Tous les jardiniers devraient savoir ça

L’AZOTE, L’EAU ET LE CARBONE sont les 3 piliers d’un jardin fertile. Et par extension, d’un champ fertile, base de l’abondance. Il y en a d’autres, comme le phosphore, le potassium, le calcium, le magnésium et le soufre. D’autres, moins importants, mais tout aussi essentiels, comme le fer, le zinc, le sodium, le manganèse, le silicium, le sélénium, le cuivre, le bore, le molybdène, le chlore et l’iode. Mais l’azote, l’eau et le carbone sont particuliers, cycliques, partageant leur vie entre ciel et terre !

L’oxygène

J’ai fait le choix de le mettre de côté, puisqu’il est réparti équitablement sur la planète, tout au moins dans l’atmosphère. Un océan gazeux et hydraté dans lequel nous baignons pour rester en vie, et dont la constance des pourcentages d’oxygène et d’azote nous est vitale. Dans un sol, c’est différent, la répartition est aléatoire… alors qu’il est aussi vital pour les vers de terre et les racines des plantes. Si ma mémoire est bonne, en dessous d’une concentration de 5 % d’oxygène, les racines ne se développent plus. C’est ennuyeux, puisque la bonne santé d’une plante dépende de ses racines !

Maj le 15/01. Ce texte est extrait de l’Éloge du ver de terre – N°2 – un livre à paraître au printemps 2023 et dont un financement participatif est en cours. Les éditeurs m’avaient prévenu : « Le ver de terre amuse, mais c’est tout… Le 1er Éloge a amusé, c’est ce qui en a fait le succès, le second sera un bide, car il n’y a pas le marché ! Vous êtes le seul à penser que le ver de terre intéresse et peut sauver le monde… » Plus de 300 livres préachetés OUAH ❗Il reste quelques jours, faisons les mentir, le ver de terre le vaut bien, visons 500, la version numérique est à 14 €… Et pour la version papier, l’association du Jardin vous offre pour chaque livre préacheté : 2 sachets de semence, une dédicace personnalisée et une inscription au titre des contributeurs. Et pour moi, c’est stimulant, car sur un tel projet, je ne gagne pas un seul centime. C’est de la philanthropie pure et dure.

L’énergie, pilier des piliers

Pas les énergies du cosmos, subtiles, divines ou de la lune, c’est enivrant, mais ça saoule aussi, seulement les énergies thermiques et lumineuses. Une cave par exemple, où l’énergie lumineuse est nulle et la température à 12°C, est propice aux vers de terre et aux champignons, mais pas aux plantes. Un congélateur est à l’extrême propice à aucune vie. Encore que… en Alaska, il y a un ver de terre qui vit dans la glace ! D’ailleurs, on ne l’appelle pas un ver de terre, mais de glace (Mesenchytraeus solifugusi) ! Et sa température vitale est comprise entre -7 et +7°C. Non non non, il ne mange ni glace ni ne fait des cacas en forme de sorbets 😁, il vient à la surface des glaciers, manger les mousses, algues, microbes…

Bref, on n’en parle quasiment jamais, mais un écosystème dépend en premier de sa température ! L’énergie thermique, c’est ce qui fait bouillir la marmite dans un sol. Sa fertilité dépend de cet équilibre entre la chaleur venue du soleil et celle venant du centre de la terre, et que le réchauffement climatique est en train de le modifier avec toutes les conséquences que nous savons.

Déclassifier le naturel pour le chimique

Revenons à nos 3 piliers, dont l’instabilité est une vraie source d’angoisse chez le cultivateur. Car si un sol inondé ou desséché témoigne d’un excès ou d’un manque d’eau, une catastrophe dans les 2 cas, la faim de carbone ou d’azote signe l’absence de l’un d’eux, voire des 2, 2 éléments moteurs des sols vivants. Petite explication sur le cycle de la nutrition, puisqu’il fonctionne comme celui de l’eau.

Pour nourrir les habitants de son sol, le cultivateur leur donne à manger des comestibles : fumier, paille, plantes fraîches (engrais vert) ou restes de cultures. Et pour les dégrader en matière comestible (assimilable) pour les plantes, on considère que les « bestioles », qui vont la dégrader (digérer), consomment environ 25 fois plus de carbone que d’azote. Et quand il y a faim de l’un ou de l’autre, le « sol » ne peut plus digérer, sa fonction intestinale étant suspendue. Chez nous, quand la fonction intestinale est suspendue, nos excréments sont liquides au lieu d’être solides.

Les agronomes de l’ancien temps y attachaient beaucoup d’importance : « Pour nous léguer des sols durables et fertiles, les Anciens n’ont rien inventé. En plus de pratiquer les rotations, les jachères et les engrais verts, et de soutenir des rendements en adéquation avec leur terroir (tous les sols ne se valent pas), ils remettaient dans le cycle de la nutrition toutes les matières organiques (biomasse). Et pour cela, ils avaient bâti autour des fumiers un système très sophistiqué. »

Sans surprise, les marchands d’engrais chimiques et l’enseignement agricole ont relégué les fumiers à des engrais archaïques. Réduisant ainsi l’alimentation des plantes à NPK (azote, phosphore, potasse), comme les fast-foods ont réduit celle des enfants à du gras sucré & salé & sublimé par des exhausteurs de goût, avec la bénédiction de l’industrie du médicament. Des industriels qui vendent autant des produits de « santé » pour les plantes, les animaux et les humains que ceux qui les rendent malades. La boucle est bouclée.

Des cycles qui ne tournent pas rond !

En effet, ce n’est pas parce que l’azote présent dans une plante est digéré par le « sol » qu’il est pour autant disponible pour les autres. Car à l’opposé de tous les process industriels, où il faut toujours aller de plus en plus vite, comme si la vie était une course de vitesse, la lenteur est le premier caractère d’un processus chimique naturel. C’est la tortue par opposition au lièvre, le vélo à énergie musculaire par opposition à une formule 1. Avec la mode des vélos électriques, autrefois appelés vélos à moteur, il faut aujourd’hui préciser le carburant qui le fait rouler… Et pour l’azote, son cycle sous terre est étalé sur une bonne dizaine d’années !

… partie réservée

À ce stade de la lecture, permettez-moi de ne pas faire l’économie de rappeler que les vers de terre n’augmentent ni le nombre ni le volume des éléments nutritifs… mais qu’ils en augmentent seulement l’assimilation. Via l’urine suintée par leur peau, ou leurs cacas qui sont des concentrés « vitaminés » pour… La suite dans l’Éloge du ver de terre – N°2 –

1 réflexion sur “Tous les jardiniers devraient savoir ça”

  1. Vivement ce printemps que l’on voit  »courir » de nouveau les vers de terre sur nos chemins (je passe mon temps en promenade à les ramasser sur le goudron pour les remettre  »sur terre »).
    Et de lire ce N° 2.
    J’apprécie votre humour dans lequel je me reconnais, alors je me réjouis de vous lire « in extenso ».
    J’en élève beaucoup dans mon petit jardin et mes deux composts. Ils ont souffert cet été de la sécheresse malgré mes arrosages mais ils se reproduisent plutôt vite. Il suffit de les nourrir. J’appréhende le temps où le vers Asiatique aura conquis toute la France!
    Bonne continuation à vous et merci pour votre vulgarisation vertueuse et non vers tueuse.

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