Un monde sans pesticides n’est plus possible, c’est trop tard, le Rubicon a été franchi

L’agriculture est enchaînée aux pesticides, nous y sommes tous enchaînés, entraînés, parce que le leitmotiv de tous les gouvernements successifs depuis la Révolution française, c’est produire toujours plus.

Qu’importe l’impact environnemental, la compétitivité prime, une compétitivité inscrite au cœur de nos lois. Et, sans exception, tous les leaders politiques ne cessent de lui rappeler. Comme lors du dernier Salon de l’agriculture, où le président de la République n’a eu de cesse pour la compétition, la performance, le numérique, la robotique, la génétique.

C’est le message que j’ai voulu faire passer dans ma tribune publiée jeudi dernier par le journal MARIANNE. Eh oui, les pesticides et les engrais chimiques font partie de l’agroécologie au sens de la loi… une loi que tout le monde avait pourtant applaudie sans la lire en 2014 : LIRE la tribune.

L’industrie des pesticides utilise les mêmes
ressorts que celle du tabac

Mercredi, c’était le Journal MINIMAL qui publiait ma réponse à un article du HUFFPOST en date du 10 juin. Titré : « Manger bio n’est pas forcément la meilleure solution pour vous et la planète. » Sous-entendu : si manger bio n’est pas la meilleure solution, les pesticides pourraient l’être. C’est malin, ça fait naître le doute, du grand art. Extrait : « Il y a un ver dans la pomme, même bio : le labour détruit la biodiversité tout comme les pesticides. »

Les journalistes ont juste oublié de préciser que ce n’est pas le labour qui détruit la biodiversité, mais la manière dont aujourd’hui certains labourent.

La nuance est considérable, mais l’industrie des pesticides exploite le filon sans vergogne. Par ailleurs, quid de la majorité des agriculteurs qui labourent et utilisent des pesticides ! Selon leur raisonnement, ils détruiraient donc doublement la biodiversité ! Après de vifs échanges, et même si l’article a été modifié, la rédaction a décidé de maintenir sa position tout en nous refusant un droit de réponse ! J’ai pris le gauche : LIRE

Et aujourd’hui, FRANCE 3 diffuse une émission à laquelle j’ai participé : Pesticides, toujours trop ? (Non, toujours plus…). [REVOIR]

J’ai été formé à la technologie des pesticides
il y a plus de 40 ans.

À l’époque on parlait déjà d’en réduire l’usage… Mais jamais il n’a baissé en dépit de leur impact délétère et scientifiquement avéré sur la biodiversité et l’environnement. 100 % des tentatives, pour en réduire la consommation, se sont toujours muées en une augmentation !

Et de la même manière que nous avons du mal à imaginer une agriculture sans tracteur, un monde sans voiture, sans moteur, sans électricité, sans eau chaude, sans internet ou sans smartphones, nous ne sortirons jamais des pesticides (enfin, pas avant le retour de la bougie😉), car il y a une véritable addiction de l’agriculture à ces produits.

Nous n’en sortirons jamais,
tant que l’argent sera roi

Dans un contexte où les sols sont lessivés, le climat bouleversé, les cycles de l’eau et du carbone augmentés, les exploitations agricoles hyper spécialisées, les élevages hors-sol, les rotations courtes et les monocultures. Et sans oublier que les variétés proposées aujourd’hui aux agriculteurs sont sélectionnées pour consommer engrais et pesticides. Cerise sur le gâteau, les surfaces cultivées ne cessent d’augmenter… et on produit maintenant du gaz et de l’électricité avec l’énergie des sols !

Bref, la loi d’Avenir de 2014 dit que l’agriculture doit produire plus avec moins, alors qu’elle ne sait déjà pas produire plus avec plus ! Alors avec moins… 😁 Les parlementaires ont juste oublié un détail : les plantes, les animaux et les sols ne sont pas des machines.

Le jour où nous prendrons conscience que l’agriculture n’est plus là pour nourrir les Hommes, mais pour alimenter les actionnaires de l’industrie agroalimentaire, pour produire des molécules, comme pour les pesticides, il sera trop tard pour revenir en arrière.

Je prépare une série de textes sur le sujet, dans la même veine que mon dernier livre : De l’agriculture à l’énergiculture.

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