« Alerte sur le bio ! » Quand France 2 se paye la tête du bio

Des semeurs de doute

Le résumé de France 2 ne laisse aucun doute quant à leurs intentions : « Bio ne signifie pas sans pesticides : des centaines de produits d’origine naturelle sont autorisés en agriculture biologique pour les traitements. » Vu sous cet angle, ça fait peur : des centaines de pesticides. D’accord, le but d’une alerte est d’informer rapidement d’une situation dangereuse, mais ça alimente aussi les rumeurs les plus folles : le bio, c’est pas mieux et c’est même pire.

Des centaines de produits

0,06 % suspectés d’être cancérigènes

Élise Lucet tire la sonnette d’alarme

Des dégâts considérables et durables

Moi-même, j’ai eu un moment de doute : des centaines de produits… Et pourtant, j’étudie depuis plus de 40 ans l’impact social et environnemental des pesticides. Mais sur l’opinion publique, les effets ont été dévastateurs comme en témoigne ce commentaire : « J’ai toujours été vigilante sur la provenance du bio, car il y a bio et bio. Je croyais la législation française plus sérieuse, mais après avoir vu l’émission Cash Investigation, je n’ai plus confiance au bio français ou européen, car il ne garantit pas une alimentation saine. » Des dégâts irrémédiables, et des firmes des pesticides et des engrais chimiques qui en sortent grandies.

Des réactions, il y en a eu beaucoup

¤ « Mes parents ont vu l’émission, le résultat est sans appel : pour eux, le bio est une arnaque. Et dans leur jugement, ils ne font pas de distinction entre le petit producteur passionné et engagé et une grosse boîte qui s’offre le logo AB… »

¤ « Une émission géniale pour perdre les consommateurs. »

¤ « Sujet à charge, sans nuances, qui augmente la défiance envers l’agriculture bio. »

¤ « Dommage que les journalistes n’aient pas eu plus de recul, même si le bio n’est pas parfait. »

¤ « Une émission pour entretenir la confusion… Mettre par exemple le logo HVE au même niveau que le logo AB n’est pas très sérieux, voire malhonnête. »

¤ « Une atmosphère de soupçon à l’égard de la filière « bio » est bien insufflée, alors que le problème est visiblement ailleurs : cahiers des charges pas toujours cohérents, défaut de contrôle, ¤opacité des organes de décision, réglementation truffée de dérogations … Du coup, j’ai essayé par moi-même de trouver les informations sur les sites officiels, mais c’est un maquis inextricable… »

¤ « Bel éclairage sur les pratiques de certains. Et chacun se renvoie la balle comme en agriculture conventionnelle ! C’est pas moi c’est l’autre. On ne savait pas … »

¤ « Honnêtement je pense que les gens réalisent que le bio c’est trop cher pour ce que c’est. »

¤ « Bio, non bio, raisonné, on s’y perd, mais vu la conjoncture, c’est le prix qui décide. Tous les fruits et les légumes bio sont hors de prix. »

¤ « C’était fait pour casser la filière bio et éloigner le consommateur… »

Certains commentaires vont jusqu’à associer les pesticides chimiques à une alimentation saine et abondante, mais aussi à une augmentation de l’espérance de vie ! Comme si les fabuleux progrès de la médecine étaient étrangers à cette espérance : « en dépit de leurs supposés effets toxiques, cela n’a pas empêché une augmentation exponentielle de la durée de vie… » Par ailleurs, ce discours sur l’abondance grâce aux pesticides se retrouve dans la sphère politique, et régulièrement dans la bouche des ministres de l’Agriculture.

En conclusion

N.B. La permaculture se positionne au dessus de l’agriculture, prétend être meilleure, même si elle n’a jamais nourri son homme. Or son cofondateur, David Holmgren, explique en 2014 pour Le Labo des savoirs : « Dans le futur, nous devrons être plus sobres dans l’utilisation des substances chimiques, pas seulement à cause des dégâts qu’elles peuvent provoquer, mais aussi à cause du coût énergétique de la production de ces substances. De la même manière, l’utilisation des énergies fossiles en agriculture doit être réduite, non pas qu’elles devraient être rejetées parce qu’elles sont intrinsèquement mauvaises, mais parce qu’à l’avenir elles seront plus chères et moins disponibles. » Le discours n’est en rien radical contre les pesticides ou les énergies fossiles, il faut être sobre, car ça coûte cher… une motivation bien loin des pionniers de l’agriculture biologique ou de ceux qui la vivent au quotidien.

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