En colère contre ces scientifiques qui disent que la biodiversité n’est pas en danger… à l’échelle des temps géologiques. D’accord, ça permet de jouer aux esprits supérieurs, mais cette posture a aussi fait les affaires de la loi Duplomb.

La nature est-elle en danger ?
— Non, elle s’en remettra !
Dans combien de temps ?
— Le temps d’une nouvelle ère géologique…

Allez expliquer à vos enfants que, dans 500 millions d’années, la nature sera de nouveau belle. C’est à peu près le temps qu’il a fallu à la biodiversité pour être telle qu’elle est aujourd’hui.

Comme ceux qui disent être contre les pesticides, mais qui défendent une agriculture sans labour !

— « Oh, sacrilège, retourner le sol ? MOI, jamais : no labour, respectons la nature. » Dite de conservation des sols, cette agriculture s’interdit la charrue, mais s’autorise les mêmes pesticides et les mêmes engrais chimiques que l’agriculture conventionnelle.

Je ne juge personne, mais à un moment donné, il faut être cohérent. Le pire est : « Je suis contre les pesticides, mais, pour le moment, on ne peut pas faire autrement. » On ne fera jamais autrement, tout le monde le sait. Je propose depuis longtemps une 3e voie, les sécuriser, mais elle n’intéresse personne. Par ailleurs, sortons du simplisme qui consiste à être pro ou anti selon son logiciel idéologique. Non, il n’y a pas d’un côté, les bons agriculteurs bio et, de l’autre, les méchants : le monde est plus diversifié que cela. .

Cette semaine, sur un réseau social « professionnel », un conseiller agricole s’est exhibé : « Ce n’est pas le sol qui nourrit la plante, c’est la plante qui nourrit le sol… » Beaucoup y ont vu une innovation de la pensée ; je n’y ai vu qu’une petite branlette pour se faire mousser. Une pensée qui entretient la méconnaissance d’un milieu, le sol, que nous connaissons peu ; nous connaissons mieux l’univers que les 30 premiers centimètres sous nos pieds.

Et notre conseiller d’ajouter : «Faire pousser des plantes n’appauvrit pas le sol, ça le nourrit ! »
À 2 doigts du requiem sur Le Jardin d’Éden et l’abondance.

Et moi d’ajouter : « Sauf quand on se nourrit des plantes… » Et d’ajouter qu’il y a environ 500 millions d’années, les premières plantes à se développer sur la terre ferme n’avaient pas de racines : elles buvaient et mangeaient avec leurs feuilles. Et en développant leurs racines pour se nourrir dans le sol, elles se sont élevées vers le ciel. Vous me direz que c’est un peu comme l’histoire de la poule et de l’œuf : qui est né le premier ? Pas faux.

Pour l’anecdote, la ministre de l’Agriculture a dit la semaine dernière, sur cette même station, que les agriculteurs avaient réduit de 50 % l’usage des pesticides (source – à 15 mn). C’est royalement faux ; les journalistes ont acquiescé comme si c’était vrai !

Quant aux vers de terre, c’est un secret de Polichinelle : la loi organise leur disparition.
Et, comme si cela ne suffisait pas, la loi Duplomb est venue enfoncer le clou.

J’écrivais dans l’article précédent : « En 2019, au nom de la compétitivité, l’État a refusé de préserver les populations de vers de terre. Pas de les protéger, rien d’extrême, seulement de les préserver. Refuser de les préserver, c’est autoriser leur extermination. » ÉCOUTEZ la suite

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L’échelle des temps géologiques découpe l’histoire de la Terre et du vivant depuis 4,55 milliards d’années jusqu’à aujourd’hui. Raisonner à cette échelle permet de cultiver en même temps une voix dissidente et compatible avec la pensée dominante. Tout l’art de cultiver du positif dans un monde qui s’effondre ; et d’offrir aux multinationales un argumentaire de choix pour influencer notre appareil législatif.

La loi Duplomb en est une illustration frappante : pendant que les opposants rongeaient l’os des néonicotinoïdes, le projet politique passait tranquillou ; un projet qui fait fi de l’environnement, de la biodiversité, de l’humanité.

À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau

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Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, j’étudie les vers de terre dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine d’ouvrages — dont Éloge du ver de terre et Éloge de l’abeille (Flammarion), je travaille depuis plus de 10 ans en faveur de la reconnaissance juridique des vers de terre.

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