La famine en France, une réalité qui nous pend au nez

Que les Puissants et les classes supérieures se rassurent, les famines ne touchent que les plus démunis, les pauvres, les sans-dents, les moins que rien et les ratés. Qu’ils soient ici rassurés, pour pas un radis, une bonne famine fait le ménage et met au garde-à-vous les survivants. Bref, que du bénef et du pain béni.

Le 4 sept. 2019, sur les ondes d’Europe 1, le ministre de l’Agriculture avait assimilé le zéro pesticide à une perte de la souveraineté alimentaire de la France. Waouh ! Et non content de brandir le spectre de la pénurie alimentaire et de la peur de manquer, emporté par son élan, le ministre profitait de l’occasion pour associer les pesticides à une nourriture saine et abondante !

Le 22 mars 2022, en réaction à la menace d’une famine, les ministres européens de l’Agriculture ont proposé de débrider la production agricole !!! Il y a longtemps que la FNSEA réclamait moins de normes, moins de contrôles et plus de sous. D’ailleurs, dès les premiers jours du conflit russo-ukrainien, tel un pèlerin égrainant son chapelet sur son chemin de croix, leur présidente est allée délivrer la sainte parole de média en média.

Et elle a été entendue, puisque le 22 mars, les ministres ont proposé tout bonnement de supprimer toutes les mesures environnementales qui contraignent “injustement” l’agriculture ! Que la fête soit belle avec plus de pesticides, d’engrais chimiques, d’hormones de synthèses… et moins de biodiversité.

Mais voilà, il y a un hic

Et ce hic était l’objet de ma tribune publiée vendredi sur le site du magazine Marianne : Quand l’ombre de la famine plane sur l’Europe. Parce que tous ces ministres, fussent-ils de l’Agriculture, ont oublié que les rendements agricoles n’ont pas été multipliés par 2 voire 3 par l’opération du Saint-Esprit ! Certes, l’amélioration des variétés et les F1 ont grandement contribué, mais c’est surtout l’abandon de la fertilisation organique au profit de l’engrais de synthèse NPK.

Avec NPK, nous avons battu tous les records.

Avant NPK, 4 tonnes de blé à l’ha étaient un excellent rendement. Aujourd’hui la moyenne est de 10 à 12 tonnes, avec un record mondial à plus de 17 tonnes ! Même en agriculture sans labour et semi sous couvert, on rajoute 200 kg d’azote par ha pour soutenir les rendements. Et pas mieux en grandes cultures bio, puisque l’engrais vient des élevages industriels… Le pire du pire à tous les étages.

Avant NPK, l’agriculteur devait cultiver pendant 3 ou 4 ans des légumineuses avant d’y semer du blé. Et il fallait que le climat soit propice et les “mauvaises herbes” peu vivaces pour atteindre le rendement de 4 tonnes. N’oublions pas que le bleuet et le coquelicot ont aussi créé de terribles périodes de disette chez les paysans.

Aujourd’hui, en plus du bouleversement climatique, l’agriculture doit nourrir 8 milliards de têtes humaines quand 60 % des sols agricoles sont dégradés au niveau mondial… Lire la suite dans Marianne.


En complément


Pourquoi la France est en insécurité alimentaire

Sur France Inter, le 26 mars, Pascal Lamy, l’ancien directeur de l’OMC, expliquait à Natacha Poloni, qui lui posait la question, que nous n’aurions aucun problème alimentaire puisque notre balance commerciale est positive !!! Oh le gros menteur.

D’abord, il pense la sécurité alimentaire d’un point de vue strictement financier, oubliant qu’elle est positive grâce à nos exportations d’alcool. Sauf à considérer le vin rouge, le champagne et le cognac comme de la nourriture, elle est négative. Oubliant que nos importations de nourriture ont presque doublé en 20 ans (source) ; oubliant que nous importons plusieurs millions de tonnes de nourriture pour les animaux que nous mangeons.

Ça fait beaucoup d’oublis… mais le pire n’est pas là. Oubliant que notre dépendance aux carburants est totale pour faire tourner nos machines agricoles, également TOTALE pour faire pousser les plantes que nous mangeons, ou les animaux que nous élevons !

Et ce carburant, l’engrais NPK, aujourd’hui requis vu l’état de nos sols, est en grande partie dans les mains des Russes et leurs alliés. Nos nouveaux ennemis. Et le meilleur moyen, pour revenir au modèle amish, est de continuer à regarder ailleurs. Après on regardera bêtement nos lampes à huile, mais sans huile !

One thought on “La famine en France, une réalité qui nous pend au nez

  1. Effectivement, n’importe qui peut “taquiner” les représentants de la FNSEA sur leur conception de l’agriculture, mais il y a une limite, celle des pesticides. Dès que vous abordez les problèmes des pesticides, aussitôt la FNSEA agite le chiffon rouge de la famine ! Donc on ne touche pas à la chimie en agriculture !!!!

    Quand à Pascal Lamy, mouais, ce monsieur soit disant socialiste mais obnubilé et grand promoteur du libéralisme totalement débridé, OUBLI, ou ne sait pas, que depuis quelques années la France importe plus de 40% de notre alimentation. Mais pas de panique, ce monsieur GÈRE !!!

    Bon dimanche.

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