Déjà 10 ans que nous œuvrons à la préservation des vers de terre. Et, cette année, leur Journée mondiale du 21 octobre tombe un mercredi, jour des questions au gouvernement, une coïncidence trop belle pour la laisser filer.

J’appelle donc chaque lecteur à interpeller son député, car les vers de terre sont invisibles dans les textes, oubliés dans les décisions, et juridiquement inexistants.

En effet, trois lois « agricoles » viennent d’enterrer leur futur dans l’indifférence générale — tous les détails dans l’article précédent. Dans un second temps, nous solliciterons les candidats à la présidentielle de 2027 pour savoir quelle place ils leur réservent dans leur programme.

Ci-après, la lettre type à copier tout ou en partie, à adapter à votre situation, et à envoyer à votre député. En échange, tenez-nous au courant des suites qu’il ou elle y aura données. L’objet n’est pas de tenir un registre de comptes… mais d’estimer si nos parlementaires ont pris conscience de l’importance économique des vers de terre.

Madame, Monsieur le député,

Saviez-vous que les vers de terre contribuent à 6,5 % de la production mondiale de céréales et 2,3 % de celle des légumineuses ? Soit plus de 140 millions de tonnes de nourriture tous les ans : l’équivalent de deux fois la production céréalière française.

Comment ?

Par leurs urines et leurs matières fécales qui nourrissent la fertilité, leurs galeries qui facilitent l’infiltration de l’eau, et leur rôle dans l’amélioration de la structure du sol et la minéralisation de l’azote.

Dans ce registre, le gouvernement a publié au Journal officiel du 14/12/2021 : « Garants de sa bonne santé, leur rôle est considérable : ils assurent le cycle des nutriments, la transformation du carbone ou encore la régulation des ravageurs et des maladies. La monoculture, le labour profond et les produits phytosanitaires affectent aujourd’hui cet équilibre en appauvrissant les terres. »

Or, contre toute attente, en 2025 et 2026, trois lois « agricoles » font comme si les vers de terre n’existaient pas. Certes, cela peut sembler anecdotique face aux grandes difficultés que traverse notre pays, mais, leur tourner le dos, les ignorer dans la loi, c’est aussi ignorer qu’ils font partie de la solution en tant qu’acteurs à part entière de notre souveraineté alimentaire.

Quel est le sens de ce double discours ? Puisque, d’un côté, l’État encense ces animaux ; de l’autre, il organise leur disparition, tout en continuant à investir dans la recherche ! On estime qu’une soixantaine de chercheurs travaillent, de près ou de loin, sur les vers de terre en France.

Et comme si la situation n’était pas assez confuse, le gouvernement Lecornu n’a toujours pas exécuté le jugement de la Cour administrative d’appel de Paris du 03/09/2025, ordonnant à l’État d’intégrer les vers de terre comme espèces non cibles dans l’évaluation de la toxicité des pesticides.

Nous parlons bien de la première masse animale à vivre dans nos sols depuis 400 millions d’années.

Et de l’un des grands organismes qui les font fonctionner, au même titre que les réseaux mycorhiziens, bactériens et racinaires. Oui, les réseaux lombriciens ont un impact sur les rendements des cultures, mais la science nous apprend également que cet impact est proportionnel à l’importance des populations. Raison pour laquelle les vers de terre sont qualifiés de bio-indicateurs, car leur diversité et leur abondance reflètent la qualité ou la dégradation du sol.

Espérons que cet oubli est involontaire. Bref.

Le 21 octobre est la Journée mondiale des vers de terre. Et cette année, elle tombe un mercredi, jour des questions au gouvernement. L’occasion pour vous de lui demander, par écrit ou à l’oral, quelles dispositions il compte prendre pour corriger cet oubli. Ou plus précisément : quelles dispositions va-t-il prendre pour sortir les vers de terre de cet angle mort du droit ? Ils sont invisibles dans les textes, oubliés dans les décisions, et juridiquement inexistants.

En espérant que vous serez sensible à ma requête, je vous prie d’agréer…

PS. Les trois lois « agricoles » sont celles du 24/03/2025, du 11/08/2025 et du 18/08/2026.


Actualité

Exceptionnellement, je ne publierai pas d’article dimanche prochain, car nous serons le vendredi soir à Bouranton, à côté de Troyes, pour une conférence sur les vers de terre (cf. article de presse), et à l’Académie du climat de Paris, le lendemain, pour parler chasse d’eau en cette période de disette d’eau potable ! Cf. programme.


Soutien

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