Le recyclage de nos déjections permettrait de résoudre 2 problèmes écologiques majeurs. Mais à l’ère de l’intelligence artificielle, l’intelligence humaine continue de les traiter comme des déchets non recyclables !
Ainsi, tous les ans, l’humanité jette à l’égout environ 3 milliards de tonnes d’urine et 300 millions de tonnes de matières fécales.
3 milliards de tonnes, c’est beaucoup
Sur la base d’une population mondiale de 8 milliards d’individus et d’une production moyenne d’un litre d’urine par jour, soit 365 litres par an. Pour les selles, ça ne dépend pas uniquement de l’âge, mais aussi du régime alimentaire. Plus il est pauvre en viande et riche en fibres, plus le poids des matières est important : 300 g par jour au 19e siècle, 400 g en Afrique, il est actuellement de 150 g en France pour un adulte. J’ai retenu la moyenne basse de 100 g par jour.
— « Tout l’engrais humain et animal que le monde perd, rendu à la terre au lieu d’être jeté à l’eau, suffirait à nourrir le monde », Victor Hugo, les Misérables, 1862.
— « Parmi les causes qui retardent l’utilisation de l’engrais humain en agriculture, il faut mettre en première ligne le dégoût instinctif que fait naître une matière fétide et nauséabonde », Benjamin Corenwinder, chimiste et industriel français, 1866.
À l’instar des déjections animales, nos propres déjections sont une formidable mine d’or nutritionnelle pour l’humus. L’humus, là où la vie souterraine se concentre pour transformer la matière organique en engrais naturel pour les plantes. Extrait de mon dernier livre, sous-titré : « Nos déjections au secours des sols ! »
150 ans après, rien n’a changé
Le dégoût instinctif avait à l’époque étouffé la parole des lanceurs d’alerte. Je reprends le flambeau. Rien n’a changé, sinon que la population mondiale a été multipliée par huit… et que l’agriculture est devenue accro aux engrais chimiques pour compenser des sols épuisés et soutenir des rendements élevés.
En plus du dégoût, et de la peur irraisonnée des microbes et des médicaments qui polluent nos urines et nos matières fécales, il y a tous les préjugés culturels et idéologiques ; autant d’obstacles infranchissables qui freinent le recyclage de nos déjections jusqu’au plus haut sommet de l’État.
Ces freins font bien plus que de ralentir la transition écologique et agroécologique, puisqu’ils vont profondément affecter notre capacité à nous nourrir. Sans pessimisme maladif ni catastrophisme, nul besoin d’être devin pour comprendre que c’est la sécurité alimentaire de nos enfants qui est en jeu.
Attardons nous sur le phosphore, l’un des 3 composants de l’engrais phare de l’agriculture non biologique avec l’azote et le potassium. Il y en a plein dans les sols, mais il est inaccessible ! Pour comprendre de quoi il retourne, prenons un exemple. Nous connaissons tous les effets de la carence en fer sur notre santé : pâleur, faiblesse, essoufflement, vertiges, etc. Or, mâcher un morceau de fer ne la résoudra pas plus que d’avaler un boulon dans un peu d’eau, le fer étant sous une forme incompatible avec notre système digestif.
Quelles conséquences de le jeter à l’égout
D’abord, sa disparition programmée des sols est un phénomène bien plus inquiétant que la disparition des vers de terre ou la fonte des glaces. Pourquoi ? Parce que cet élément est tout aussi essentiel que l’oxygène, le carbone et l’eau dans le processus biochimique de la photosynthèse. Le phosphore est un élément vital qui ne peut être ni synthétisé ni créé. Une fois disparu, jetté, il est perdu à tout jamais.
N.B – Comme on le jette, on l’importe chargé de cadmium du Maghreb ! Et avec toutes les conséquences dramatiques sur la santé des fœtus, des nourrissons et des enfants. J’ai publié en 2025 :Du cadmium dans le pain, les pâtes, les patates : un enfant sur 3 contaminé en France ; et en 2026 : Les vers de terre sont à la fois victimes et vecteurs de l’empoisonnement de nos enfants au cadmium.
Il fait le mal en voulant faire le bien !
Le recyclage de nos déjections permettrait de préserver l’humus et les ressources en eau potable tout en contribuant à lutter efficacement contre le réchauffement climatique et l’appauvrissement des sols agricoles. L’humus, c’est cette fine couche supérieure du sol, les 15 premiers centimètres. La suite est à lire dans mon ouvrage.
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Pour celles et ceux qui recyclent leurs urines au jardin, j’y explique pourquoi il est inutile de les diluer : la dilution à 5 ou 10 % ne repose sur aucune considération scientifique. En revanche, il est impératif de les enfouir. Plusieurs articles à ce sujet sont en libre accès :
- L’urine au jardin : toujours l’enterrer dans de petits sillons
- L’urine humaine comme engrais est interdite en agriculture biologique
- Notre corps produit une 1/2 tonne d’engrais agricole par an, pourquoi le jeter
- Mon nouveau livre est déjà un succès médiatique, fini les tabous sur nos pipis et cacas !
- Etc.
Actualité
Un article dans La Charente libre de jeudi au sujet de mon travail : LIRE. Par ailleurs, le gouvernement a présenté cette semaine son « PLAN D’URGENCE AGRICOLE. » (source) Pour lutter contre le réchauffement climatique, il a donc choisi de l’aggraver ! Lire le résumé.
À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau

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il sera trop tard pour commander autre chose que l’addition.
Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, j’étudie les vers de terre dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine d’ouvrages — dont Éloge du ver de terre et Éloge de l’abeille (Flammarion), je travaille depuis plus de 10 ans en faveur de la reconnaissance juridique des vers de terr

