Il y a une semaine, j’ai participé à une table ronde à l’Académie du Climat sur l’intérêt de tirer la chasse avec de l’eau potable, quand l’eau se raréfie… comme cette année.
À cette occasion, le recyclage de l’urine dans les jardins et les champs a été abordé, et tous les intervenants se sont accordés sur deux points :
- Ne jamais la diluer
- Ne jamais l’épandre sur le sol ou sur le feuillage
Dans mon dernier livre, j’ai longuement expliqué pourquoi. Cela dit, rien ne vous interdit de le faire si vous y croyez, sauf à perdre la moitié de l’azote qui repartira dans l’atmosphère sous forme de gaz. Et si, de plus, l’urine est diluée, les plantes n’auront plus grand-chose à se mettre sous la dent.
L’azote urinaire
Elle se présente sous forme d’urée, et l’urée n’est pas assimilable en l’état par les plantes. Il faut donc attendre de quelques jours à une quinzaine, selon la température du sol, pour qu’elle le soit. Qu’elle soit transformée en ammonium par une enzyme avant d’être nitrifiée par les bactéries nitrifiantes ; les nitrites et les nitrates étant les formes les plus assimilables.
Nous parlons bien ici de recycler toutes les urines familiales, plutôt que d’en envoyer la plus grande partie à l’égout quand on les dilue. Rappelons qu’une famille avec 2 enfants en produit plus de 2 tonnes par an. Diluée à 5 ou 10 %, cela représente plus de 20 tonnes de liquide… l’équivalent de 1 700 arrosoirs à remplir et déverser… un travail titanesque.
À la sortie de la conférence, un ami venu y assister me demande quelle quantité d’urine pour fertiliser un sol sans le polluer ni le saturer. Car, en effet, comme pour l’eau : un excès ou un manque d’azote nuit à la santé des cultures. Cet ami, c’est Sylvain Lamouroux.
Et une fois n’est pas coutume, je vais faire de la publicité pour le fondateur de l’entreprise Le Jardin vivant, également représentant de la Ligue de préservation des vers de terre en Île-de-France. Pourquoi ? Parce qu’il a fait quelque chose d’incroyable : à 50 ans, il a opéré sa « transition » ! Quittant une vie confortable de directeur commercial chez un constructeur automobile pour vivre sa passion des plantes, des jardins et des aménagements paysagers. Que du bio, de la perma, de l’agroécologie, cela va de soi, n’hésitez pas à le contacter : ses coordonnées ici.
De 1 à 2,8 litres au m2
Dans la Terre au carré du 3 mars 2025, l’invité dit que l’on peut fertiliser 500 m² de cultures par an avec l’urine d’une seule personne ! Ce qui correspond à environ un litre par m², mais on peut aller jusqu’à 2,8 litres, tout dépend, je m’explique.
Extraits de « Ne tirons plus la chasse, nos déjections au secours des sols. »
« Ouvrir un petit sillon avec une binette entre les rangs ou à l’emplacement de futurs semis, puis verser l’urine comme on sèmerait des radis avant de la recouvrir de terre. Cette méthode évite les pertes d’azote.
Un repère pour les jardiniers : nos déjections quotidiennes (urines et matières fécales) correspondent à la fertilisation de 0,5 à 1 m² de jardin par an. Ensuite, il convient d’ajuster en fonction des cultures précédentes ou à venir, des engrais verts et des autres apports organiques.
Un autre repère est la directive « Nitrates », qui vise à réduire la pollution de l’eau dans l’UE. bien qu’elle ne s’applique qu’aux professionnels. elle stipule que les apports d’azote provenant des déjections animales – nous sommes des mammifères comme les autres – sont limités à 170 kilos par hectare et par an, soit 17 grammes par mètre carré et par an. À la louche, cela équivaut à vos déjections cumulées sur deux jours. »
Autrement dit, ne pas dépasser les 2,8 litres d’urine enterrée par m² et par an.
- Participants à la table ronde :
- Animateur : Matthieu PICHON, sociologue et maître composteur
- Daniel CHATEIGNER, professeur de physique à l’Université de Caen Normandie
- Gilles DOMENECH, pédologue
- Moi-même

En l’achetant dans notre boutique,
vous soutenez la Ligue de préservation des vers de terre :
l’intégralité du prix de vente finance nos actions.
Actualité
Il est toujours temps d’écrire à votre député en vue de leur journée mondiale. Les vers de terre sont invisibles dans les textes de loi, oubliés dans les décisions, et juridiquement inexistants. En prime, trois lois « agricoles » viennent d’enterrer leur avenir : une lettre type pour l’interpeller.

Président fondateur de La Ligue de préservation des vers de terre, je les étudie dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine de livres, je milite pour leur reconnaissance juridique. Dernier livre : Ne tirons plus la chasse ! Nos déjections au secours des sols (Ulmer, 2025).
- Éloge du ver de terre (Flammarion, 2018)
- Éloge de l’abeille (Flammarion, 2019)
- Sauver le ver de terre (2020)
- La méthanisation, une énergie qui sent le gaz (2021)
- Éloge du ver de terre, tome 2 (2023)

