Sylvaine Reyre : “Je me souviens, il n’y a pas si longtemps…”

En raison du conflit russo-ukrainien, l’édition du manifeste, AUX SOLS CITOYENS, est repoussée.

Guerre oblige, celle contre les vers de terre a été relancée au nom de l’effort de guerre. Un pas en avant, deux en arrière, la République en marche arrière ne cesse d’avancer en regardant ailleurs. Et dans l’impossibilité de reconnaître que notre futur dépend de leur avenir. Alors que notre nourriture se trouve là où les vers de terre habitent ❗Lire ma tribune publiée hier dans Marianne.

AUX SOLS, CITOYENS ! Ces sols qui nous nourrissent, cette ressource vitale pour l’humanité et rare sur la planète, est donc repoussé à la fin du mois de juin. Après les élections législatives. Et le projet est d’offrir, à chaque député, un petit livre argumenté pour leur demander d’inscrire dans nos lois la protection du ver de terre et de son habitat.

Sylvaine REYRE, écrivain et créateur d’À Mots Ouverts, est une des personnes à avoir un écrit un texte pour ce manifeste. Comme Marc Giraud, Pierrick Berthou, Sylvie Corré, Patrick LavelleLaurent Gatineau, Joseph Pousset, Dom Margerie, Christophe Haget et Brice Leleu.


Je me souviens, il n’y a pas si longtemps…

Au printemps, aux talus boisés des chemins creux, les fragrances musquées de la mousse se mêlaient à la vigueur enivrante des violettes. Les éclats écarlates des coquelicots piquetaient les blés, exaltaient leur douceur. On mettait un bouton d’or sous le menton des filles pour savoir si elles aimaient le beurre !

Dans les stridulations de l’été, à quatre pattes dans l’herbe, avec une paille on titillait dans son trou le pauvre grillon pour le faire sortir et chanter. Dans la tiédeur du soir, grenouilles et crapauds prenaient le relai pour un étonnant concert.

A l’automne, lors des labours, des escadrons de mouettes quittaient le littoral pour venir faire ripaille dans nos champs. Elles suivaient les tracteurs, piaillant d’impatience. Lorsque le soc éventrait le sol, des milliers de vers se débattaient, nudité à l’air, et le festin débutait.

Toute cette vie minuscule et grouillante qui sortait des mottes de terre, gigotait, indécente, nous écœurait un peu, nous fascinait aussi. Qui était-il, ce peuple des entrailles ? Certains enfants cruels les coupaient en deux pour voir si les morceaux continueraient à se tortiller, à l’image des lézards dont les queues, disait-on, repoussaient.

Et puis l’hiver. La terre grasse se refermait sur son mystère. La nature semblait immobile mais tandis que les jours, lentement, s’allongeaient, l’humus germinait en silence. Il préparait l’explosion joyeuse du cycle à venir.

Était-ce il y a si longtemps ?

One thought on “Sylvaine Reyre : “Je me souviens, il n’y a pas si longtemps…”

  1. Bonjour.
    Très beau plaidoyer, vraiment beau. La description est bucolique à souhait…. mais effectivement, ce n’est pas, seulement, bucolique. Cette agriculture, ces paysages avaient du sens. Du sens pas uniquement en termes de production alimentaire, quoique, mais aussi d’un point de vue global, environnementale et humain !
    Bon dimanche.

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