Quelle joie, cette victoire contre vous le 3 septembre dernier.
Mais, ô rage, ô désespoir, l’orgueil a parlé
et vous l’avez transformée en défaite !
Pauvres cloportes éborgnés…
Pardon, la colère m’emporte ;
écrivons cela calmement.
Comme si cette nouvelle humiliation ne vous suffisait pas,
nous avons découvert que vous prépariez, dans le plus grand secret,
un décret pour simplifier la destruction des haies ! (lien)
N’est-ce pas une manière d’appeler à notre anéantissement ferme et définitif ?
Les haies, nos réserves naturelles. (lien)
Admettez que le coup est bas contre tout ce qui marche, rampe, vole et vit dans l’obscurité des sols.
De la folie.
Ce monde est-il devenu fou ?
J’ai bien peur que oui, répond celui qui tient ma plume.
Que vous reste-t-il d’humanité ?
Quand vous sacrifiez veaux et vaches pour les faire brûler, (lien)
qu’attendre de vous, nous qui,
à vos yeux, ne valons rien ?
D’ailleurs, les opposants à ces massacres inutiles,
à qui veulent-ils du bien ? À leurs vaches ou à leurs avoirs ?
Je ne sais plus quoi penser.
Et toi, t’en penses quoi ?
— « Rien. »
Tu pourrais avoir un avis, comme tout le monde.
Un peu de personnalité, ça ne te ferait pas de mal :
engage-toi, prends position, nom d’un lombric enragé !
Dis-moi… au moins, nous aiment-ils ?
— « Ils s’aiment trop pour cela. »
Arf ! C’est violent.
Prends des gants, je suis un être sensible.
— « Désolé, j’ai vais publier prochainement sur ta conscience : la sentience animale. »
Les hyènes vont encore te montrer les dents !
— « On n’écrit pas pour plaire. »
Le 1er janvier, tu as écrit que nous partagions avec les vaches le même souffle. T’as même dit, dans un podcast qui sera diffusé cette semaine dans Baleine sous gravillon : « Quand une vache dépose sa pêche dans un champ, elle nourrit une myriade d’organismes et de micro-organismes. »
— « Une bouse est source de jouvence pour la biodiversité. »
Oh, c’est beau !
A ce propos, tu savais qu’il pleuvait des pesticides
— « Non, je l’ai appris en même temps que toi »
Les pesticides ont rejoint le cycle de l’eau
Tu savais que certains réclament une déréglementation de l’usage des pesticides, histoire de bien nous asperger la gueule ?
— « Oui. »
Des pesticides qui vont finir dans les nuages.
— « Oui. Je sais qu’ils font désormais partie du cycle de l’eau. »
Depuis longtemps ?
— « Oh oui ! Dès les années 1960, plusieurs études mentionnent qu’une partie se retrouve dans les nuages.
C’est ouf !
— « L’année dernière, leur volume a été estimé jusqu’à 140 tonnes au-dessus de la France ! » (lien)
L’équivalent d’un grand troupeau de vaches suspendu au-dessus de nos têtes.
— « En quelque sorte. »
Nous nous interrogions avec quelques collègues,
pourquoi acceptez-vous ces pluies de pesticides ?
La chose doit vous paraître naturelle,
nous n’avons pas trouvé d’autre explication.
— « C’est pas faux, l’acceptation est là, on en reparle. »
Ils nous les tiennent.
Ils vous les tiennent.
Ils tiennent même celles des moineaux,
même celles des rouges-gorges…
— « Tu parles de quoi ? »
Des industriels : ils nous tiennent tous par les couilles.
Les nouveaux saigneurs.
Oh, il ne s’agit pas d’une simple expression. Nous en avons plus d’une : deux belles paires. Ah, ça vous en bouche un coin ! Même nos femelles ont des couilles. Deux, comme papa ! Mais pas de bite. Pas besoin. Vous pensiez peut-être que nous nous reproduisions par l’opération du Saint-Esprit.
Désolé : on éjacule comme tous les animaux…
Et pour viser juste, pour trouver le trou, on s’accouple entre partenaires de même taille et de même espèce. Hé, un collègue bleu ne va pas s’accoupler avec un vert — des verts, vous en avez tous dans votre jardin.
— « On va s’arrêter là pour aujourd’hui. »
Pourquoi ?
« T’inquiète, je suis vieux et las des humains, et j’envisage de te passer la main. Tu auras ainsi tout loisir de t’exprimer. En revanche, depuis le temps que nous dialoguons ensemble (depuis 2017), il faudrait que je te donne un nom. Qu’en penses-tu, lecteur ? Masculin ou féminin, puisque notre héros du jour est alternativement mâle puis femelle ! »
PS. En septembre dernier, je vous annonçais leur victoire historique des vers de terre, après la condamnation de l’État par la Cour administrative d’appel de Paris, l’obligeant désormais à intégrer les vers de terre dans les protocoles d’homologation des pesticides. Cf. article et jugement. Bien qu’obligé, le gouvernement a fait savoir qu’il n’appliquera la décision de justice…
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À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau

Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, j’étudie les vers de terre dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine d’ouvrages — dont Éloge du ver de terre et Éloge de l’abeille (Flammarion), je travaille depuis plus de 10 ans en faveur de la reconnaissance juridique des vers de terre.

