Par eau de pluie, comprenez l’eau collectée sur les toits et conduite vers un dispositif de stockage. Pour arroser votre jardin, pas de souci ; c’est après que la simplicité prend fin… → puisque son utilisation est strictement encadrée dès lors qu’il s’agit d’usages domestiques ou professionnels.
Dans une ferme, on peut laver sa voiture personnelle avec de l’eau de pluie, mais pas son tracteur ! Qui doit être lavé à l’eau potable, tout comme le sol de l’étable.
Tirer la chasse
Quant à tirer la chasse des toilettes avec de l’eau de pluie, aucun problème si votre maison n’est pas raccordée au tout-à-l’égout. En revanche, si elle l’est, l’installation doit être déclarée en mairie, avec des contrôles réguliers, la tenue d’un carnet sanitaire, etc. Décrets n° 2024-796 du 12 juillet 2024 relatif à des utilisations d’eaux impropres à la consommation humaine et n° 2025-239 du 14 mars 2025.
D’autres obligations (dissuasives) s’y ajoutent, à l’exemple de : « Mettre en place une démarche d’analyse et de gestion préventive des risques liés à l’utilisation de systèmes d’eaux impropres à la consommation humaine. »
Quels risques ?
Des risques microbiologiques et chimiques, puisque l’eau de pluie est désormais considérée par les autorités comme polluée ! La douche froide quand c’est l’État qui nous explique qu’elle n’est plus potable, notamment à cause des pesticides. Il pleut des pesticides : c’est scientifiquement documenté depuis le 01 juillet 1965 : G. Wheatley ; J. Hardman ; la dernière date de 2025 : A. Bianco et al.
La logique voudrait que l’on s’attaque à la source de cette contamination généralisée des populations. Www.service-public.gouv.fr, 12/12/2025 :
« Cette eau peut contenir des polluants chimiques, tels que des pesticides, des métaux ou des fibres d’amiante provenant des toitures.
Cette eau n’est pas potable, car elle peut contenir des polluants chimiques, tels que des pesticides, des métaux ou des fibres d’amiante provenant des toitures. Elle est donc considérée comme eau impropre à la consommation humaine (EICH). Pour cette raison, son utilisation à des fins personnelles est autorisée uniquement dans certains cas.”
Ne tirons plus la chasse !
Il y a un an paraissait mon dernier livre. Il aurait dû s’appeler, HUMUS, puisque je n’y parle que d’humus et de l’intérêt de nos déjections pour le nourrir ; l’éditeur m’a imposé : « Ne tirons plus la chasse », un titre qui ne reflète pas son contenu.
Beaucoup croient que j’ai écrit un livre sur les toilettes sèches… alors que je n’y consacre qu’une seule phrase : « Depuis 2009, on peut aussi se soulager dans des toilettes dites sèches, sans apport d’eau, mais leur engouement reste faible en France. On estime que quelques milliers de foyers auraient fait ce choix, guère plus de 5 000 en croisant les sources disponibles. »
Dès sa sortie, mon ouvrage a été victime de lobbying, car le pipi est une chasse gardée.
J’ai eu tout de même la chance de faire quelques belles émissions, dont un direct sur Arte. Liste des médias ici. Qu’importe les bâtons dans les roues, je devais coucher sur le papier : « Nous excrétons ce que nous mangeons. Ingestion, digestion, excrétion, impossible de sortir de cette boucle, le monde est vivant selon ce principe. » J’ai écrit un livre d’agronomie et de réflexion sur l’avenir de la fertilité des sols.
Tout ce qui vient du sol
doit y retourner, nous crottons du sol,
nous pissons du sol.« Tout au long de notre vie, nous consommons des sols. Même le papier pour s’essuyer le derrière en provient. De fil en aiguille, nous avons fini par croire que les sols étaient sans date de péremption, c’est-à-dire hors du temps et de l’évolution.
La terre qui nous nourrit… l’image semble surannée dans un monde où seules l’innovation, la technologie et la performance trouvent grâce à nos yeux. »
La loi en eaux troubles
Erratum dans mon dernier livre : je me suis trompé en affirmant qu’il était interdit de tirer la chasse des toilettes avec de l’eau de pluie.
Je faisais référence à l’article R. 211-126 du décret n° 2023-835 du 29 août 2023, dans lequel il est écrit que « l’utilisation de l’eau de pluie est interdite à l’intérieur des locaux à usage d’habitation ». Or ce décret, rattaché au Code de l’environnement, concerne uniquement les usages non domestiques de l’eau de pluie.
Pour celle utilisée à l’intérieur des locaux à usage d’habitation, c’est le Code de la santé publique qui s’applique. J’ai donc demande pourquoi un décret concernant les usages non domestiques, faisait néanmoins référence à aux usages domestiques à l’intérieur des locaux d’habitation. Je n’ai pas eu de réponse.

En conclusion,
Sous couvert de conditions sanitaires, la législation s’est dernièrement durcie lorsqu’il s’agit de tirer la chasse avec de l’eau de pluie dans une maison raccordée au tout-à-l’égout. En revanche, qu’il pleut des pesticides, semble naturel aux yeux des autorités sanitaires.
Quant à ceux qui tirent la chasse avec de l’eau potable, la France consomme l’équivalent de dix mégabassines d’eau potable par jour pour pisser et chier dedans.
Le langage est fleuri, mais adapté à l’absurdité de la situation.
À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau
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Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, j’étudie les vers de terre dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine d’ouvrages — dont Éloge du ver de terre et Éloge de l’abeille (Flammarion), je travaille depuis plus de 10 ans en faveur de la reconnaissance juridique des vers de terre.

