Face à l’empoisonnement généralisé de la chaîne alimentaire et des enfants, les vers de terre, piliers des sols vivants, se retrouvent à la fois victimes et vecteurs de cette pollution. Un constat d’autant plus amer que la toxicité du cadmium est documentée depuis 1919 : 36 % des enfants de moins de trois ans sont aujourd’hui en surdosage en France.
Classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction, le cadmium peut leur causer des maladies rénales, osseuses et cardiovasculaires. Tout simplement en mangeant du pain, des pâtes, des biscuits, de la purée ou des frites ; une contamination qui s’ajoute aux autres et à une alimentation trop sucrée, trop salée.
Dès les années 1990, l’OMS a alerté
En vain. Depuis, les alertes se sont multipliées sans plus d’effet qu’une promesse électorale. Pire : la teneur en cadmium de nos phosphates (engrais agricoles) est 50 % supérieure à celle fixée par la directive de l’UE. Cas typique de sous-transposition des lois européennes.
Rappelons l’essentiel : le sol qui nourrit est le plus grand patrimoine de l’humanité. Une ressource naturelle rare, non renouvelable à l’échelle humaine, au même titre que l’eau potable, l’air respirable et les océans. Disons le clairement : c’est le berceau de l’humanité où réside de surcroît plus de la moitié de la biodiversité terrestre.
L’UNESCO classe des paysages, des montagnes, des zones humides et même des déserts comme patrimoine mondial de l’humanité, mais pas ces sols fondateurs de notre existence. Plus grave encore : juridiquement, ils n’existent pas en dehors du droit de propriété. Leur fonction nourricière leur est refusée : comment préserver ce qui, en droit, n’existe pas ?
La biodisponibilité
Une forte présence de cadmium ne signifie pas automatiquement un risque élevé, car seule sa fraction absorbable, biodisponible, passera éventuellement du sol à la plante. Et encore : uniquement selon les espèces et les variétés. Et c’est là que les vers de terre entrent en scène.
L’impact des vers de terre sur la santé et la croissance des plantes fait consensus. Et, par ricochet, sur les rendements agricoles. Même si la prudence s’impose à l’égard des méta-analyses et des calculs statistiques, une étude publiée dans Nature (2023) suggère qu’ils contribueraient à 2,3 % des rendements des légumineuses et à 6,5 % de la production mondiale de céréales (maïs, riz, blé, orge). Soit l’équivalent de deux fois la production annuelle de la France : soit environ 140 millions de tonnes (source).
Comment ?
Par leurs urines et leurs matières fécales !
En effet, les racines recherchent les cacas de vers de terre pour s’en nourrir, car ce sont des concentrés nutritifs (et de métaux lourds). Mais beaucoup de racines produisent aussi un liquide visqueux sucré, un mucilage, un nectar appelé exsudats racinaires, que les vers de terre recherchent pour s’en délecter. Et, pendant qu’ils s’en délectent, les plantes se délectent de leur mucus (pipi) riche en azote.
Et, comme nos enfants, c’est en mangeant que les plantes se contaminent.
Les vers de terre “complices”
Et, de la même manière qu’ils augmentent la biodisponibilité du phosphore : son absorption par les plantes augmente de 21 % pour une augmentation de la biomasse végétale de 23 %, selon une étude chinoise publiée en février dernier (source), ils augmentent, en toute logique, la biodisponibilité du cadmium, selon une autre étude chinoise publiée en août 2025 (source). Pour cette dernière, les auteurs se sont concentrés sur le duo vers de terre–microplastiques biosourcés (PLA), souvent présentés comme une alternative « verte » au plastique traditionnel.
Mais une partie du cadmium s’accumule aussi dans leurs chairs !
Les vers de terre, victimes
Une étude chinoise concluait en 2002 que les effets combinés du cuivre (Cu), du zinc (Zn), du plomb (Pb) et du cadmium (Cd) entraînaient un taux de mortalité supérieur à 10 % chez les vers de terre, pouvant atteindre 100 % (source). En 2025, une nouvelle étude chinoise a confirmé l’accumulation et l’impact délétère sur leur croissance : « Nous avons constaté que le stress causé par le plomb (Pb) et le cadmium (Cd) affecte négativement la croissance des vers de terre… De plus, ils accumulent le Pb et le Cd… » (source).
Je n’ai pas trouvé d’études équivalentes en France, en dehors d’une thèse de 2009 qui indique que la présence de vers de terre augmente la biodisponibilité du cuivre et qu’ils se contaminent en mangeant ou par contact, leur peau n’étant pas une peau, mais une muqueuse (source).
L’Etat “complice”
Pourquoi la France a-t-elle choisi de maintenir un seuil plus élevé que le seuil européen ? L’UE a fixé à 60 mg/kg de phosphore (P₂O₅) la teneur max. pour les engrais portant le marquage CE, la France est restée à 90 mg, alors que l’ANSES recommande le taux de 20 mg depuis 2019 !
Le gouvernement prévoit d’y descendre à l’horizon 2038… mais seulement si de nouvelles études y sont favorables. En clair, c’est l’urgence de ne rien changer. Nous allons donc continuer à polluer nos sols nourriciers et nos enfants.
Quant aux aliments bio, à priori un peu moins contaminé, en l’absence de données pour la France, l’ANSES a mentionné que « le mode de production biologique ne permet pas, à lui seul, d’éviter l’exposition au cadmium. » (source)
Dans nos champs
Il est naturellement présent à des concentrations variables, selon l’origine géologique des sols. Il y est ensuite introduit par les fumiers, les engrais phosphatés et les retombées atmosphériques liées à la pollution. Il peut s’y accumuler pendant des décennies, voire des siècles. En agriculture biologique, l’utilisation d’engrais phosphatés est autorisée, mais a priori peu répandue.
Comment se retrouve-t-il
dans nos engrais agricoles ?
Par le biais du phosphore — un élément essentiel à la nutrition des plantes. Il est extrait des mines de phosphate, toutefois, tous les gisements n’ont pas la même teneur : ceux d’origine nord-africaine ont des teneurs très élevées en cadmium contrairement aux gisements magmatiques russes ! Mais comme la plupart des gisements sont en voie d’épuisement, nous exploitons désormais le fond des derniers et le choix est limité d’un point de vue géopolitique — à moins de changer radicalement notre manière de pratiquer l’agriculture.
C’était l’un des sujets de mon dernier livre : Ne tirons plus la chasse, nos déjections au secours des sols !
Si on les recyclait, nos déjections,
on mettrait fin à cet empoisonnement
et on éliminerait cette pollution au cadmium.
Un gène responsable du transfert
Il n’y aurait aucun lien entre la teneur totale en cadmium du sol et celle des végétaux, selon un document de l’INRAE publié en 2020. Tout dépendrait de certaines variétés, en particulier de blé, et d’un gène qui favoriserait le transfert de ce métal lourd vers les racines.
Ainsi, seule l’analyse de la partie consommée a du sens : « Le cadmium s’accumule généralement davantage dans les racines, puis dans les feuilles, les tiges et enfin les grains ou graines. Il est donc normal que les productions végétales “feuilles” présentent des concentrations plus élevées en cadmium. Cela explique aussi le fait que les niveaux de concentration observés dans les maïs ensilage soient beaucoup plus élevés que ceux des maïs grains. » (source)
D’où l’importance de rechercher des variétés « résistantes ».
Les fœtus sont atteints
L’horreur est absolue, les preuves scientifiques solides, une étude croate publiée en février dernier le confirme : les métaux toxiques tel que le cadmium peuvent franchir la barrière placentaire pour s’accumuler dans le fœtus et entraver sa croissance (source).
Avec des effets durables sur son développement, affectant en priorité son foie, ses reins et ses os s’il naît vivant, le cadmium persiste dans l’organisme pendant 10 à 30 ans (source OMS). Un enfer pour cet enfant, ses parents, sa famille ; un bon « client » pour l’industrie médicale.
La toxicité du cadmium est connue depuis 1919 !
Nous sommes en 2026…
Rien ne changera,
sinon en 2038 pour ceux qui croient aux promesses,
car l’argent est le moteur de notre civilisation.
Le grand saut dans l’inconnu
L’humanité vit désormais dans un environnement chimique totalement hors de contrôle. Une bombe sanitaire créée en pleine conscience par l’humanité — ou peut-être créée inconsciemment pour réguler sa surpopulation. Qui sait ? Il y a un an, j’avais publié : « Du cadmium dans le pain, les pâtes, les pommes de terre : un enfant sur trois contaminé en France. »
En conclusion
Il est avéré qu’il pleut des pesticides depuis 1965, ils ont même été intégrés au cycle de l’eau sans notre accord, mais il pleut aussi du cadmium : 14 % de la pollution des sols nourriciers provient du ciel. Source ANSES.
L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a récemment modifié son document en ligne. La mention « jusqu’à 36 % des enfants de moins de 3 ans sont en surdosage » a été supprimée et remplacée par « entre 23 % et 27 % pour les enfants », sans précision d’âge !
Épilogue
La première version de mon dernier livre s’intitulait : La tragédie du phosphore — sous-entendu celle du cadmium. Mais les éditeurs m’ont dit que le sujet n’intéresserait personne… Ils m’ont demandé de diluer mon propos ; il a été publié sous le titre que vous connaissez.
À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau

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il sera trop tard pour commander autre chose que l’addition.
Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, j’étudie les vers de terre dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine d’ouvrages — dont Éloge du ver de terre et Éloge de l’abeille (Flammarion), je travaille depuis plus de 10 ans en faveur de la reconnaissance juridique des vers de terre.

