Après « Duplomb 1 », le sénateur Laurent Duplomb revient à la charge avec « Duplomb 2 » : un projet de loi visant à réautoriser deux insecticides interdits. Son nom s’est désormais imposé dans le langage courant comme un label, voire une véritable doctrine : découvrez qui il est.

Ne comptez pas sur moi pour dire du mal de lui : il fait son job, faisons le nôtre ! Toutefois, le sénateur Duplomb porte en lui ce travers des gens à l’ambition dévorante.

De fils d’ouvrier à gros exploitant agricole et figure politique

Du bas en haut, des classes populaires aux dirigeantes, il affichait récemment son mépris envers une partie du monde agricole : « En France, un tiers des exploitations agricoles a un chiffre d’affaires inférieur a 25 000 euros par an. Ceux-là, ce ne sont pas des agriculteurs, ils vivent des aides… » (source) Sauf qu’il ne manque pas d’aplomb, lui-même a raflé un million d’euros d’argent public en 5 ans. Mieux : il figure parmi les 1 % des agriculteurs les plus aidés par la collectivité en 2023, selon le média Bon Pote !

En croisade contre le bio

L’homme sait se mettre en scène devant son cheptel de vaches, mais passe le plus clair de son temps à Paris ! Brillant, clivant, Il nourrit une haine ordinaire envers le bio ; auteur en particulier d’un amendement pour supprimer l’Agence BIO, l’Agence pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique ; un organisme qui accompagne des producteurs aux consommateurs la transition vers une alimentation biologique. Son seul argument : réaliser des économies ! (source)

En guerre contre l’agroécologie

 « L’agro-écologie ? Personne n’a jamais compris ce que ça veut dire… » / « Ayons le courage de sortir de l’obscurantisme vert… » (source) Vous l’avez compris, vous et moi serions la face obscure de la lumière : hostile à ses lumières. Oh, je ne m’en offusque pas, c’est de bonne guerre, j’ai été élevé au sein d’une famille agricole où le pan maternel jetait le même regard à la « Duplomb » sur le sillon paternel. D’un côté, l’ambition personnelle ; de l’autre, l’humanité. D’un côté, tous les dimanches à la messe ; de l’autre…

Concrètement, mon arrière-grand-père Benon faisait charger ses charrettes de telle manière, qu’en la remontant des marais tirée par ses 6 bœufs blancs bien brossés, le foin frotte les volets des maisons de chaque côté de la rue principale de Saint-Agnant-les-Marais… pour montrer sa grandeur. À l’inverse, mon grand-père Gatineau prenait son vélo alors qu’il avait une voiture, car ça lui permettait de prendre son temps, disait-il.

2 visions du monde opposées.
Le Gatineau pratiquait l’ancêtre de l’agriculture conventionnelle,
l’agroécologie, mais il était considéré par le clan maternel
comme un frein au développement agricole, un arriéré.

Ce contraste résume cette fracture silencieuse qui traversait déjà le monde agricole il y a plus de 50 ans… Le clan maternel aurait d’ailleurs vu d’un bon œil M. Duplomb, engagé contre les loups, les « obscurantistes », les scientifiques « obscurantistes », la science, l’Office français pour la biodiversité, etc.

Il dénonce les obscurantistes qui propagent la peur, mais utilise lui-même la peur pour les dénoncer !

M. Duplomb a clairement dit que l’acétamipride, ce néonicotinoïde, n’était dangereux ni pour l’homme, ni pour l’environnement. Oui, il se fait aussi scientifique à ses heures perdues, accusant une nouvelle fois l’obscurantisme de vous faire croire l’inverse. (source) A l’écouter, nous serions tous bêtes à bouffer du foin, et lui, l’éclairé.

Parfois il dit aussi vrai… disant que l’acétamipride n’est pas cancérigène, mais « oubliant » que ça reste un NEUROTOXIQUE ; un toxique pour le système nerveux. Dictionnaire de l’Académie française : « Se dit de substances dont l’action toxique s’exerce sur le système nerveux. Agent neurotoxique. Gaz neurotoxique. » Le plomb et le mercure sont des neurotoxiques.

A ce sujet, relisons l’avis du Conseil national de l’Ordre des médecins du 30 juillet dernier :

« Sur le plan médical, nous affirmons que le doute n’est pas raisonnable lorsqu’il s’agit de substances susceptibles d’exposer la population à des risques majeurs : troubles neuro-développementaux, cancers pédiatriques, maladies chroniques… » (source)

Ajoutant que rien ne peut justifier les atteintes à la santé humaine ; la neurotoxicité étant particulièrement redoutable sur les fœtus et les enfants.

Disciple d’un capitalisme agricole assisté

On peut résumer sa pensée politique par le refus du commun et des normes environnementales, sociales ou sanitaires, au nom de la compétitivité et de la liberté d’entreprendre. Un libéralisme qui ne veut plus de règles, mais qui considère les aides publiques comme un acquis. Une sorte de libertarisme socialiste ! Que la société aide les agriculteurs en difficultés, bien évidemment, mais elle aide encore plus ceux qui ne le sont pas !

2,1 millions de signataires
n’ont pas suffit à infléchir « Duplomb 1 »,
même pas un plomb dans l’aile.

Suite à la promulgation de la loi « Duplomb 1 » le 12 août dernier, j’écrivais :

Maintenant que l’essentiel fait loi, l’acétamipride pourra être temporairement réautorisé chaque année sur la base de la loi n° 2020-1578 et de l’arrêté du 05/02/2021, jugés compatibles avec la Constitution. Cf. décision n° 2025-891 DC du 7 août 2025, où le Conseil constitutionnel rappelle les modalités d’une réautorisation — au cas où elles auraient été oubliées… » C’est l’objet de « Duplomb 2 ».

Fin stratège, M. Duplomb a demandé la réautorisation d’un second insecticide interdit, au cas où. A priori un pari gagnant, puisque le gouvernement semble privilégier cette option, d’autant qu’aucune pétition ne vient s’y opposer !

Résumons « Duplomb 1 »

  • Fin des vers de terre…
  • Fin de l’agroécologie
  • Fin de l’agriculture durable
  • Fin des paysans
  • Fin de l’indépendance de l’OFB et de l’ANSES
  • Recul sans précédent du bien-être animal
  • Mise sous tutelle de la science
  • Promotion de la méthanisation industrielle
  • Promotion des fermes-usines
  • Les mégabassines promues « d’intérêt général majeur »
  • Etc.
Pourquoi le gouvernement est-il sourd
à « Non à la loi Duplomb » ?

Tout simplement parce que la majorité des parlementaires sont favorables à son programme politique.

L’empoisonnement légiféré

Depuis 10 ans, de texte en texte, la loi de 2014 sur la transition agroécologique a été déconstruite pour faire le lit de la loi Duplomb. Les rares voix qui se sont élevées, dont la mienne, ont été accusées de pessimisme, voire de désinformation. J’ai même eu le rare privilège d’avoir en 2019, deux articles dans Libération affirmant que j’exagérais, voire affabulais.

Par ailleurs, des « habitudes » ont été prises depuis la Seconde Guerre mondiale. La FNSEA cogère le ministère de l’Agriculture et dessine le développement agricole main dans la main avec les multinationales. Aujourd’hui, la société civile tente de reprendre les rênes, mais les résistances sont là — c’est le moins qu’on puisse dire !

La première résistante est Madame la ministre

En effet, lors du pseudo-débat sur la pétition contre « Duplomb 1 », qui a eu lieu le 11 février dernier à l’Assemblée nationale, elle a balayé les 2,1 millions de signataires en évoquant des ROBOTS !

  • Des ROBOTS qui auraient participé, selon elle, à ce succès.
  • Jetant le doute sur la véracité des signatures.
  • Alors même que l’identité de chaque signataire a été vérifiée par les services de l’État.

Une pétition contre « Duplomb 2 » est en cours,
mais elle ne devrait pas avoir plus d’impact que la première.

À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau

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Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, j’étudie les vers de terre dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine d’ouvrages — dont Éloge du ver de terre et Éloge de l’abeille (Flammarion), je travaille depuis plus de 10 ans en faveur de la reconnaissance juridique des vers de terre.

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