Quelle est la bonne date pour réussir ses semis ?

Tous les ans se pose la même question : quand commencer ses semis ? Et comment mettre toutes les chances de son côté pour les réussir ? Il y a quelques secrets comme le couple chaleur & humidité qui doit être optimum, la température du sol… Bref, on va revenir sur tout ça.

Du temps où le semeur.e était illettré, et le semoir inexistant, comment faisaient-ils pour savoir ? Sans internet, ni électricité, ni TV, radios, téléphones, médias, livres, papier, calendriers, prévisions météo, clochers… sans repères temporels en dehors des mouvements de la lune et du soleil. Sachant que chaque erreur de semis pouvait être puni de famine et de morts !

Pour assurer leur arrière, ils s’appuyaient sur un savoir ancestral.

À savoir qu’ils cultivaient “peu de beaucoup” de plantes (bio-diversité), plutôt que “beaucoup de peu” de plantes (mono-diversité ou monocultures). Ils ne s’inspiraient pas de la Nature ou de la forêt, mais du fonctionnement intrinsèque des écosystèmes, sachant que plus un système écologique est riche en espèces, plus il est durable, solide et soutenable.

En agriculture, on appelait ces systèmes de la polyculture-élevage, aujourd’hui on les nomme agro-sylvo-pastoral. En “jardinage”, on les appelle jardin-forêt, forêt nourricière ou forêt comestible, autrefois les paysans les appelaient un jardin. À ne pas confondre avec le jardin des bourgeois et autre potager du roi, ces gens-là se nourrissant sur le dos des paysans, leurs espaces cultivés avaient d’autres fonctions.

Et pour savoir quand semer, ils s’appuyaient sur l’expérience des plus anciens. Cette manière de faire peut paraître archaïque, sauf qu’elle vaut mieux que tous les calendriers de semis que l’on trouve sur internet ou dans les livres, car elle intègre une donne essentielle qui fait toute la différence : le terroir.

Si vous débutez ou tâtonnez, allez donc rencontrer les jardiniers des alentours pour prendre conseil. Mais attention, ne prenez pas tout pour argent comptant, car beaucoup sont atteints de narcissisme chronique… 🙂

On ne récolte pas toujours ce que l’on sème !

Parmi les expressions à la con, figure celle-ci : On s’aime ce que l’on récolte ! Désolé… Qui sème le vent récolte la tempête, on récolte ce que l’on sème ! Mais sur le terrain, on ne récolte pas toujours ce que l’on sème… parfois, on ne récolte que la semence, parfois moins.

Parce que la culture est comme la navigation, elle ne s’apprend pas dans les livres ou en regardant des films sur YouTube… Alors, quand on prend un nouveau terrain, comme prendre la mer pour passer le cap Horn, il est préférable d’aller se rencarder auprès de ceux qui l’ont déjà passé. Comme chez le navigateur, la prise de décision est constante chez l’agriculteur.e, le jardinier.e ou le cultivateur.e pour conduire sa culture à bon port. Sans cesse, il ou elle doit évaluer, présumer, corriger, car le temps étant mouvement, le temps qui passe et le temps climatique, il ou elle doit composer avec.

J’aurais pu publier (à titre indicatif) un de ces tableaux remplis de chiffres savants qui font fi des données territoriales (conditions indigènes ou macroscopiques), mais quel intérêt pour le jardinier de savoir que la carotte germe à partir de 10°C, le poireau à 12 et le haricot à 15 ? Sachant que l’on ne cultive pas l’ubac comme l’adret, le haut comme le bas-fond, à l’ombre comme au soleil, un sol couvert ou découvert. Et puis, il y a les fameux “seins” de glace, mais comme pour l’astrologie ou la numérologie, ça requiert d’y croire. Et comme disait mon voisin, grand croyant devant l’éternel, après une gelée des premiers jours de juin, ça ne marche pas à chaque fois… Embarqueriez-vous sur un bateau qui peut peut-être couler, ou dans un avion dont le moteur ne marche pas toujours ?

Chaque milieu a ses avantages et ses inconvénients. Par exemple, dans un bas-fond, on a l’assurance d’avoir un sol plus riche et peu de problèmes d’eau. En revanche, on récoltera les masses d’air froides en fin de nuit, donc des gelées tardives avec un refroidissement du sol. Frais et humide, un excellent temps pour les champignons et les limaces. Outre que dans ces conditions, le taux de germination est plus faible et la tonicité de la graine germée diminuée, puisqu’un sol froid induit une germination lente et une levée longue, avec un accroissement des risques de pourrissement. L’addition sera donc lourde pour la plante naissante, mise en difficulté dès sa mise au jour !

2 conditions pour réussir tous ses semis.

La température et l’eau. Ce n’est pas la température de l’air qui est importante, mais celle du sol ! Autrement dit, c’est la température intérieure de la graine, pas celle du fond de l’air !

En dehors des conditions génétiques relatives à chaque espèce, comme la vigueur d’une graine à germer, vigueur qui décline avec le temps, ou sa dormance, inaptitude à germer même si les conditions externes sont favorables ; c’est l’eau le couple chaleur et humidité qui déclencheront la germination. En complément, À quoi sert l’eau dans une plante ?

Les 2 autres conditions à prendre en compte

Simple hypothèse, mais à mon avis 2 autres conditions interviennent pour déclencher la germination. Avant de vous les déballer, considérons ensemble que la graine est un être vivant en pause ! En effet, même si chaque plante intègre dans sa semence une part de repos génétiquement programmé, un temps où la graine dort (dormance), ce n’est pas parce que les conditions de température et d’humidité sont favorables que la graine va germer. En effet, la graine a 2 moyens à sa disposition pour savoir si c’est le bon moment pour sortir la tête du sol. La pression atmosphérique lui indique la luminosité et la chaleur disponibles à l’extérieur, et l‘écart entre la durée du jour et de la nuit lui indique sa situation temporelle, la surface du sol étant plus chaud le jour que la nuit.

Savoir réveiller une graine

Pour commencer, le soleil chauffe le sol qui accumule l’énergie thermique pour la relâcher dans l’atmosphère durant la nuit. Mais cette perte d’énergie est compensée par l’énergie qui remonte en continu du centre de la Terre. Voir la vidéo : Un manteau pour votre jardin. Quant à la graine, un organisme à « sang froid », donc un être vivant dont la température intérieure est égale à la température extérieure, elle peut mesurer en permanence les écarts de température entre le jour et la nuit.

Une technique par ailleurs utilisée pour tromper certaines graines, en les mettant au frigo avant de les exposer en continu à une humidité à la bonne température. Pour les plantes acclimatées, la température revêt moins d’importance, puisqu’au fil du temps, elles ont modifié leur métabolisme pour s’adapter. À l’exemple du blé qui germe à 5°C, et même moins, ou du bleuet.

On vous cache tout !

Une graine a d’autant plus de vitalité à germer, se développer et résister aux parasites, qu’elle est semée dans le jardin où elle est née. D’où le double intérêt à faire ses semences.

Une donnée essentielle, mais largement minorée par tous les vendeurs de sachets de graines… Parce que la plante intègre dans sa mémoire génétique, certaines données spécifiques au terroir où elle a vécu, des données qu’elle peut transmettre à sa descendance, comme les variations hydriques. N’est-ce pas cela le fondement même de la culture, avoir conscience de son environnement et y puiser des connaissances pour les transmettre aux générations futures ? Faites vos semences, c’est le secret, d’autant qu’il n’y a rien à faire, sinon de les récolter. Enfin, je simplifie un peu 🙂

La santé d’une plante dépend autant d’une synergie que d’une symbiose entre la variété et le terroir ; raison pour laquelle semer des variétés anciennes n’a aucun sens, quand semer des variétés locales ou issues de ses propres semences prend tout son sens.

Nous profitons aujourd’hui de la modernité, des prévisions météo et de toutes ces informations qui s’échangent sur les réseaux, mais noter reste encore le meilleur moyen pour se souvenir et se construire des connaissances adaptées à son milieu. Et pour les transmettre aux suivants. Autres articles en lien : Jardin vivant, en permaculture ou naturel, lequel choisir ? Tous les sols ne sont pas égaux, comment bien choisir le sien ? Attaquée, une plante se défend comme un animal. Autonomie alimentaire : quelle surface pour l’être ?

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Épilogue

Beaucoup voient les carottes de notre jardin comme des géantes, alors qu’elles ont seulement été cultivées à la bonne température. Ici, en Limousin comme dans le centre de la France ou au nord de la Loire, il est préférable de les semer à partir de la seconde quinzaine du mois d’avril, mais à condition que le sol soit ressuyé et le temps clément. En effet, la lenteur de sa levée est un problème, jusqu’à 3 semaines. Et les 5 semaines suivantes, elle est très sensible à la concurrence et à la prédation.

En les semant dans un sol à 20 et 25°C, et en prenant bien soin d’éliminer toutes les indésirables tout en maintenant le sol humide, on a la garantie d’avoir des carottes “géantes” à la fin du mois d’octobre. D’autant plus si on les nourrit au stade 2 feuilles avec un starter naturel toujours à portée de la main, l’urine. Et sans oublier de les éclaircir au fur et à mesure de leur grossissement. Le problème, c’est qu’en Limousin, le sol atteint rarement les 20°C à cette saison… Bref, une fois qu’elles sont démarrées, elles galopent toutes seules 🙂

4 thoughts on “Quelle est la bonne date pour réussir ses semis ?

  1. Chic un pédagogue, généreux et accessible, on a des chance d être enfin moins couillons !!! Merciii iiii !!

  2. Excellent article qui donne à réfléchir.

    Ça aide à mieux comprendre pourquoi récolter nos propres semences alors qu’on croit souvent à tors que les semences produites par des professionnels seront de meilleure qualité que les nôtres.

    Chez nous, c’est parfois les croisements qui me préoccupent, car je cultive plusieurs sortes de courges et de haricots verts et secs. C’est surtout cela qui me fais acheter des semences pures. Mais aussi la difficulté de faire des semences de bisannuelles (carotte, poireau, oignon) dans une région où il fait 30°C sous zéro en hiver. Bonne saison!

  3. Question subsidiaire : pourquoi exclure par l’usage de l’écriture autoproclamée “inclusive” ?

    1. Solange,

      Désolé, mais je ne saisis pas complètement votre question.

      Je n’utilise pas l’écriture inclusive par plaisir, mais uniquement pour raccourcir mes textes.

      On conjugue toujours l’agriculture au masculin, alors que le monde agricole a toujours été féminin masculin, les femmes travaillant autant sinon plus que les hommes. Mais écrire toujours le mot agriculteur laisse penser que les seuls à travailler sur une ferme sont les hommes… Belle journée

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