurs dizaines d’années, et ainsi vivre au ralenti lorsque les conditions extérieures leur sont défavorables. La science nomme ces états d’activité biologique réduite : la quiescence ou la diapause.
Quiescence = arrêt imposé par le milieu
Diapause = arrêt programmé par l’organismeLa quiescence est une pause déclenchée immédiatement par une condition défavorable : froid, sécheresse, manque d’oxygène, absence de nourriture… Et elle s’arrête quand les conditions redeviennent favorables. Un ver de terre en quiescence pendant une sécheresse, reprend son activité après la pluie et le sol réhydraté.
La diapause, elle, est une pause programmée biologiquement. Mais elle peut débuter comme la quiescence, sans pour autant être levée lorsque les conditions redeviennent favorables. L’une et l’autre pause sont parmi les mécanismes de survie les plus élaborés.
Il s’enroule sur lui-même pour continuer
à respirer sans se dessécher
C’est dans cette pose qu’il se met en pause. Et 2 moments l’obligent à se poser : quand la température est élevée et le sol sec, quand la température est basse et le sol gelé.
Peu d’espèces de vers de terre entrent en diapause. Pour s’en convaincre, il suffit d’arroser abondamment un coin de son jardin en pleine sécheresse, puis de le recouvrir de matière organique, pour les observer à nouveau en activité. Cela étant, en général, l’été, ils se la coulent douce.
À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau
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Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, je les étudie dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine d’ouvrages — dont Éloge du ver de terre et Éloge de l’abeille (Flammarion), je milite pour leur reconnaissance juridique.


