SOLS vivants. La faim de CARBONE est pire que les pesticides !

Pendant des millénaires, l’agriculteur a été confronté à la faim d’azote. La faim, c’est un manque. Et jusqu’à l’avènement des engrais chimiques, quand un sol manquait d’azote, ses rendements étaient impactés à la baisse. Un impact pouvant aller jusqu’à la faim et la misère, car il y a une relation de cause à effet. Que tout ça semble si loin aujourd’hui… même si cet azote de synthèse pose d’autres problèmes : pollution des eaux, pollution atmosphérique, réchauffement climatique…

Cet article a été écrit suite au reportage diffusé le 9 février dernier sur France 3, où, en guise de conclusion, il est dit que les déchets de la méthanisation augmentent les rendements de l’agriculture bio !!! L’affaire est bien ficelée. Tout ça, bien entendu, sans en apporter la moindre parcelle de preuve ! Prenons un exemple. Si un carré de sucre blanc remet sur pied dans le cas d’un coup de barre, le sucre blanc est-il pour autant bon pour la santé ? Voilà la vraie question, et je vais y répondre.

FAIM de CARBONE

C’est un manque. Et quand le sol manque de carbone, ça fait chuter les rendements des cultures. Avant l’événement des engrais chimiques, les engrais étant naturellement carbonés, cette faim n’était pas plus envisageable que d’aller marcher sur la lune. Pour l’anecdote, les sols lunaires sont des sols sans carbone !!! Difficile d’y trouver un seul ver de terre😅

Le désert du Sahara est pauvre en carbone. Le désert de Gobi également. Les déserts de poussières sont des milieux pauvres en nourriture, car pauvres en carbone organique. Le carbone, c’est la clef des sols qui nourrissent. Lire l’article publié le 6 fév. : Le carbone dans le sol expliqué aux nuls… En résumé, le carbone est la charpente de la matière organique, et un sol nourricier en est composé à 80 % !!! Ceux qui ne savent pas rebondir vont faire un bond. Matières vivantes et mortes toutes confondues. Pour ceux qui doutent, écoutez Marc-André Sélosse : La vie du sol constructrice du carbone du sol.

Bref, sans cesse l’agriculteur doit jouer sur ce couple carbone sur azote pour optimiser ses rendements. Plus de détails dans mon dernier livre. Mais voilà, contrairement à l’azote que nous savons synthétiser, grâce aux énergies fossiles… (il faut environ 5 kg de carbone 🤔 pour en produire 1 d’azote…) nous ne savons pas synthétiser le carbone. Seule la photosynthèse le peut. Et pour rappel, ce qui nous intéresse en agriculture, c’est le carbone contenu dans les sucres, pas celui qui compose le charbon !

N’oublions pas que la photosynthèse élabore des produits carbonés !

Et avec, la plante nourrit et accompagne son développement cellulaire, gère sa reproduction (nectar pour attirer les pollinisateurs), anime son intestin, enfin son écosystème souterrain !

N’oublions pas qu’une culture de maïs absorbe 2 à 3 fois plus de carbone qu’une forêt !

Grâce au fonctionnement atypique de sa photosynthèse qui lui permet d’absorber 20 T de carbone à l’ha en seulement quelques mois. Bien plus qu’une forêt qui en absorbe de 6 à 16 tonnes de CO2 par an, en fonction des essences, du climat, des sols… (source) Et suivant d’autres sources de 2 à 12 tonnes… POURQUOI ?

Il y a 3 types de photosynthèse en fonction des milieux : tempérés et froids (appelée C3, 95 % des plantes), très chauds et tropicaux (C4) et arides (CAM, cactus et plantes grasses). Le maïs, C4, a besoin de 250 gr d’eau pour assimiler 1 g de carbone, les C3 : 400 gr ; les CAM : 50 gr.

N’oublions pas que 60 % des sols agricoles sont dégradés dans le monde, à des degrés divers et par manque de carbone. Et autant le cycle du carbone dans les sols est très lent, autant la décarbonation des sols est scientifiquement avérée !!! Pire, à un stade critique et encore plus accéléré (comme si ça ne suffisait pas) par la méthanisation qui en fait du gaz et de l’électricité ❗

Revenons aux résidus de la méthanisation qui augmenterait les rendements de l’agriculture bio !

Comme vu, le manque d’azote affecte donc la croissance des plantes, les rendements et la digestion de la matière organique par la vie des sols (minéralisation). Sur la ferme familiale, avant d’implanter un blé, et “avant” les engrais chimiques, on cultivait sur la parcelle pendant 4 ans une légumineuse style luzerne. Sa symbiose avec des bactéries fixatrices d’azote permettait d’augmenter le stock d’azote du sol. Nous n’avions pas d’autres solutions que de jouer sur les rotations longues et cette famille de plantes pour éviter la faim d’azote au printemps (quand la végétation repart).

L’agriculture bio a interdiction d’utiliser les engrais chimiques. Et pour rester performante, en particulier en grandes cultures, elle ne peut pas utiliser cette vieille technique ancestrale sur une telle durée. Donc, ses sources en azote sont faibles pour soutenir de bons rendements. Il y a bien les fientes de poules des élevages industriels non bio… car les poules faisant pipi et caca par le même trou du cul, comme tous les oiseaux, ses merdes sont riches en azote contrairement aux nôtres… Il y a bien les intercultures ou les cultures éventuelles de pois fourragers, sojas, lentilles… En définitive, la palette est faible sous nos latitudes.

Les déchets de la méthanisation sont riches en azote…

Riches, car ils le concentrent, riches aussi en eau ammoniacale toxique pour les champignons du sol, riches mais aussi volatils, ce qui participe au bouleversement climatique. Par ailleurs, même si la source de cet azote est chimique, qu’importe, une fois aspirée par la plante, il est bio…

Daniel Chateigner, physicien et Professeur d’université : « Avec la méthanisation, on a donc abandonné les engrais minéraux NPK pour les remplacer par des engrais minéraux NPK ! Tout en privant de nourriture les bactéries du sol qui vont puiser dans le stock préexistant de Carbone Organique du Sol et émettre du CO2 en aspergeant les champignons… » Interview complète à retrouver dans mon dernier livre.

Finalement, via la méthanisation, l’agriculture biologique peut désormais utiliser NPK ! Raison pour laquelle elle booste provisoirement ses rendements.

En conclusion

En 1976, sécheresse oblige, il y a eu pénurie de foin. Comme j’en avais, avec la vente j’ai pu m’acheter une Suzuki 125 Gt. Le rêve. Bricoleur, j’ai augmenté artificiellement sa puissance en augmentant l’arrivée de l’essence. Entre les jambes, j’avais donc une machine 2 temps qui envoyait du lourd. Puissante et rapide, mais pas faite pour durer longtemps…

Or, en agriculture, l’important, c’est le temps : la durée d’utilisation. Le carbone, c’est le carburant des sols vivants. Carbone, carburant, c’est fait pour carburer… Mais en soutirant une bonne partie de son carburant pour en faire du gaz, de l’électricité ou des biocarburants, combien les sols vont-ils pouvoir carburer ? Durer ?

Voilà pourquoi la faim de carbone est pire que les pesticides. Conduits en bio ou pas, sans carbone, les sols sont démembrés. Le carbone, c’est leur charpente. Sans charpente, ils prennent l’eau, prêts à rejoindre la rivière la plus proche et à laisser la place aux cailloux. N’oublions pas que la première fonction d’une interculture est de capter de l’énergie pour le sol, pas d’en faire de l’énergie pour nous. Et avec la méthanisation, une bonne partie de cette énergie n’y passe plus : renvoyée sur le champ dans l’atmosphère sans mettre pied à terre !

On considère aujourd’hui que 44 % du CO2 renvoyé ou émis participe à concentrer l’atmosphère. Nier cela, c’est remettre en cause les lois physiques, c’est remettre en cause que la concentration et le temps passé là-haut font l’effet de serre et changent le climat. Et la méthanisation participe à concentrer au lieu de séquestrer.


Pendant tout le mois de février, les 2 livres, La méthanisation, de l’agriculture à l’énergiculture, et Sauver le ver de terre, sont vendus ensemble au prix exceptionnel de 20 € hors port. ACHETER

3 thoughts on “SOLS vivants. La faim de CARBONE est pire que les pesticides !

  1. Bonjour,

    Oui, je suis bien d’accord avec vous. On veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
    Juste une petite remarque pour les sources d’azote. Vous dîtes : “ses merdes sont riches en azote contrairement aux nôtres” oui mais nos urines sont très riche en azote. Serait ce une bonne idée de recycler nos urines (même si on retrouve un peu de pesticide dedans) ?

    1. Toilettes sèches,
      Pas de séparation des matières (pipi /caca), + sciures et copeaux, nourrissent les plantes depuis des années.

    2. Reste juste à récupérer sciure et copeaux… C’est une excellente solution individuelle, mais pas une solution universelle ! Bonne selle

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