Renards. Pourquoi leur destruction accélère l’effondrement de la biodiversité

Il y a des évidences pas évidentes au premier coup d’œil, mais la destruction systématique des renards entraîne par ricochet celle d’espèces strictement protégées.

Primo, le renard roux n’est pas un carnivore, mais un omnivore, les canidés n’étant pas des félins. Autrement dit, il mange tout ce qui lui tombe sous la dent. En ville, il n’hésitera pas à faire les poubelles pour s’enfiler un reste de pizza, ou à dévorer les fraises, framboises, autres pommes dans un jardin. Insectivore, il se délecte de coléoptères, lombrivore, il peut s’enfiler jusqu’à 4 vers de terre à la minute ! Secundo, il a un péché mignon : les petits rongeurs.

🌻 Publié le 20 novembre 22 à 7:00
Saison 8 épisode 8 ⏰ Lecture 6 min.
Illustration : Sylvie Corré

  • Jusqu’à 20 “souris” par jour
  • Des souris qui mangent jusqu’à 50 kg de plantes par an
  • Des “souris” dotées d’un bel appétit sexuel
  • Mon point de vue est strictement agricole
  • Pour une gestion responsable des populations
  • Parlons chiffres !
  • Classé nuisible sur le on-dit

Maître renard peut capturer jusqu’à 20 “souris” par jour

Le mot “souris” désigne dans cet article un ensemble de petits rongeurs végétariens (campagnols, mulots…) qui ont plus ou moins la même allure. À partir de l’analyse des contenus stomacaux des renards (source), nous savons que 80 % de leur alimentation en est constitué. Soit 145 kg par an ou 3.000 têtes, parfois le double selon les milieux et les espèces de “souris”, sur les 180 kg de nourriture qu’ils avalent tous les ans.

Des “souris” qui mangent jusqu’à 50 kg de plantes par an !

Pour faire simple, en agriculture, les animaux végétariens se nourrissent des cultures quand les animaux carnivores ou omnivores se nourrissent de leurs collègues végétariens… À la louche, un végétarien consomme entre 50 et 100 % de son poids tous les jours. Et logiquement, plus il pèse lourd, plus il consomme, à l’exemple du campagnol terrestre (rat taupier, Arvicola terrestris) qui peut manger jusqu’à 50 kg de végétaux par an…

Des “souris” dotées d’un bel appétit sexuel

50 kg par an, on saisit tout de suite l’impact sur les récoltes, d’autant que notre campagnol a aussi un bel appétit sexuel avec un taux de reproduction de 1 à 50 ! Donc, un couple peut engendrer jusqu’à 100 individus par an100 qui peuvent en faire naître 5 000 l’année suivante. Et ainsi de suite. No comment si les populations ne sont pas régulées par une communauté de prédateurs qui, dans les grandes lignes, va de la couleuvre aux rapaces via le renard. Selon le docteur Denis Richard Blackbourn (source), d’autres espèces sont moins gourmandes, comme le campagnol des champs, Microtus arvalis, 8,5 kg par an, ou le campagnol agreste, Microtus agrestis : 11 kg par an. En métropole, sur les 13 espèces recensées, trois s’intéressent particulièrement aux cultures.

Mon point de vue est strictement agricole

Et en l’absence de renards, l’agriculteur les régule avec des pesticides, en l’espèce des souricides, des anticoagulants qui vont empoisonner toute la chaîne alimentaire ainsi que les sols. En agriculture bio comme conventionnelle. Des pesticides qui vont également empoisonner par ricochet des espèces strictement protégées. À l’exemple des rapaces de jour comme de nuit : chouettes et hiboux. Ou les couleuvres. Tout ça participe à l’effondrement de la biodiversité. Et ce n’est pas à l’agriculteur qu’il faut jeter la pierre, mais à un sport de plein air. 1/2 million de renards seraient tués chaque année. L’avantage pour un sportif de la gâchette, c’est que le renard peut être piégé et chassé toute l’année et en tout lieu.

Tuer les renards, c’est comme tuer les abeilles ou les vers de terre, c’est un état d’esprit. Et loin de vouloir les mettre en concurrence, nous avons d’un côté le loup et l’ours dont les dégâts agricoles coûtent des millions d’euros tous les ans à la société, des animaux protégés à juste titre, et de l’autre, le renard, un soi-disant nuisible qui protège les cultures en régulant les populations de rongeurs.

Pour une gestion responsable des populations

Et pourquoi la politique qui s’applique à l’ours et au loup ne s’appliquerait-elle pas au renard ? Et pour service rendu à la Nation, indemniser les rares dégâts qu’il peut commettre chez les éleveurs de poules en plein air. Quant aux dégâts sur le gibier, dont les chasseurs l’accusent, le problème est ailleurs. Et tout le monde le sait.

Pourquoi l’un des animaux sauvages préféré des Français, est-il autant détesté du gouvernement et des parlementaires ? À tel point d’être classé nuisible. Nuisible pour la société. Incompréhensible à l’heure où l’État cherche à faire des économies, un renard pouvant rapporter gros à la société, très gros !

Parlons chiffres !

Avec ses déserts verts, l’agriculture moderne a favorisé les souris au détriment de ceux qui s’en nourrissent. L’arrachage des haies et des bois a donné un avantage considérable aux rongeurs. Idem pour les itinéraires techniques du non-labour et des couvertures permanentes. Le réchauffement climatique, avec ses sécheresses et ses canicules, amplifie également la prédation des “souris” sur les cultures.

À petite échelle, dans un jardin, on peut facilement les piéger avec des tapettes à souris contrairement à une exploitation agricole où les solutions sont plus radicales. Mécaniques, avec la charrue qui va bouleverser leur habitat et donc réduire leur développement ; chimiques avec l’épandage d’appâts ou de grains empoisonnés, qui, une fois ingurgités, contribueront à empoisonner leurs prédateurs. En bio, pas mieux, on utilise du tourteau de ricin pour les empoisonner. Un produit, certes biodégradable, mais qui va également empoisonner toute la chaîne alimentaire avant de se dégrader. Une chaîne sans fin. La seule présence de maître renard et de son orchestre de prédateurs permet, selon les régions et les itinéraires techniques, en particulier en agroécologie ou en système herbager, de faire économiser plusieurs milliers d’euros par exploitation agricole.

Classé nuisible sur le on-dit

Ses rôles économiques, écologiques et agronomiques ne sont plus à démontrer. En revanche, le renard est bien classé nuisible sur des contre-vérités scientifiques. Comme au 16e siècle où plusieurs dizaines de milliers de femmes ont été brulées vives au prétexte d’être des sorcières, alors qu’elles ne réclamaient qu’être l’égal de l’homme. Qui veut tuer un renard l’accuse de la rage. Pour clore, je vous invite à écouter cet agriculteur qui est passé des pesticides au renard !

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5 réflexions sur “Renards. Pourquoi leur destruction accélère l’effondrement de la biodiversité”

  1. Bonjour,
    Petite jardinière amateur, j’ai vu, l’année dernière, ma récolte de patates douces anéantie par les campagnols. Cette année, j’ai aperçu quelques indices du passage du renard sur ma parcelle. Pas une seule patate douce ni autre légume racine n’a été attaqué. Merci maitre renard !

  2. Rémy Coulet

    Bonjour,
    Je partage entièrement votre position par rapport au renard, mais que peut-on faire concrètement pour que cesse cette aberration?

    1. Que faire ? De la pédagogie encore et encore. Palier là où l’école n’a pas fait son boulot, là où les écoles d’agriculture n’ont pas fait leur boulot…

      Mais voilà, à Limoges, c’est la fédération de chasse qui possède des salles pédagogiques pour recevoir les écoles… Bref. Belle journée

    2. Berthou Pierrick

      Le problème du renard est le même que pour le loup.
      Le loup est un égorgeur de mouton, le renard est un voleur de poules…. Tout est dit. C’est animaux sont des mal-aimés !
      La cause est entendue !!!

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