Les eaux de toiture sont tout simplement les eaux de pluie qui tombent sur les toits, puis s’écoulent dans les gouttières et les descentes pluviales, avant de rejoindre le tout-à-l’égout ou le réseau d’eaux pluviales, sans jamais être valorisées — sauf cas exceptionnel. On parle tout de même de 10 milliards de m³ d’eau, soit l’équivalent de 15 870 mégabassines de la taille de Sainte-Soline !
Le bon sens voudrait que les villes et les communes retiennent cette eau dans des bassins pour la donner à ceux qui nous nourrissent, plutôt que de la laisser filer. À titre de comparaison, celle de Sainte-Soline permet d’irriguer environ 600 hectares par an. Je vous laisse faire le calcul.
Certes, l’idée est sans doute utopique et le chantier colossal pour remodeler l’espace agricole autour de ces points d’eau, mais la ressource, elle, est bien réelle. Mais comme la lutte contre le réchauffement climatique est elle aussi utopique, le jeu en vaut peut-être la chandelle. Et ce qui paraît titanesque apparaître demain comme du bon sens. Bref.
Notre consommation annuelle d’eau est gargantuesque
5ème canicule de l’année, des incendies records, des températures extrêmes dépassant par endroits les 40 °C, une sécheresse des sols historique, plus de 1 300 cours d’eau à sec, des rivières et des fleuves à un niveau critique, 80 % de la France sous restriction d’eau, parfois d’eau potable, personne ne sait combien de temps ça va durer, mais nous continuons à faire pipi et caca dans l’eau potable ! Nous « consommons » tous les ans l’équivalent de 1 170 mégabassines comme Sainte-Soline pour faire nos besoins.
Cette idée de l’égout fourre-tout et du tout-à-l’égout date du 19e siècle, et elle est toujours d’actualité. Comme si rien n’avait changé depuis. J’ai publié l’année dernière un ouvrage aux Éditions Ulmer pour alerter ; je serai le 3 octobre prochain à l’Académie du climat à Paris pour en parler.
La France à sec
Pendant ce temps-là, le Président Macron s’éclate sur son jet-ski et fait la couverture de Paris Match. Selon son entourage : « L’atmosphère y est légère. Ça se bouscule. Ça se chamaille. Entre mecs. On n’est pas loin de l’ambiance colonie de vacances. » Bien entendu, ces « mecs » ont tout à fait le droit de s’éclater, comme sous l’Ancien Régime. Ils s’éclatent depuis 15 jours sur la Côte d’Azur, mais ils ont aussi le sens des responsabilités… ils ont attendu la fin du méga-incendie de Gironde pour s’éclater. Les pompiers apprécieront cette marque d’attention. Cette semaine, le philosophe Charles Pépin rappelait à la radio que « le pouvoir est la consolation des ratés ». Je souscris.
50 ans avant la Révolution française, Voltaire écrivait : « On a trouvé, en bonne politique, le secret de faire mourir de faim ceux qui, en cultivant la terre, font vivre les autres. » 50 ans après la Révolution française, le député et agronome Pierre Joigneaux écrivait que ceux qui avaient eu la chance de garder la tête sur les épaules, travaillaient à reconquérir leur pouvoir perdu. Le temps a passé, l’état d’esprit est resté : ils s’éclatent au grand jour.
Gonflé, le gars
Quand j’ai entendu cette semaine le président de la FNSEA réclamer encore des milliards pour compenser les pertes agricoles (source), alors même qu’avec le sénateur Laurent Duplomb, ils ont porté des lois qui nient le dérèglement climatique, je me suis dit qu’il fallait être sacrément gonflé !
Et si, pour une fois, les actionnaires des multinationales qui se gavent sur le dos des agriculteurs mettaient la main à la poche ? Et s’ils étaient solidaires avec ceux qui les nourrissent et leur permettent de vivre comme des pachas.
Si au moins ces aides exceptionnelles allaient aux agriculteurs vraiment en difficulté, mais la FNSEA n’a jamais eu la moindre politique sociale : un agri en moins, c’est de la terre en plus pour les « gros », et donc plus d’argent public sous forme d’aides PAC. C’est la politique de ce syndicat depuis 1946. Lire : La FNSEA, bien plus qu’un syndicat agricole, une force politique.
Trop malin pour étouffer la contestation
Le Conseil constitutionnel a choisi la veille du 15 août, pile-poil au creux de l’été… pour annoncer en fin d’après-midi la validation de la loi Duplomb 2 dans sa quasi-totalité… Franchement, si ce n’est pas de la manip. Pour annoncer en particulier la réintroduction des 2 insecticides interdits, au nom de l’intérêt général, et le doublement du nombre de mégabassines (source). Mais les doubler ne veut pas dire que deux fois plus d’agriculteurs auront accès à l’eau. Non, non, on vient d’apprendre que certains agriculteurs n’ont même pas les moyens d’acheter cette eau, qui leur est vendue jusqu’à 35 centimes le mètre cube ! (source) Quelle honte ! Bref.
Rien ne vaut une bonne pluie
Après une pluie, les plantes semblent plus vertes, plus vivantes, contrairement à un arrosage classique, au pied ou par aspersion. Et, en effet, en tombant, les gouttes se chargent d’azote, l’atmosphère en étant constituée à 78 %. . L’azote, le carburant de la photosynthèse avec le phosphore, ceci expliquant cela.
Les apports atmosphériques d’azote dans l’agriculture sont loin d’être négligeables, légèrement inférieurs à ceux des légumineuses : 13 % contre 18 % ; les engrais chimiques représentant la plus grosse part, avec 55 % (source). Il pleut de l’azote, nous le savons seulement depuis 1675 (source). Mais pour ça, il faut qu’il pleuve !
Après, quand il pleut, il pleut aussi des pesticides — c’est scientifiquement attesté depuis 1965 ! Les nuages, des réservoirs de pesticides : qui aurait pu prédire ? L’année dernière, leur quantité au-dessus de la France a été estimée entre 6,4 et 139 tonnes (source). Certes, la fourchette est large, mais pas négligeable : les pesticides ont été intégrés au cycle naturel de l’eau. Il pleut aussi des métaux lourds… comme du cadmium : 14 % des apports de cadmium dans les sols proviennent du ciel (source) !
En conclusion
Si l’égout était une bonne idée au XIXe siècle, du temps où l’humanité comptait un milliard d’habitants et la France deux fois moins, elle ne l’est plus.
En France, notre consommation individuelle d’eau et d’énergie a été approximativement multipliée par cinq depuis 1960. Dans le même temps, la population mondiale a plus que doublé. Dès lors, vouloir en permanence un climat tempéré dans nos logements, de l’eau chaude au robinet ou de l’air froid pour conserver nos aliments, se paye directement sur le dos de la planète. Extrait de : Ne tirons plus la chasse – ULMER 2025.
Il faudrait ralentir
Ralentir l’eau qui s’écoule, ralentir le cycle du carbone et de l’azote dans le sol, ralentir notre consommation de viande, quand les dernières lois agricoles légifèrent le sens inverse : l’accélération ! Cette sécheresse sans précédent nous rappelle cruellement que l’eau est une ressource dont il faudrait prendre soin et apprendre à partager. Problème : dès que la pluie reviendra, nous reprendrons notre train-train quotidien, jusqu’à la prochaine fois, car nous sommes bien trop narcissiques pour nous enrichir de nos erreurs.
À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau
PS. Le youtubeur Xavier Mathias a publié cette semaine une vidéo suite à la tempête de grêle qui a ravagé notre jardin : voir la vidéo.

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Président fondateur de La Ligue de protection des vers de terre, je les étudie dans leur rapport à l’agriculture. Auteur d’une douzaine de livres, je milite pour leur reconnaissance juridique. Dernier livre : Ne tirons plus la chasse ! Nos déjections au secours des sols (Ulmer, 2025).
- Éloge du ver de terre (Flammarion, 2018)
- Éloge de l’abeille (Flammarion, 2019)
- Sauver le ver de terre (2020)
- La méthanisation, une énergie qui sent le gaz (2021)
- Éloge du ver de terre, tome 2 (2023)


