« Les « fabriques à articles scientifiques » produisent et vendent en quantités quasi industrielles de faux articles scientifiques, » peut-on lire dans The Conversation ; un média de référence. L’article date du 16 février dernier, mais le sujet est connu, puisqu’une publication de Nature alertait déjà en 2023 sur ces entreprises qui vendent de faux travaux à des chercheurs qui ont besoin de gonfler leur CV.

Un commerce en plein essor : « Ce phénomène est d’ailleurs amplifié par l’existence d’agents intermédiaires et de réseaux organisés qui dépassent la simple production de manuscrits et interviennent en contournant et en accélérant les processus éditoriaux et de publication — les articles frauduleux pouvant être acceptés et publiés beaucoup plus rapidement que les articles authentiques… », précisent les deux auteurs, Baptiste Scancar et David Causeur, de l’université de Rennes.

« Les fausses publications scientifiques menacent de submerger la recherche contre le cancer, » tel est le titre de leur article ; les auteurs estiment que « plus de 250 000 articles scientifiques liés au cancer pourraient avoir été fabriqués de toutes pièces entre 1999 et 2024. »

L’explosion des fausses citations

L’autre scandale a été révélé le 9 mai dernier par The Lancet, l’une des revues médicales et scientifiques les plus prestigieuses au monde : le nombre de fausses citations explose. A savoir qu’une étude cite et s’appuie sur des travaux fictifs. (source)

Ça pose souci, car ladite étude, qui cite de faux travaux, pourra à son tour être citée dans une nouvelle étude comme une source fiable… En 2025, The Lancet avait déjà alerté sur les dérives de l’intégrité scientifique (source)

Qu’en est-il dans le domaine qui nous concerne ?

L’agriculture, la biodiversité, l’environnement, où l’influence des firmes et des syndicats agricoles et para-agricoles sur les décisions politiques est considérable, quitte à s’opposer la science lorsqu’elle dérange leurs intérêts. Des décisions souvent prises dans notre dos, à l’image du Club Agriculture et Alimentation, un cercle d’influence qui réunit des parlementaires, des hauts fonctionnaires et des firmes.

Tout d’abord,
pourquoi certains chercheurs ont-ils besoin de gonfler leur CV ?

Pour exister !

Obtenir une promotion, gagner en visibilité, décrocher des financements…L’évaluation d’un chercheur repose en premier sur le nombre de ses publications, censées attester de la qualité de ses travaux, et le volume de citations qu’elles génèrent dans la littérature. En matière de notoriété publique, le Graal est d’être cité par les médias nationaux.

La qualité plutôt que la quantité

Cette pression semble s’être relâchée dans les instituts de recherche français, où la qualité tend désormais à primer sur la quantité, même si les jeunes chercheurs restent sous pression pour décrocher un CDI.

Nous sommes toutefois passés d’une recherche empirique, lente, coûteuse et basée sur l’observation minutieuse, à une recherche majoritairement « déductives » où les modèles mathématiques et le traitement des données prédominent. Je reste, pour ma part, très méfiant à l’égard de ces méta-analyses, car la tentation d’y valider ses propres opinions est grande.

Nota bene. Quand Darwin a présenté oralement pour la première fois son concept de Terre animale à l’âge de 28 ans, il a observé pendant 45 ans les vers de terre avant de le rédiger… Chose impossible aujourd’hui. 150 ans après, ses travaux font toujours référence, la qualité plutôt que la quantité !

En l’état, rien ne permet d’affirmer que ce marché des faux articles scientifiques touche le domaine qui nous concerne. Tout simplement parce qu’aucune investigation n’y a été conduite. Toutefois, en 2019, deux études pour le moins douteuses ont été publiées sur la biodégradabilité du glyphosate.

Le cas du glyphosate

La célèbre molécule détient le record du monde avec plus de 9 000 publications depuis son lancement en 1974 ! Source Web of Science. Et sa particularité est d’avoir été « vendue » aux agriculteurs comme biodégradable.

À la fin des années 1970, on nous enseignait au lycée que la biodiversité était un frein au développement agricole… et que le glyphosate était biodégradable. Notre prof de phytopharmacie était très convaincant, comme tout le monde, j’y ai cru quelque temps. La firme, quant à elle, a exploité l’argument jusqu’au 6 octobre 2009, date à laquelle la Cour de cassation, Chambre criminel, l’a condamnée pour publicité mensongère (source).

La vague

10 ans plus tard :

  • 25 mars 2019. Des chercheurs australiens postule que le glyphosate est biodégradable ! Comme si sa biodégradabilité relevait d’un fait établi… (source)
  • 12 avril 2019. Quand le Vietnam décide d’interdire le glyphosate, les États-Unis le rappelle à l’ordre. (source)
  • 30 avril 2019. L’Agence américaine de protection de l’environnement déclare le glyphosate inoffensif pour la santé humaine…
  • 12 juin 2019, origine Finlande : « Les effets du Roundup sur la faune et le fonctionnement des sols se sont révélés faibles et transitoires, et aucun résidu de glyphosate n’a été retrouvé dans le sol à la fin de l’expérience. Ces résultats suggèrent que les effets secondaires peuvent être limités et que la dégradation du glyphosate reste efficace, y compris dans des sols soumis à des conditions climatiques nordiques. » (source)

En lisant les études australiennes et finlandaises, les seules à ma connaissance sur le sujet — sur plus de 9 000… on comprend que les chercheurs ont su jouer brillamment sur les mots pour orienter leurs conclusions. Bref, des études conformes pour être ensuite citées comme des sources fiables.

Quel avenir pour la science ?
L’avenir nous le dira,
quoiqu’il nous le dise déjà…

À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau

IMPORTANT. Depuis un an, nous travaillons à pure perte. Les financements publics ont pris fin en 2021 et nous refusons les financements privés afin de préserver notre indépendance.

Une animation ou une conférence à nous proposer ? N’hésitez pas à nous contacter ! Autrement, vous pouvez nous soutenir via la boutique, un don, une adhésion.

NEWSLETTER

Inscrivez-vous pour la recevoir dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.