La FNSEA se présente comme le syndicat agricole majoritaire, alors que la majorité des agriculteurs ne sont pas syndiqués ! Et les dernières élections professionnelles montrent clairement qu’aucun syndicat ne peut prétendre représenter la majorité des agriculteurs. [Source : Réussir.]

Malgré cela, dans son rapport d’orientation Élysée 2027, la FNSEA demande aux présidentiables de reconnaître pleinement son statut de syndicat majoritaire : « Une reconnaissance pleine et entière du rôle indispensable du syndicalisme agricole majoritaire dans la concertation, la déclinaison territoriale et l’évaluation des politiques agricoles. » Autrement dit, de sanctuariser son rôle de cogestionnaire de la politique agricole !

La FNSEA, une force politique

Dès sa création, en 1946, elle se positionne comme une autorité. La droite et les grands exploitants du Nord et du Bassin parisien en prennent la direction, écartant au passage toutes les personnalités issues de la Résistance. [Source.] Comme aujourd’hui, le syndicat se désintéresse de la condition des petits et moyens agriculteurs. Ce qui fera dire au syndicaliste breton, André Pochon, en 1992 :

« Un syndicat qui cogère la politique agricole française depuis trente ans et qui a organisé la propre destruction de ses membres. Ils ont incité les agriculteurs à partir pour agrandir des exploitations. Les quotas, c’est eux. » [Source.] Du vécu : j’ai été chassé de mes terres par ma propre famille (pro FNSEA) sur ce principe….

Par ailleurs, vous remarquerez que la politique agricole française se développe indépendamment des alternances et des pouvoirs politiques depuis 1946. Et quand le sillon dévie, comme en 2014, avec la loi d’avenir qui intégrait la transition agroécologique, il est rapidement redressé. En effet, depuis l’élection présidentielle de 2017, cette loi a été régulièrement déconstruite sous les coups de boutoir de la FNSEA, avant d’être évincée par celle dite « Duplomb », du nom du très conservateur sénateur Laurent Duplomb.

Faire modifier la Constitution

La Constitution est le sommet de nos lois, la norme suprême qui encadre les règles du vivre-ensemble.

Attention, cet article ne confond pas les FDSEA, les fédérations départementales, avec les instances nationales et en particulier son président, qui dirige, entre autres, le puissant groupe agro-industriel Avril. [Source : Groupe Crédit Agricole.] Un président qui a décidé de faire modifier la Constitution !

Pour ce faire, il met la pression sur les candidats à l’élection présidentielle. Je n’invente rien : ce sont ses mots, cf. La TRIBUNE le 2 avril dernier. Il veut « déverrouiller la porte du progrès » en faisant tronçonner l’un des piliers de notre Constitution : le principe de précaution !

En 2004, lorsque ce principe est inscrit dans la Constitution, ses opposants y voient déjà un frein au progrès et un pouvoir accordé aux juges sur le monde politique. En 2026, ces opposants étant au pouvoir, l’élection présidentielle de 2027 pourrait le faire sauter.

C’est le technosolutionnisme, cher à Elon Musk

Le président de la FNSEA ratisse large. Le 8 juillet dernier, Le Figaro le présentait même comme un militant écologiste… : il « milite pour une écologie basée sur la science pour relever le défi climatique sans peser sur la production agricole ». Ce qui revient à dire :

« J’écoute la science quand ça m’arrange. »
Ou bien : quand elle va dans le sens de mes affaires.
Ou encore : « Il faut lutter contre le réchauffement climatique, mais sans changer de modèle. » On trouvera bien une technique pour réparer les dégâts. En plus, ça créera de nouveaux marchés, sens du technosolutionnisme.

Le technosolutionnisme est une croyance selon laquelle tous les problèmes environnementaux peuvent être résolus par l’innovation technologique, plutôt que par des changements de comportement et de mode de production. Après moi, le déluge. À l’inverse, le principe de précaution prend en compte le déluge, les enfants et les générations futures. Il est la traduction politique du fait que nous dépendons tous les uns des autres et, avant toute chose, de l’habitabilité de notre planète. Une grande partie de la classe politique n’y croit plus et y voit aujourd’hui un principe d’inaction !

En conclusion,
2 mondes diamétralement opposés s’affrontent

La nature humaine a besoin de s’affronter,
qu’importe l’os à ronger.
Sur le champ de bataille,
deux mondes se font face.
L’un ne croit plus au vivant,
mais à la technique comme unique solution,
tandis que l’autre défend le vivant
comme seule et unique solution.

Pour savoir quel monde l’emportera : réponse le 16 juillet prochain.
En attendant, pour en savoir plus sur l’importance de cette date : CLIC.

À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau

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