Depuis 2016, je suis en quelque sorte leur avocat !

3e extrait de mon prochain Éloge du ver de terre dont le financement participatif est en cours. 2 critiques m’avaient particulièrement touché pour le premier : il se lit comme un roman, et on rit beaucoup. En effet, je développe dans mes livres un univers qui m’est propre et qui s’appuie autant sur la Science que de « faire littérature » pour donner du plaisir aux lecteurs. Extrait 1 : Le ver de terre, une mine d’azote – 2 : L’eau, l’azote et le carbone, piliers de la fertilité.

🌻 Publié le 15 janv. 23 à 6:00
Saison 8 – épisode 13 ⏰ Lecture 6 min.
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Un vide juridique

Depuis 2016, j’ai envoyé beaucoup de lettres aux pouvoirs publics. Car, comme vous le savez, le ver de terre n’existe pas plus aux yeux de la loi que le sol, son habitat. Il y a un vide juridique. Sans droit comme le confirme la Constitution française, où les mots sol, terre et humus sont absents des textes !

Sans droit, aucun devoir

Nous parlons bien des sols, cette ressource naturelle vitale pour l’humanité et non renouvelable. Et que dit la Charte de l’environnement, cette brique de la Constitution depuis 2004 : « Que l’environnement est le patrimoine commun des êtres humains. » Elle dit aussi qu’aucune loi ou directive de l’État ne peut lui tourner le dos. L’environnement est un bien commun, soit. Pas l’environnement numérique, économique ou urbain, l’environnement naturel. Ce qui nous environne quand nos yeux balaient un paysage, une rivière, une forêt… Et cet environnement, cette biodiversité aérienne, dépend de la biodiversité souterraine, dont les vers de terre, les cloportes… Comme il y a un endroit et un envers, il y a un sens : c’est la vie sous terre qui impulse la vie sur terre.

Par exemple, la vieillesse ne précède jamais la jeunesse ; la rivière ne précède jamais sa source ; la Terre tourne toujours dans le même sens. La source de notre présence sur Terre est sous nos pieds, mais elle est royalement absente du droit. Comme si elle n’existait pas ! Et c’est volontaire, puisque les textes précisent que l’espèce humaine vivrait dans « son » milieu naturel, mais sans préciser lequel !

L’avantage pour les multinationales de l’énergie, de la chimie et de l’agroalimentaire, les nouveaux seigneurs de la planète, au pouvoir illimité, c’est qu’il renvoie le mot environnement à une sorte d’objet théorique, aux contours si flous, qu’il est impossible d’en définir le sens 🤔Bref, la dernière décision politique pour protéger les vers de terre et son habitat a plus de 2 000 ans ! !!! Et encore, elle ne concernait pas les vers de terre français… et le décret de protection a été abrogé 10 ans plus tard. À peine une virgule dans l’histoire de l’humanité. Bref, je ne vais pas ici vous dévoiler tout mon livre pour pas un rond😁

Ce texte est extrait de l’Éloge du ver de terre – N°2 – un livre à paraître au printemps 2023 et dont un financement participatif est en cours. Les éditeurs m’avaient prévenu : « Le ver de terre amuse, mais c’est tout… Le 1er Éloge a amusé, c’est ce qui en a fait le succès, le second sera un bide, car il n’y a pas le marché ! Vous êtes le seul à penser que le ver de terre intéresse et peut sauver le monde… » Plus de 300 livres préachetés OUAH ❗Il reste quelques jours, faisons les mentir, le ver de terre le vaut bien, visons 500, la version numérique est à 14 €… Et pour la version papier, l’association du Jardin vous offre pour chaque livre préacheté : 2 sachets de semence, une dédicace personnalisée et une inscription au titre des contributeurs. Et pour moi, c’est stimulant, car sur un tel projet, je ne gagne pas un seul centime. C’est de la philanthropie pure et dure.

La première lettre

Elle date du 30 nov. 2016 et je l’avais envoyée au Président François Hollande. Objet : Le ver de terre, fer de lance d’une agriculture durable et principal acteur de la bonne santé des sols, a été oublié par l’État. En effet, les vers de terre ne bénéficient d’aucune protection, d’aucun plan d’action national ou européen et d’aucune mesure dans la loi pour la reconquête de la biodiversité. Et elle commençait ainsi :

Monsieur le président de la République. Vous avez ri de bon cœur quand votre ministre de l’Agriculture a lancé de sa tribune le 24 nov. 2014 : « Merci à mon camarade le ver de terre, l’un des plus grands marqueurs de la bonne santé des sols et de la biodiversité. » Pour la circonstance qui m’amène à vous, permettez-moi de vous appeler camarade. En effet, votre camarade de l’agriculture ayant ouvert la voie, je m’y engage pour venir y plaider la cause de nos camarades les vers de terre. Je concède que la cause peut paraître bien dérisoire, face aux multiples conflits qui ravagent notre planète, mais sans sol, ces conflits seront-ils plus apaisés dans un monde bouleversé par le changement climatique ? Je ne le crois pas… Etc. En conclusion : Camarade, les plus célèbres habitants du sol, fidèles parmi les plus fidèles alliés de nos agriculteurs, se meurent en silence comme des laissés-pour-compte. Monsieur le Président, la France d’en bas, celle qui vit sous nos pieds, est en grand danger. Pouvez-vous faire quelque chose avant la fin de votre mandat ? Mettre tout votre poids pour que l’État reconnaisse à notre camarade le droit à exister.

Il n’a rien fait et la lettre a fini au papier recyclé comme toutes celles envoyées quelques mois plus tard à tous les candidats à la présidentielle, ou celles envoyées aux candidats en 2022. Pourtant, une réponse au strict minimum m’aurait largement comblé de joie. Style :

— « Message reçu 5 sur 5, nous allons désormais évaluer la toxicité des pesticides sur eux. »
J’aurais répondu : — Ai-je bien compris ? Vous allez les prendre en compte dans le protocole d’homologation.
Eux, les pouvoirs publics : — « Affirmatif. »
Ouah, super génial
Eux : — « Vous nous flattez, maître. » (le protocole veut ça, l’avocat est appelé maître)
Loin de moi cette imprudence
Eux : — «  Attention, pas d’emballement le sans-dent, même un pesticide qui les empoissonne ne sera pas pour autant retiré de la vente. »
— Ouah, vous êtes trop bons messeigneurs
Eux, surpris…
Moi : — Nous savons tous qu’il faut donner du temps au temps…. On connaît la chanson par cœur, on nous en rebat quotidiennement les oreilles depuis 50 ans
Eux, surpris comme des voleurs pris la main dans le sac.
Moi : — Histoire d’a…
Eux : — « d’o !  »
—❓
Eux : — « Désolé ! »
Moi — Histoire d’aller jusqu’au bout de votre raisonnement, pourquoi ne pas instaurer l’obligation d’évaluer l’impact des outils agricoles rotatifs sur les vers de terre ? À l’exemple des herses rotatives ou des rotavators qui les cassent en 2 comme les mottes ?
Eux : — « On y pense pour la charrue. »
Mais la charrue ne tourne pas sur elle-même !
Eux : — « C’est le monseigneur Monsanto qui nous l’a soufflé à l’oreille ! »
— Monsieur Bayer ou madame Monsanto ?
Eux : — « Ils sont deux ? »
Bref.

Les vers de terre ne doivent pas compromettre l’agriculture

De toutes les lettres envoyées, je n’ai reçu qu’une seule réponse ! Le 12 août 2019, et c’est le sous-directeur du service compétitivité du ministère de l’Agriculture qui m’apprend que le gouvernement a pleinement conscience de la situation. Ouf… me voilà rassuré, il me prend ouvertement pour un con. Il m’apprend également que le gouvernement agit ! Arf, le gars n’y va pas de main morte, mais des agissements où la compétitivité de l’agriculture sur les marchés financiers passe avant les vers de terre. Sa longue lettre se termine ainsi : « Les vers de terre ayant pour habitat le volume du sol, en particulier les sols cultivés, leur protection en tant qu’espèce pourrait compromettre la pratique de multiples activités sur les sols.» Les vers de terre ne doivent pas compromettre l’agriculture, il fallait oser, une posture à des années-lumière de celle du 14 décembre 2021. La suite dans l’Éloge du ver de terre – N°2 –

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