La science n’est pas une opinion. Dans l’art de salir pour discréditer, accuser la science de militantisme — quand elle dérange l’ordre établi, relève d’une stratégie politique visant à la faire taire. Sabotage réussi, puisque les écologues, chercheurs en écologie, paient le prix fort de ce mensonge organisé.

Historiquement, la science a toujours été l’ennemi du pouvoir.
Dès lors qu’elle va à l’encontre des intérêts de la caste dominante,
elle est accusée d’être politisée.
Vous me direz que son rôle n’est pas de plaire,
et encore moins de se plier, mais…

C’est cette indiscipline qui lui est reprochée

La politique, c’est la conquête du pouvoir, la domination des autres et la mise en scène de soi au nom de l’intérêt collectif. De tous bords, aucun parti politique ne fait science ; tous l’instrumentalisent à leurs propres fins.

Quand la politique assène, la science suggère et éclaire sans éblouir.
Elle ne proclame aucune vérité contrairement aux faiseurs de rois,
elle n’a rien d’autre à vendre que la production de connaissances,
toujours provisoires, toujours révisables.
Elle dit le plus vrai possible ; elle avance en terres inconnues.
C’est sa force et sa faiblesse face à ceux qui ne doutent jamais de rien.

L’écologie, l’os à ronger

Pour souder un groupe, rien de tel que de désigner un ennemi. Qu’importe qu’il soit réel ou imaginaire, c’est l’os à ronger, le ciment du groupe. Dans L’Art de la guerre, écrit il y a 2 400 ans, Sun Tzu, ce général chinois, décrivait cette mécanique élémentaire pour prendre ou garder le pouvoir. Toutes les religions ont usé jusqu’à l’os de ce stratagème pour recruter des fidèles et éliminer leurs opposants. Aujourd’hui, l’écologie est cet ennemi.

Bilan : une explosion des violences et des menaces visant les biens, les personnes et les services publics de l’environnement et de la recherche, les ONG, les journalistes… une véritable chasse aux sorcières !

En 2023, j’avais dénoncé dans Marianne un réquisitoire publié par Le Point : « Les écologistes sont-ils en train de « déconstruire » l’agriculture ? » Les écologistes y étaient désignés comme le mal agricole, le poison de l’agriculture, et même accusés de vider les étables… Accusations infondées, mais redoutables quant à l’indépendance de la recherche scientifique.

Depuis, la loi dite Duplomb a affaibli cette indépendance, et sa révision (actuellement en préparation) vise à instaurer un environnement législatif digne du Moyen Âge : c’est le pouvoir politique qui décidera de ce qui fait science, ou non.

L’écologie est une science

Sébastien Barot, spécialiste de l’écologie des sols et des écosystèmes, écologue, géodrilologue, directeur de recherche à IRD et membre de IEES-Paris (Institut d’écologie et des sciences de l’environnement de Paris), a publié en septembre dernier, chez Belin, un pavé : L’écologie est une science (ISBN : 978-2-410-03028-0).
Pas un pavé dans la mare…
mais un livre passionnant où il parle de sa spécialité avec clarté.

Extrait de la 4e de couverture : « L’écologie n’est pas un courant politique, c’est une science. Particulièrement développée durant la seconde moitié du xxe siècle, elle étudie les interactions entre les êtres vivants et avec leur environnement au cours du temps, de la seconde au million d’années, de l’agrégat de sol d’un millimètre à la biosphère entière.

Méconnue, cette discipline scientifique peine à se faire entendre. »

L’auteur : « Les gens pensent souvent que j’ai étudié la biologie. Cela paraît beaucoup plus sérieux, mais ce n’est pas le cas. D’autres personnes imaginent que la seule préoccupation d’un écologue est de protéger les petits oiseaux, ou que je développe de nouveaux moyens pour recycler les déchets…

Mais alors l’écologie, c’est quoi ?

Ma définition préférée de l’écologie est la suivante : c’est la science qui étudie les interactions entre les êtres vivants (par exemple, entre les espèces de plantes d’une prairie) et leur environnement physico-chimique (par exemple, entre les plantes de cette prairie et les caractéristiques du sol comme son pH ou sa teneur en azote) et les conséquences de ces interactions à toutes les échelles temporelles (de la seconde à des millions d’années) et spatiales (de l’agrégat de sol d’un millimètre à la biosphère) possibles. Cette définition peut paraître un peu abstraite mais elle prendra tout son sens au cours du livre. »

Les amoureux des vers de terre seront servis

L’auteur y consacre vingt pages… J’y suis même cité !
Je lui laisse les derniers mots : « Détruire le thermomètre scientifique qui fait le diagnostic de la crise environnementale est forcément contre-productif, et il est crucial d’amplifier les liens entre la connaissance scientifique et les choix collectifs… »

À la semaine prochaine.
Christophe Gatineau

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