Faible mobilisation cette année pour la Journée mondiale des vers de terre. Exceptionnellement faible. Certes, il y a l’actualité brûlante, mais il y a aussi notre imaginaire collectif qui ne voit pas les vers de terre comme des animaux à part entière.

Tout aussi brûlante, la sécheresse des sols qui a sévi cette année, la plus longue depuis au moins deux siècles. Commencée en mars, elle vient de prendre fin, mais ses conséquences sur les récoltes et le coût de la vie se feront sentir pendant des années.

Car c’est bien de cela dont il s’agit quand on parle des vers de terre : de rendement et de santé des cultures ; et, par ricochet, de sécurité alimentaire et du prix de la nourriture. Par ailleurs, on mesure mal les conséquences sociales de cette catastrophe écologique en cours.

Savez-vous qu’un quart de l’herbe qui pousse dans nos prairies est directement lié à l’activité des vers de terre ?

S’ils ont été en grande partie décimés par la sécheresse, l’agriculteur devra compenser avec des engrais, chimiques ou organiques.

Attention : même si les premiers signes sont alarmants, ça reste qu’une hypothèse pour le moment, car l’évaluation de l’impact réel de la sécheresse sur les populations est en cours. Toutefois, cette journée du 21 octobre aurait pu servir à en parler, car le sujet n’a rien d’anecdotique, leur « travail » étant estimé à 1,1 milliard d’euros par an. Plutôt pas mal pour des travailleurs non déclarés et payés en feuilles mortes.

Vous me direz que les micro-organismes pèsent bien plus lourd sur les récoltes. Et vous avez raison, mais eux aussi ont pris très cher pendant cette sécheresse ; la littérature scientifique témoigne de déséquilibres durables et d’impacts sévères sur la santé des plantes.

POURQUOI ? Parce qu’un sol sec en profondeur est la même chose qu’une rivière à sec. Et le retour de l’eau dans la rivière ne fait pas pour autant revenir la vie aquatique. Sous nos pieds, c’est la même chose, il faut du temps avant de revenir à une situation « normale ».

Bref. Après trois lois agricoles lombricides en 2025 et 2026 (source), les députés avaient cette année une fenêtre de tir pour interpeller le gouvernement sur la préservation des vers de terre. Nous leur avions fourni en amont des éléments scientifiques et législatifs (source), mais par leur inaction, de gauche comme de droite, ils se sont rangés derrière l’avis du sénateur Duplomb et de Madame la ministre de l’Agriculture.

Ce refus en dit long sur ce désert qui sépare les savoirs scientifiques de la culture générale. Le 21 octobre, un journaliste m’a demandé de lui confirmer que le ver de terre n’était pas un insecte ; un autre croyait que le ver de terre était une espèce ; un autre que les vers de compost étaient des vers de terre.

Ajoutons que les vers de terre sont à la lombriculture ce que les abeilles sauvages sont à l’apiculture !

En effet, la fertilité de nos sols ne repose pas sur des lombrics élevés hors-sol, et qui sont incapables de vivre dans la terre, mais sur les « vrais » vers de terre qui y vivent. Or, l’essor de la lombriculture a fini par masquer la réalité des espèces qui peuplent nos champs.

Deux siècles que la science explore le monde des lombriciens, sans succès sur les décisions politiques et les orientations de notre civilisation. Deux millénaires d’évangélisation des consciences n’aident pas. Pour mémoire, c’est en 1837 que Charles Darwin présentait devant la Société géologique de Londres sa théorie sur la formation de l’humus par les vers de terre !

Contrairement aux années précédentes, seuls les médias limousins m’ont ouvert leurs portes ; les autres me l’ont claquée sur le museau… Hé, ça fait mal ! Je remercie Le Populaire du Centre pour son article :

« La pluie est revenue en Limousin, mais la terre reste assoiffée. » Infatigable défenseur des vers de terre, Christophe Gatineau a sondé avec appréhension, en ce début d’automne, les profondeurs du sol après ce qu’il considère comme la plus “inattendue des catastrophes écologiques”… » Lire la suite.

Je remercie également Ici Limousin radio comme télé, de m’avoir offert de parler sans filtre de la condition des vers de terre.

Ce qui s’est passé ce 21 octobre éclaire l’avenir autant qu’il ne l’assombrit

En 2016, je publiais mon premier article sur les vers de terre (plus de 100 000 lecteurs). En 2018, Éloge du ver de terre chez Flammarion ; en 2020, nous lancions cette Journée en France. À chaque fois, il y avait une part d’amusement et de nouveauté. Aujourd’hui, les gens pensent que je radote… que tout a déjà été dit. Alors, pourquoi j’appelle à la convergence des luttes ? Parce que nous avons tous besoin de ce plus petit : de l’agriculteur au consommateur, et sans oublier la faune qui s’en nourrit.

A bientôt.

Soutien

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