Le Jardin-vivant : trouver le courage de tourner la page

C’est compliqué d’arrêter quelque chose dont l’audience ferait rêver beaucoup de blogueurs. Lancé en 2014, 1/2 million de pages vues la première année, le million la suivante et les suivantes jusqu’au succès de l’Éloge du ver de terre publié chez Flammarion ! Un succès qui a entrainé une chute d’audience… 😪 en dépit des apparences et des 55 000 téléchargements du petit livre sur les buttes de permaculture sorti en 2020.

Janvier 2019, le virage !

Suite à un article où je soutenais que l’agroécologie est un attrape-nigaud, le glyphosate faisant partie des outils de l’agroécologie selon la loi du 13 oct. 2014, le journal Libération publie 2 articles consécutifs pour jeter la suspicion sur mon travail. Et me refuse le droit de réponse. Même si un article de France Info démontera quelques jours plus tard que Libé s’est trompé, le mal est fait, le doute est mis. Les algorithmes de Facebook me classeront en suivant comme un potentiel diffuseur de fake news !

Un apiculteur Défend les néonicotinoïdes

Dans la foulée, fin janvier, le journal Le Populaire Centre France donne la parole à un défenseur du glyphosate (responsable de la FNSEA) qui conteste ma trop grande présence médiatique !!! L’article vaut son pesant de cacahouètes 😉Lire.

6 mois après, c’est un apiculteur qui défend les néonicotinoïdes qui me charge dans leurs colonnes. L’article est un concentré de contrevérités scientifiques, mais le journal me refuse le droit de réponse au nom de la liberté d’expression !!! Une méta-analyse, de quelque 800 études, avait conclu en 2014 à la dangerosité extrême de cette catégorie de pesticides pour les abeilles, les vers de terre et leurs prédateurs, mais la journal me rétorque qu’on n’est pas obligé d’être d’accord avec ces études… En représailles, je suis depuis blacklisté par ce groupe de presse ! Hallucinant.

Etc. etc., en 2021, Facebook m’interdit pendant 2 mois l’accès à ma page du Jardin (33 000 abonnés) à cause de mon travail d’investigation sur les effets secondaires de la méthanisation sur la vie dans les sols.

C’épuisant !

Sachant qu’il faut 10 fois plus d’énergie pour démonter une connerie que pour la diffuser, c’est épuisant. Sachant que certains ont fini par croire que la limace est un auxiliaire des cultures au même titre que l’abeille, la coccinelle et le ver de terre, sachant que le jardin et l’agriculture ne sont que dogmes et marchandises, on s’épuise.

Dernièrement, je me suis même fait censurer un texte, parce que l’éditeur voulait lire ce qu’il croyait : que l’effondrement des vers de terre n’était dû qu’aux pesticides et au labour ! Alors que ce n’est pas la première cause. Et de loin.

De plus en plus de gens se radicalisent

Je lisais que couper un arbre est criminel ! Donc, je suis un criminel. Je suis mis dans le même sac que les multinationales qui déforestent. Beaucoup s’excitaient autour de cette idée. Ces gens vivent-ils nus dans une grotte sans chauffage ? Préfèrent-ils le nucléaire au bois ? Le même genre d’idées qui conduit à penser que tous les agriculteurs sont des pollueurs et les chômeurs des fainéants. Bref.

Par ailleurs, difficile de traiter certains sujets en ligne, car l’émotionnel prévaut sur la raison. Si j’écris par exemple que les céréales bio consommées par les végans sont majoritairement nourries avec les déjections des camps de concentration pour animaux, c’est la levée de boucliers.

Mon point de vue est souvent mal compris,
car il est agricole

Produire de la nourriture bio ou pas, locale ou industrielle, sucrée et en abondance, on sait faire. Les étals des marchés et des supermarchés en apportent tous les jours la preuve. Mais savons-nous produire dans la durée ? Non. Alors, quid de l’alimentation des générations futures, précisément là où s’inscrit mon travail.

Créer son petit jardin d’Éden, c’est facile. Très facile. Créer un jardin naturel, c’est encore plus facile, mais créer un jardin durablement vivrier, ça, c’est une autre paire de manches. Quant à léguer à nos enfants une planète qui soit un jardin vivant, ça, on ne sait pas faire, c’est peut-être même contre nature !

Le tabou de la démographie

Comprenez qu’il est bien plus aisé de vendre de l’espérance en disant que l’agriculture biologique peut nourrir 12 milliards d’humains. Ou qu’après la mort la vie continue ! Mais voilà, plus on est, plus on consomme la planète, plus on consomme son énergie.

En effet, autant les quelques millions d’êtres humains qui peuplaient la Terre il y a 10 000 ans pouvaient glaner leur nourriture dans une nature indemne, autant aujourd’hui la huitaine de milliards met la planète sous pression. Et notre survie dépend maintenant de ces vastes territoires gagnés sur la nature sauvage. Et avec toutes les conséquences environnementales que nous savons. Mais savons-nous faire autrement ? Non, et bien malin ceux qui soutiennent le contraire.

En conclusion,
ça sent le gaz !

Tant que l’argent et l’avoir symboliseront la réussite de l’être, la planète pourra aller se rhabiller. Et combien aujourd’hui accepteraient de repenser le futur sans repenser leurs acquis et privilèges !

Le nouveau ministre de l’Agriculture, fervent défenseur de la chasse et des poules encagées, et qui avait voté contre la surveillance vidéo dans les abattoirs, illustre bien l’idée du changement vue par nos élites. Le changement, il s’est aussi illustré cette semaine sur ARTE, où dans un documentaire sur les animaux du jardin, le VER DE TERRE a carrément été oublié !

Le changement, il s’illustre en ce moment en Charente-Maritime, terre de mes ancêtres d’où j’ai été expulsé par la famille, parce que je cultivais des idées trop bio, malsaines pour eux, où certains pompent dans des nappes phréatiques dramatiquement basses pour arroser leurs maïs ou remplir leurs méga-bassines ! Après, on importera de l’eau de source en bouteilles plastiques quand les gens auront soif, ce qui fera marcher le commerce.

Bref, pas facile de trouver la force de continuer ou d’arrêter, même si j’arrive parfois à me faire entendre dans la presse nationale. Dernièrement, le Huffpost, Marianne ou Le Monde (Cf.). Au moins, ça nourrit ma petite gloriole faute de mieux.😉 Pour le reste, c’est sans espoir, qu’importe le clocher, ce sont toujours les plus barbares d’entre nous qui dictent leur loi.

Ça sent vraiment le gaz, vous ne trouvez pas ?

13 thoughts on “Le Jardin-vivant : trouver le courage de tourner la page

  1. Bonjour,
    En tout cas merci pour ce que vous avez fait. Moi je n’ai pas fait grand chose , des discussions avec ma familles mes amis sans plus et sans aucun effet et même plutôt le contraire (nucléaire et méthanisation entre autre) j’ai décidé de laisser tomber alors je vous comprends parfaitement d’autant plus que vous vous vous êtes investis!
    Merci

    “L’écologie sans lutte des classes c’est du jardinage ”
    Chico Mendès

  2. Bonjour,
    Continuez ! Le combat jamais n’aura de cesse. Je découvre votre blog aujourd’hui et je vais certainement y trouver quelques réponses à certaines de mes questions. Merci.
    Cordialement.
    J.J. Palaszewski

  3. S’interroger sur la stratégie,…. sûrement ! Le message court passe mieux que le long et franchement, je doute que les 8% que l’éditeur vous donne sur la vente paie autre chose que l’eau du pastis.
    Vous avez besoin d’un revenu supplémentaire (vous n’avez pas voté pour la retraite a 1100€?) ou vous avez besoin de communiquer sur l’urgence, sur le péril ? Présentez vous aux élections (locales), la presse viendra !

    1. Heureusement que certains éditeurs donnent plus de 8%… Et pour info, l’Eloge du ver de terre s’est vendu à plus de 10 000 ex., ce qui paye largement le pastis Bonne soirée

  4. Christophe, homme relié à la t/Terre, depuis que je te lis, le dimanche matin devient pour moi un rdv interpellant rapport aux sujets que tu développes. J’entends ton interrogation et la respecte, je peux juste te dire que le temps que tu passes à défricher et éclairer une certaine actualité liée au respect du monde du vivant versus certains choix qui ont toutes les chances de raccourcir nôtre ligne de vie, me semble indispensable.
    C’est pas moi qui m’y colle mais si tu continues, saches que tu contribués à éclairer les consciences.
    Si je pouvais t’aider d’une façon ou d’une autre , je le ferai. Si t’as une idée, j’ai du temps de libre.
    En espérant le meilleur pour toi, je te dis à bientôt ?!?
    jipé

    1. Merci Jipé.

      Tu me proposes un coup de main. J’avoue que si tu connaissais personnellement des décideurs au niveau national, que ce soit au niveau des éditeurs que de la presse, ça m’enlèverait une belle épine du pied… Bonne soirée

  5. Christophe,
    combien je ne peux que te comprendre. Suis donc touché par tes propos, par une forme de désespérance.
    Je suis totalement en accord avec la réaction d’Isabelle.

    Tes billets d’humeur restent pour moi quelque chose d’important. Il est essentiel que ta voix différente puisse s’exprimer face à un conformisme ambiant même chez ceux qui souhaitent s’en départir!

    Je pense souvent à ces propos :” Il n’y a de liberté pour personne s’il n’y en a pas pour celui qui pense autrement.”
    J’apprécie donc tes dires , il est sain qu’un certain esprit franc-tireur puisse s’exprimer. Honte à la censure de tous les horizons!!!

    J’espère encore continuer à te lire.
    Olivier

    1. Merci Olivier,

      Étonnamment, je passe mon temps à me censurer, car c’est un milieu un peu serré du cul comme on dit, où, pour faire sérieux, il faut écrire comme un instituteur. J’ai beaucoup banni la dérision ou l’humour, pourtant un peu mon fonds de commerce. En plus, une personne relit tous mes textes…

      Quant à l’édition, ce monde a totalement sombré dans la fabrication de produits de consommation. Parfois, ils finissent par éditer des produits consommations qui appellent à ne plus consommer.

      T’as vu le nombre de livres sur le jardinage, la permaculture, etc. qui sortent tous les ans. Combien d’arbres abattus et de forêts rasées pour toujours redire sans cesse la même chose ? Bref, bonne journée

  6. Bonjour,
    Moi j’aimerais que vous n’arrêtiez pas, mais je comprends l’usure. Ce monde est désespérant, alors de temps en temps voir une lumière d’intelligence et de bon sens, quelqu’un qui n’est pas à la botte d’un lobby quelconque ça fait tellement de bien. Moi j’ai 60 ans et franchement je préfère avoir cet âge-là que 20 ans aujourd’hui. Le monde qui se profile me fait peur, alors je cultive mon jardin, à moitié sauvage. Je me réjouis de voir les mésanges, linottes, rouge-gorge, rouge-queue à front blanc….etc venir s’abreuver dans le jardin, les grenouilles coasser dans la mare, les insectes et araignées vivre leur petite vie dans les hautes herbes et lorsqu’on fait un trou et qu’on dérange un ver de terre, on le met à l’abri sous une motte. On aime notre jardin vivant, même si certains le trouveraient pas très entretenu. Je vous en prie, prenez un petit temps de réflexion, mais revenez. Merci pour tout ce que vous faites.

    1. Bonjour Isabelle,

      Le projet n’est pas d’arrêter, mais de s’interroger sur la stratégie. Peut-être de faire autrement. J’ai investi un an de travail sur mon dernier livre. 7 jours sur 7 et jusqu’à 7 à 8 heures de travail par jour, plus les articles.

      Bilan : les méthaniseurs fleurissent partout…

      Et en prime, je me suis fait abondamment insulter par les soi-disant opposants ! Opposés à la métha près de chez eux, mais totalement pour si elle est loin des yeux et du nez !!! Et tout le monde continue de croire qu’il y aurait une méthanisation vertueuse.

      Si on fait du gaz avec la nourriture des vers de terre : que vont-ils manger ? Et que vont manger ceux qui les mangent ?

      Bref. Bonne journée et merci pour votre message.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial