Tout le monde patauge : aucune base chiffrée, rien n’est clair dans l’article 13 de la loi « Duplomb 2 » du 18 août dernier. Des volumes d’eau sortis du chapeau, estimés au doigt mouillé — et l’État qui s’arroge le droit de ponctionner les plans d’eau de loisirs pour irriguer les cultures. Une politique de l’eau sans chiffres ni garde-fous.. Open bar. Explications.
Désolé d’avoir fait preuve de légèreté en écrivant au mois d’août : « Le président Macron a promulgué cette semaine la loi dite Duplomb 2, qui double le nombre de mégabassines. » Je me suis fait prendre par la patrouille !
Mea culpa, la loi n° 2026-796 du 18 août dernier ne dit pas que le nombre de mégabassines sera doublé, mais bien pire : qu’on va doubler, d’ici 2035, le volume d’eau stocké pour les usages agricoles — sans préciser quel volume sera doublé ! Tout simplement parce que le gouvernement ne le connaît pas, ce volume déjà stocké.
Pas plus qu’il ne connaît le nombre exact de mégabassines en France ! Tout ça semble si incroyable. De tous les documents que j’ai pu consulter : une centaine de mégabassines sont recensées en France, en fonctionnement ou en projet (source). L’État semble en incapacité de distinguer celles en activité, en construction ou encore à l’état de projet.
Une confusion entretenue par l’État lui-même. Pour défendre la loi du 18 août, Madame la ministre de l’Agriculture, devant le Sénat le 1ᵉʳ juillet 2026, a parlé de 400 projets bloqués. Selon le locataire de Matignon, le 19 février dernier, ce chiffre grimpait à 507 : 390 projets incomplets, 35 en instruction et 82 en contentieux (cf. communiqué de presse).
Tout le monde patauge
Aucune base chiffrée, ce qui n’a pas empêché le sénateur LR Laurent Duplomb de déclarer : « Jamais un texte législatif n’avait posé un tel objectif chiffré de stockage. » (source) Il parle d’un cap « fixé à un milliard de mètres cubes d’ici 2035 ». La loi, elle, est muette à ce sujet ; il la fait parler comme un ventriloque sa marionnette. Même la presse agricole reconnaît que ce chiffre ne repose sur rien (source).
Rien n’est net dans l’article 13, ce qui n’a nullement gêné le Conseil constitutionnel. Et non content de doubler un volume déjà estimé au doigt mouillé, l’État s’est octroyé le droit de récupérer l’eau de certains lacs de loisirs. Ben oui, il ne va pas récupérer celle des barrages hydroélectriques. Voici le texte, chacun appréciera : « l’État se fixe comme objectif le doublement des volumes de stockage d’eau pour les usages agricoles d’ici à 2035. Ce doublement s’accompagne d’une remobilisation de volumes disponibles dans les plans d’eau existants et des ouvrages de stockage multi-usages réalisés dans un cadre concerté. » (source).
Une loi écrite par ceux qu’elle sert
L’objectif de cette série de lois, depuis le 24 mars 2025, était de lever toutes les contraintes pesant sur le développement de l’agro-industrie. Objectif atteint.
Le sénateur Duplomb a lui-même revendiqué, face caméra dans un Complément d’enquête, être lobbyiste et défendre des amendements rédigés par la FNSEA. (source à 13 min.)
La FNSEA qui écrit la loi : c’est beaucoup mieux quand ce sont ceux qui la font qui le disent.
J’avais publié le 12 juillet dernier : « Bien plus qu’un syndicat agricole : une force politique à l’assaut de la Constitution ». Un rappel utile. La FNSEA se présente comme le syndicat agricole majoritaire, alors que la majorité des agriculteurs ne sont pas syndiqués ! Et les derniers chiffres montrent qu’aucun syndicat ne peut également prétendre représenter la majorité des agriculteurs syndiqués.
J’ignorais par ailleurs qu’un élu de la République puisse se revendiquer être un lobbyiste, comme je pensais naïvement que la loi se devait de fixer des règles claires.
La « patrouille »
C’est une sorte de police des bonnes mœurs qui, pour prendre la lumière, cherche à éteindre les vôtres.
Je la remercie sincèrement d’éclairer mon chemin et de consacrer autant de temps à traquer, dans mes textes, la virgule mal placée ou l’information prétendument mal sourcée. En effet, j’avais sous-estimé la portée de l’article 13 — mais eux aussi ! Alors, qui sont ces patrouilleurs ? Ces gardiens de la révolution écologique, si j’osais. En deux mots : ils n’ont jamais cultivé autre chose que des mots et des théories.
Le dernier en date était un peu brut de décoffrage. Suite à la lecture de mon article sur la sécheresse, l’inconnu a conclu que j’étais climato-sceptique, avant de terminer par : « Je t’emmerde, pauvre con ».
À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau
PS. Voir la vidéo du youtubeur Xavier Mathias, suite à la tempête de grêle qui a ravagé notre jardin au mois de juillet.

Nous travaillons désormais à pure perte. Les financements publics ont pris fin en 2021 et nous refusons les financements privés afin de préserver notre indépendance. Pour soutenir la Ligue de préservation des vers de terre, notre travail, nos actions : le chemin vers la boutique, un don, une adhésion.
Président fondateur de La Ligue de préservation des vers de terre, je les étudie dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine de livres, je milite pour leur reconnaissance juridique. Dernier livre : Ne tirons plus la chasse ! Nos déjections au secours des sols (Ulmer, 2025).
- Éloge du ver de terre (Flammarion, 2018)
- Éloge de l’abeille (Flammarion, 2019)
- Sauver le ver de terre (2020)
- La méthanisation, une énergie qui sent le gaz (2021)
- Éloge du ver de terre, tome 2 (2023)


