Qui aurait pu prédire ? Quand le président Macron parlait fièrement de « transition écologique et d’adaptation au climat, au cœur de l’agriculture » en 2022 (source), qu’il projetait d’éliminer les vers de terre ! De les rayer de la carte agricole.
Et ne me dites pas que j’exagère, il a promulgué depuis trois lois « agricoles » qui nient leur existence : celles du 24/03/2025, du 11/08/2025 et du 18/08/2026. Il aurait pu dire NON. Dire : « Hé, les parlementaires, vous avez oublié les vers de terre, la clé de voûte de nos écosystèmes, la première biomasse animale des sols » et j’en passe. Résultat : la France aime tellement ses vers de terre qu’elle a voté leur disparition ; j’exagère à peine.
Ajoutons à cela que le gouvernement Lecornu n’a toujours pas exécuté le jugement de la Cour administrative d’appel de Paris du 03/09/2025, ordonnant à l’État d’intégrer les vers de terre comme espèces non cibles dans l’évaluation de la toxicité des pesticides.
« Qui aurait pu prédire la disparition des vers de terre ? »
Et, par conséquent, celle des animaux qui s’en nourrissent et celle des animaux qui se nourrissent des animaux qui s’en nourrissent. Entre autres.
« Qui aurait pu prédire la crise climatique ? » Dixit le président Macron, lors de ses vœux aux Français en 2022. En effet, qui aurait pu prévoir… La théorie sur l’effet de serre date de 1824, celle sur les vers de terre ingénieurs du sol de 1828, et la première thèse sur les vers de terre de 1842.
Moqué, le Président postera sur les réseaux le 17/01/2023 : « J’ai le sentiment qu’il y a eu quand même beaucoup de mauvaise foi. » (source) Deux mois plus tard, il signait la première loi anti-vers de terre. Et nous ne sommes pas à l’abri qu’un jour l’un de ses successeurs nous dise : « Qui aurait pu prédire la disparition des vers de terre ? »
Une fenêtre de tir s’offre à nous
Au Jardin vivant, nous sommes les initiateurs de la Journée mondiale des vers de terre en France. Et chaque année, depuis 2020, elle reçoit un soutien appuyé des médias, la palme revenant à Denis Cheissoux et à son émission CO2 mon amour sur France Inter.
Cette journée, le 21 octobre, vise à rappeler que la France continue de traiter ses vers de terre comme des nuisibles et qu’il est urgent de revoir la législation.
Et cette année, miracle du calendrier, elle tombe un mercredi, jour des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. Alors, nous avons une carte à jouer, voire deux, je m’explique.
La première carte : écrire à votre député
Une lettre pour l’alerter sur la situation des vers de terre et lui demander de poser la question suivante au gouvernement le 21 octobre : quelles dispositions compte-t-il prendre pour préserver les vers de terre et les sortir de leur inexistence juridique ?
En effet, les vers de terre sont dans l’angle mort du droit : invisibles dans les textes, invisibilisés dans les décisions. Juridiquement, ils n’existent pas : ils sont inexistants. Nous parlons bien des 200 espèces qui vivent en France métropolitaine et dont la diversité et l’abondance reflètent la qualité ou la dégradation du sol.
La question peut être posée par écrit ou à l’oral et, en principe, le gouvernement a une obligation de réponse. En revanche, rien n’oblige le ministre à ne pas esquiver la question ou rester évasif. Sa réponse est toutefois consignée au Journal officiel, et c’est cela qui nous intéresse dans notre combat pour préserver les populations de vers de terre.
Pour cela, je vais rédiger une lettre type à copier puis adapter à votre situation. L’important est qu’elle soit adressée à votre député en lettre suivie, elle sera téléchargeable dimanche prochain. Elle commence ainsi :
« L’objet de ma lettre pourrait vous sembler bien dérisoire face aux grands défis sociétaux, mais, comme l’écrivait monsieur de La Fontaine : « On a souvent besoin d’un plus petit que soi. » Et le sol pourrait bien être ce petit-là : le sol qui nous nourrit, l’habitat des vers de terre. »
La seconde : écrire à votre candidat à la présidentielle 2027
Ils sont déjà tous sur le pont, preuve que la place doit être bonne…
Le 21 octobre est la journée idéale pour leur demander quelle place ils réservent aux vers de terre dans leur programme. Sur le fond, on pourrait leur demander celle qu’ils réservent à l’agroécologie, seul modèle agricole à respecter les vers de terre, mais leurs réponses, quand ils répondent, sont toujours évasives : j’ai déjà testé.
La première fois que j’ai interpellé l’État, c’était du temps où Nicolas Hulot était l’envoyé spécial pour la protection de la planète du président Hollande. Pas de réponse. Puis j’ai écrit au président Hollande. Pas de réponse. Puis j’ai écrit à tous les candidats à la présidentielle 2017. Pas de réponse. Puis j’ai écrit à tous les candidats à la présidentielle 2022. Pas de réponse. Entre-temps, j’ai continué d’écrire. Parfois, j’ai reçu des réponses, une fois, j’ai reçu une très longue lettre fortement argumentée et dont la conclusion peut se résumer ainsi : les vers de terre habitent au mauvais endroit, on ne peut rien faire.
Comme pour les députés, je vous prépare une lettre type à télécharger.
À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau
LA PEPITE DE LA SEMAINE. De mon beau-fils, breton d’adoption, à la tête du groupe Velvet Gaze : écoutez.

Nous travaillons désormais à pure perte. Les financements publics ont pris fin en 2021 et nous refusons les financements privés afin de préserver notre indépendance. Pour soutenir la Ligue de préservation des vers de terre, notre travail, nos actions : le chemin vers la boutique, un don, une adhésion.
Président fondateur de La Ligue de préservation des vers de terre, je les étudie dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine de livres, je milite pour leur reconnaissance juridique. Dernier livre : Ne tirons plus la chasse ! Nos déjections au secours des sols (Ulmer, 2025).
- Éloge du ver de terre (Flammarion, 2018)
- Éloge de l’abeille (Flammarion, 2019)
- Sauver le ver de terre (2020)
- La méthanisation, une énergie qui sent le gaz (2021)
- Éloge du ver de terre, tome 2 (2023)


