Safari dans la bouse, du maître bousier Marc Giraud

Illustration : Roland Garrigue, coauteur du Safari

Qui aurait cru que le célèbre naturaliste était une éminence en la matière ? Et ne tournons pas autour du pot, jusqu’à être l’auteur d’un livre de référence sur le monde de la merde !!! Moi qui croyais être le plus prolifique sur le sujet… jusqu’à écrire que pipi et caca sont les 2 mamelles de l’humanité.

Bref, le gars Giraud me fait passer pour un petit merdeux… 😉 tant il a placé la barre très haut en écrivant : « Les vaches sont génétiquement plus proches des dauphins que des chevaux ! » Et pourquoi ? Réponse dans son voyage au centre de la merde, un livre plein d’humour et délicieusement illustré par Roland Garrigue.

Je suis né au cul des vaches

Eh oui, réellement né au sens premier ! Quand les parents les trayaient à la main avec les grands-parents, car les premières machines à traire ne sont arrivées que quelques années plus tard, je devais attendre (bien sagement) assis sur un tabouret à 3 pattes qui était à moins de 3 m du cul de ces dames. Et en fonction de leurs bouses, nous savions à peu près ce qu’elles avaient mangé… Qu’il est loin ce temps où les meuhs avaient des cornes, un nom et une histoire familiale, ce temps où leur nourriture était diversifiée, locale et en fonction des saisons.

Vaches je vous aime

À partir de 12/13 ans, je m’occupais à l’occasion des vaches laitières sur la ferme, adulte, j’ai fait un peu le vacher. J’aime ces animaux d’une sensibilité exceptionnelle, et j’espère sincèrement en avoir une un jour comme on a un chien. Pas l’avoir pour l’avoir, mais bien pour profiter de toute sa “sagesse” avant de partir pour le voyage définitif.

Sur leur sensibilité, Marc cite Michel Ots, l’auteur de Plaire aux vaches : « Les vaches se laissent complètement absorber par la rumination. Le goût des plantes leur livre leurs secrets, leur conte les lunaisons et les saisons qui les virent croître. […] Les vaches méditent en ruminant. Ce qu’elles contemplent, ce sont les métamorphoses de la lumière… » Marc ajoute sur leurs spécificités techniques :

« C’est fou ! Une vache mange entre 50 et 80 kg de nourriture par jour. Un bovin peut boire entre 40 et 100 litres d’eau quotidiennement. L’estomac total peut contenir 300 litres d’aliments, la panse 200 litres. La rumination de la vache dure de 8 à 12 heures par jour. De l’herbe à la bouse, le parcours digestif complet prend en moyenne 3 jours. » J’ajoute que SECTEUR 545, réalisé en 2005 par Pierre Creton, est le plus beau film documentaire que j’ai vu sur le monde des vaches et de la laiterie.

À chacun sa merde

En résumé, je suis né au milieu des vaches comme d’autres naissent au milieu de la cité. Et j’avoue que l’enfant des cités m’a appris beaucoup de choses dans son livre. Jusqu’à soutenir mordicus que la vache est naturellement carnivore 😂 Et il a raison. Moi, j’aurais dit omnivore, car elles prennent autant de plaisir à grignoter un steak d’herbes que de bactéries… Même les vers de terre rentrent la tête dans les épaules quand elles font leur tondeuse à gazon !

Marc G. : « À chacun sa merde : les animaux font des crottes différentes selon les espèces et les régimes. Les crottes des herbivores sont plus volumineuses que celles des carnivores, mais elles sentent moins mauvais. L’éléphant en produit au moins 100 kg par jour, et de plus en plus avec l’âge. Colorées par le sang des proies, les fèces des prédateurs sont souvent noires et contiennent des poils. Un même loup en fait des différentes, car il mange d’abord les muscles, puis la peau, les poils et enfin les os. Ses crottes tournent au gris, puis au blanc… » Le naturel revient vite chez le naturaliste… même la bouse d’éléphant l’inspire. Et elle est inspirante, car, en termes de fertilisation, on imagine le boulot que pourrait faire un troupeau d’éléphants en agroécologie… Le problème, c’est qu’ils bousent autant qu’ils mangent !!! Quant à la vache, elle tapisse 150m2 de sol tous les ans avec ses bouses.

Pets de vaches et effet de serre

Marc Giraud, leader de la contestation anti-méthanisation avant l’heure ? En 2014, il écrit pour innocenter les vaches : « Non, les pets des vaches ne menacent pas la planète : ceux des dinosaures auraient déjà surchauffé la Terre depuis longtemps ! Ce sont d’ailleurs leurs rots qui émettent le plus de méthane, un gaz à effet de serre. Le vrai problème pour le réchauffement climatique provient des élevages industriels, où les animaux sont nourris avec du soja provenant d’Amérique du Sud. » Et boom dans la gueule de ceux qui enculent la planète sous couvert d’écologie.

Les temps modernes sont décidément pleins de surprises…

L’exploitation industrielle des vaches, un autre printemps silencieux,
un article choc de Pierrick Berthou publié le 8 février dernier : LIRE


Une bouse, c’est une promesse de fertilité

La bouse, c’est pas de la merde ! Ni de la merde ni un déchet.

Cette semaine, pour appeler à respecter la CONTINUITÉ écologique du carbone, j’ai publié : « Dans un système herbager (ou agroécologique), où les vaches paissent libres dans les champs, une bouse fraîche fait vivre des centaines d’insectes et des milliers d’espèces. Rien qu’en France, il existe plus de 130 espèces de bousiers, ces coléoptères spécialisés dans leur recyclage. Et sans parler des mouches et autres invertébrés, les vers de terre n’étant pas les derniers… Bref, une bouse, c’est un écosystème et une promesse de fertilité qui ne réclame ni énergie ni argent.

Fraîche, elle sera digérée en un an ; sèche, jusqu’à 5 ans ; dans un méthaniseur, en quelques semaines… En quelques semaines, une partie de son carbone est de nouveau dans l’atmosphère pour des siècles ! Le problème, c’est le temps : on accélère le cycle naturel du carbone. Mais en l’accélérant, on accélère aussi sa concentration atmosphérique, ce qui accélère l’effet de serre et le cycle de l’eau. Au final, on accélère la dégradation des sols nourriciers et le climat, tout en mettant en péril notre autonomie alimentaire ! » LIRE +

Mais pour obtenir cette belle cascade de dégradations, il faut d’abord commencer par priver les vaches de liberté pour récupérer leurs merdes !!! Il faut aussi dépenser de l’énergie pour en produire, et il faut court-circuiter le cycle du carbone dans le sol et priver de nourriture tous les animaux qui se nourrissent des bouses. Bref, une belle merde pour un peu de gaz. Marc : « Moins de 3,6 secondes après l’émission d’une bouse, les insectes arrivent… »

Le gars Giraud est par ailleurs un auteur prolifique avec plus de 40 ouvrages au compteur. SAFARI DANS LA BOUSE (collection L’humour est dans le pré) a été publié en 2014, et il mérite toute votre attention, car on y apprend plein de choses sur ces meufs. Pour en savoir plus sur ce Limousin d’adoption, également chroniqueur animalier radio, scénariste, porte-parole de l’ASPAS… c’est par ICI.

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