« On peut aspirer à un monde sans viande ni exploitation animale, ou à un monde sans violence ni guerre ; mais, en attendant, la souffrance animale s’intensifie et le monde réel reste inhumain. »
Avant l’ère du gasoil et du tracteur, l’agriculture reposait sur l’exploitation humaine et la force animale. Le progrès l’a rendue économe en énergie musculaire, mais gourmande en énergie fossile : un cheval-vapeur ne vit pas d’avoine !
Notre alimentation s’est améliorée sur le dos de la condition animale
Et à notre surconsommation de viande, beurre, fromage et miel, la concentration a été la réponse. La France produit plus de 15 milliards d’œufs par an (source), grâce aux usines à œufs. Impossible d’atteindre de tels volumes avec des cocottes picorant dans les champs. Des usines qui invisibilisent la souffrance, puisque le droit animal ne s’y applique pas.
Pire, le gouvernement nie l’existence d’élevages industriels en France (source), alors que plus de 200 millions de bêtes à poils et plumes y sont élevées, selon l’ONG Greenpeace (source). Pire, la France est sur le podium des champions européens du mal-être animal (source), avec plus de 3000 fermes-usines.
La loi « Duplomb » est un bras d’honneur à leur bien-être
Avec enfermement et consécration de ces « usines » à viande et à lait, le véritable problème de la loi « Duplomb » n’est pas chimique, mais politique. Elle trace un sillon, impose une direction ; elle a invisibilisé la suppression de la loi sur la transition agroécologique de 2014.
Et quand la science ne va pas dans son sens, elle est disqualifiée. À l’exemple de cette note scientifique sur les dangers de l’acétamipride (un néonicotinoïde) censurée cette semaine par des parlementaires (source). Comme du temps de l’Inquisition, la connaissance est vue comme une menace, l’incarnation du mal.
Biologiquement, nous sommes des animaux ;
humainement, des mammifères
Depuis ma naissance, la consommation individuelle de viande a doublé en France !
Elle avait déjà doublé entre la naissance de ma grand-mère et la mienne ! Nous mangeons des animaux de plus en plus jeunes, un poulet vit désormais 35 jours et il n’a même plus le temps de prendre conscience qu’il est vivant qu’il est déjà mort.
Éloge du ver de terre, 2018, Flammarion : « Avant de finir au crochet, ils sont abattus à la chaîne, sans un mot, sans un regard, sans un mépris. Et même si l’emballage du jambon blanc montre une tête de cochon à l’air débonnaire, comment croire qu’ils ne soient pas un peu tendus quand ils empruntent le couloir de la mort qui les conduit au paradis des cochons ?
Nous élevons nos petits êtres sensibles en leur faisant manger d’autres petits êtres sensibles abattus dans la fine fleur de l’âge. De jeunes cochons qui n’ont jamais mangé une plante fraîche ! N’ont jamais touché la terre ferme avant d’être saignés. Jamais senti autre chose que le cul, la merde et la pisse de leurs compagnons de galère. Jamais entendu autre chose que des grognements et des bruits de chaînes et de moteurs ; et la seule fois où ils voient le soleil, c’est pour aller se faire tailler les jambons. »
La viande, symbole de réussite sociale
Nourriture des élites durant des millénaires, pendant que le peuple se nourrissait de bouillies de céréales, ou crevait la faim, le temps est passé, mais le symbole est resté : 97% des Français mangent de la viande (source). De ce fait, ils sont en grande majorité pour l’industrie de l’élevage, tant qu’elle ne dévalorise pas leur patrimoine et qu’elle reste loin de leurs yeux !
Industrialiser
Comme dans une usine,
pour maximiser les rendements et réduire les coûts,
on standardise,
automatise,
mécanise ;
on applique des process industriels à des êtres vivants sensibles, sans tenir compte de qui ils sont.
Prenons l’exemple de la vache.
La vache ressent la douleur, le plaisir et des émotions complexes. Dotée d’une mémoire d’éléphant, capable de se projeter, de planifier, voire de ruser, elle est joueuse et empathique. De plus, qui soupçonnerait qu’elle partage avec les éléphants la même structure sociale, sans pour autant être leur cousine. La loi lui reconnaît cette conscience, d’être douée de sensibilité, mais la classe comme un animal de rente pour contourner ce qu’elle lui reconnaît. Rente pour rentabilité.
Oui, la vache est génétiquement plus proche de la baleine que du cheval.
Oui, la condition bovine est politique.
Oui, elle a été réduite à n’être qu’une machine à produire toujours plus de viande et de lait ; et maintenant du gaz vert ou « écolo. »
L’industrialisation de l’élevage est récente
Enfant, je me souviens que les vaches avaient encore un nom et une histoire sur la ferme familiale. Mais le jour où elles ont été bouclées, leur identité a été réduite à un numéro. Outre de perdre leur existence sociale, leur existence juridique s’est résumée à n’être qu’un produit ; le principe même de l’esclavage humain tel qu’il a été légiféré dans Le Code Noir en 1685.
J’assume cette comparaison, car c’est l’environnement législatif qui l’autorise. Pour commettre le pire, un être humain a juste besoin d’être autorisé. Que le pire soit légalisé, légiféré. Jusqu’en 1848, la femme noire était bête de somme, objet sexuel et mère porteuse ; ses enfants étant propriété du maître. Suite à l’abolition, les maîtres ont été dédommagés pour cette perte de capital avec l’argent des contribuables ! Pourquoi n’ont-ils jamais été traduits en justice ? Parce que c’était légal.
Pour les animaux, c’est la même chose, vu que le droit animal n’est qu’un sujet de recherche sans réalité juridique. Nous y reviendrons dans un prochain article.
Quant aux animalistes, qui mettent dans le même sac les élevages industriels et agroécologiques, ils soulèvent néanmoins un vrai problème de société. Certes, l’animal est condamné à mort, mais cela justifie-t-il de l’élever dans la souffrance ?
À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau

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Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, je les étudie dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine d’ouvrages — dont Éloge du ver de terre et Éloge de l’abeille (Flammarion), je milite pour leur reconnaissance juridique.


