Le projet n’est pas nouveau, mais il vient d’être présenté pour la première fois au grand public par la ministre de l’Agriculture. Pour cela, elle a choisi un symbole fort pour l’annoncer : le Salon International de l’Agriculture. « Au titre de la compétitivité, ne faut-il pas se poser la question de la taille critique des exploitations ? »
Et quand l’État pose la question,
ce n’est pas pour en débattre,
il s’agit d’une stratégie de communication,
la question est tranchée depuis 2015,
supprimer 2 fermes sur 3,
et la loi dite « Duplomb » en est la clef de voûte.
En 2019, au nom de la compétitivité, l’État a refusé de préserver les populations de vers de terre. Pas de les protéger, rien d’extrême, seulement de les préserver.
Je serai mercredi prochain à 12:30 sur France Inter pour en parler. Refuser de les préserver, c’est autoriser leur extermination, c’est croire que le génie humain est supérieur au génie naturel, que la décision politique est supérieure à la science. Lire : L’écologie est une science, pas une opinion.
La désagriculture !
Un mot inventé par Madame la ministre pour nous désigner : « Aujourd’hui, nous voyons surgir à l’horizon le spectre de la désagriculture, véhiculée par le discours d’irresponsables. »
Personne ne conteste les ravages de la désindustrialisation. « Forts » de cette expérience, la même logique est appliquée à l’agriculture ! Au lieu d’une qui nourrit, une agriculture cotée, actionnariale à la place de familiale. Ils spéculent sur notre alimentation, et ce serait nous les irresponsables ?
On met notre agriculture en concurrence avec des pays qui ne respectent aucune norme environnementale, sociale ou sanitaire — puis on nous explique que pour rester compétitifs, il faut supprimer les nôtres. La compétitivité, c’est la compétition ; l’inverse de la souveraineté alimentaire.
Sacrifice animale
Dans les sociétés antiques, on sacrifiait animaux et êtres humains pour apaiser les dieux ; la France sacrifie chaque année des milliers de vaches en bonne santé sur l’autel des marchés financiers.
Au nom de l’argent, le sang coule, le rituel a changé de temple, mais l’intention reste la même. Immolées au nom de la compétitivité, pour préserver notre statut sanitaire indemne de tuberculose et de dermatose (DNC) ; la France étant le premier exportateur mondial de bovins vivants.
Extraits du discours inaugural de la ministre de l’Agriculture :
« C’est un fait, si la compétitivité des fermes européennes décroche face aux fermes d’autres continents, la compétitivité des fermes françaises décroche aussi face à leurs concurrentes européennes.
J’assume de dire que les fermes françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, ne peuvent pas toujours tenir la cadence face à des exploitations roumaines, polonaises ou même allemandes, bien plus vastes…
C’est pourquoi, je lutte pied à pied depuis le premier jour de mon arrivée au ministère contre la pensée de nos apprentis-sorciers de la décroissance… » Source.
L’agressivité de M. Duplomb et de Madame la Ministre est à la mesure de leur mauvaise foi envers ceux qui ne partagent pas leurs avis. Lire : Séparons le vrai du faux, le Duplomb du pipeau.
L’agroécologie, c’est fini
Moquée et reléguée à une croyance imbécile, la loi de 2014, sur la transition agroécologique, a été déconstruite au fil des législatures, jusqu’à être définitivement remplacée par la loi dite « Duplomb » ; la loi anti-agroécologie.
Que disait le sénateur Duplomb à ce sujet : « L’agro-écologie ? Personne n’a jamais compris ce que ça veut dire… » / « Ayons le courage de sortir de l’obscurantisme vert… » Il se croit encore au temps des Lumières, se prend pour Voltaire en croisade contre l’obscurantisme. Sauf que c’est une inversion des valeurs, une obscure manipulation à des fins peu glorieuses.
Quant à l’industrialisation de l’agriculture, le capitaine d’industrie et président de la FNSEA disait en 2015 : « un carcan réglementaire et normatif qui n’est plus supportable,» proposant « un moratoire d’un an sur les normes environnementales » ainsi que le regroupement des exploitations agricoles. À savoir la suppression de deux fermes sur trois au profit d’unités industrielles.
La messe est dite,
les grands prêtres ont parlé,
leur parole fait loi,
sans plus de jugement,
sans plus de jugeote.
À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau
Pour soutenir la Ligue, notre travail, nos actions :
notre boutique, un don, une adhésion.
En refusant tout financement privé et toute publicité, visible comme dissimulée, la Ligue de protection des vers de terre a fait un choix clair : l’indépendance. Mais cette indépendance a un prix : nous ne dépendons que de vous. 100% de vos contributions financent directement les actions de la Ligue.

il sera trop tard pour commander autre chose que l’addition.
Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, j’étudie les vers de terre dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine d’ouvrages — dont Éloge du ver de terre et Éloge de l’abeille (Flammarion), je travaille depuis plus de 10 ans en faveur de la reconnaissance juridique des vers de terre.


