Le grand public s’est ému en 2025 de voir ces tas de vaches mortes entassées comme des déchets verts. Parfois euthanasiées avec l’appui de blindés de la gendarmerie, comme le 11/12/2025 à Bordes-sur-Arize, en Ariège, où 207 vaches et veaux ont été froidement abattus. À cause de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), cette maladie virale fraîchement débarquée en France.

Mais une autre maladie en a tué presque deux fois plus en 2025, c’est la tuberculose bovine ! Attention, ce n’est pas la maladie qui les a tuées, mais la froideur administrative qui conduit à abattre tout le troupeau pour une seule vache malade (source).

Pour préserver les intérêts des industriels de l’import-export de bovins vivants et de lait — alors même que la France importe un quart de sa consommation de lait et de bœuf ! !!! En éliminant les troupeaux, la France peut continuer d’exporter : officiellement, elle n’est pas touchée par ces maladies ! Cette stratégie sanitaire, qui laisse les éleveurs sur la paille, date de l’arrêté ministériel du 4 mai 1999.

Des milliers de bovins condamnés à mort pour en exporter 1,3 million vivants chaque année à l’étranger par camions et cargos, voilà la raison ; la France étant par ailleurs l’un des leaders mondiaux des exportations de bovins vivants (source.)

En 2025, le ministère de l’Agriculture les a justifié comme étant la seule solution pour lutter contre la dermatose. La même stratégie appliquée à la tuberculose depuis 30 ans est un échec absolu (source.) En effet, il y a bien eu une baisse significative en 2003, mais un pic en 2018 (source). Que disait le ministre en 1999 : la situation s’améliore, nous finissons d’éradiquer la maladie... (source) Et en 2026, on nous ressert le même narratif au sujet de la dermatose.

Elles finissent en carburant ou en combustible. Dans les stations d’équarrissage, elles sont broyées et stérilisées à haute température avant d’être séparées en graisses et farines animales. Elles sont ensuite « valorisées » en biodiesel, biogaz, engrais ou combustible destiné à produire de la chaleur. Source ministère de l’Agriculture.

Un coût exorbitant pris en charge par la collectivité : pour 2025, au moins 64 millions d’euros pour la seule dermatose (42 pour la gestion sanitaire et 22 en indemnisation – source) et entre 20 et 30 millions pour la tuberculose, en croisant plusieurs sources.

Au delà du coût social, économique et environnemental, c’est la prime à l’inaction et à un modèle qui détruit notre agriculture et notre souveraineté alimentaire, dans un contexte de crise climatique et de tensions énergétiques.

Et le président de la République de déclarer au Salon International de l’agriculture, le 21 février 2026. « Par les choix sanitaires défendus par le gouvernement, on peut se féliciter d’être en train de gagner durablement le combat contre la dermatose. » La même récitation qu’en 1999 pour la tuberculose.

PS. Tuberculose

Sous la pression des éleveurs, le gouvernement a finalement accepté de revoir sa stratégie. L’arrêté du 12/11/2025 (source) prévoit désormais que le préfet peut ordonner un abattage sélectif selon le nombre de bêtes infectées, avec un suivi de l’exploitation pendant 5 ans et « la réalisation d’un dépistage sur l’ensemble des bovins du troupeau âgés de plus de 12 mois ».
Quant aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé animale, elles sont claires : dépistage régulier, biosécurité et euthanasie des animaux malades.

Pas de coupes rases,
c’est-à-dire pas de massacres inutiles.

En complément

Publié 18/01/2026 : DNC — le mépris du monde rural

À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau

—————————–
Pour soutenir la Ligue, notre travail, nos actions :
notre boutique, un don, une adhésion.

En refusant tout financement privé et publicité visible comme dissimulée, la Ligue de protection des vers de terre a fait le choix de l’indépendance. Mais cette liberté a aussi un prix : nous dépendons de vous. 100% de vos contributions nous financent directement.

Le jour où nous découvrirons que l’argent ne se mange pas,
il sera trop tard pour commander autre chose que l’addition.

Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, j’étudie les vers de terre dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine d’ouvrages — dont Éloge du ver de terre et Éloge de l’abeille (Flammarion), je travaille depuis plus de 10 ans en faveur de la reconnaissance juridique des vers de terre.

L’acheter directement dans notre boutique pour soutenir la Ligue

NEWSLETTER

Inscrivez-vous pour la recevoir dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.