Ça bouchonne là-haut, la photosynthèse à bout de souffle !!!

Les vers de terre influencent la porosité du sol avec leurs galeries et cacas.

Ils améliorent l’infiltration de l’eau et sa rétention, créent une micro et une macro-porosité, limitent l’érosion, le lessivage et l’asphyxie des sols. Mais voilà, s’il pleuvait sans discontinuer pendant plusieurs mois, sols et vers de terre seraient noyés, le sol ne pouvant pas absorber plus que plus.

Depuis le 19e siècle, nous pulsons sans discontinuer du CO2 d’origine fossile dans l’atmosphère. Charbon, pétrole, gaz partent quotidiennement en fumée s’ajouter au cycle naturel du carbone. Mais les océans, les arbres et les plantes ne pouvant en absorber plus que plus, ils sont incapables de réguler ce tsunami permanent. Bilan ça bouchonne là-haut.

Actuellement, le bouchon est tel, que près de la moitié de l’ensemble de nos émissions de CO2 persiste des siècles dans l’atmosphère, atteignant un niveau jamais égalé depuis 3 millions d’années !

Un avenir au goût de bouchon

C’est comme un évier bouché, tant qu’il n’est pas débouché, le bouchon grossit, s’épaissit. Comme un bouchon sur l’autoroute, tant qu’il n’est pas résorbé, la circulation n’est pas fluide. Comme 2 fumeurs dans une pièce fermée, tant qu’ils clopent, c’est enfumé. Tant que ça fume, et avec la meilleure volonté du monde, aucun écosystème ne peut absorber de tels volumes. Et le développement de la méthanisation contribue à déréguler le cycle du carbone, puisqu’à peine a-t-il touché le sol, qu’il est renvoyé illico dans le bouchon atmosphérique !!!

Peu font la relation d’autorité du climat sur les sols.

Et pourtant, la seule chose qui préoccupe quotidiennement l’agriculteur depuis la nuit des temps, c’est le TEMPS. C’est le temps qui gouverne la fertilité des sols, c’est le climat qui ordonne, affame ou nourrit. Et depuis quelque temps, le climat terrestre est bouleversé par ce “bouchon”.


L’avis du physicien Daniel Chateigner.

Daniel est professeur à l’université de Caen Normandie, et il a validé le contenu scientifique de La Méthanisation agricole, une énergie qui sent le gaz, un livre sorti le 20 novembre dernier.

— Ton image des cycles, des équilibres, des flux, et des bouchons qui régulent, me plaît bien. Tous ces transferts ou stocks de CO2 ressemblent finalement beaucoup à une autoroute en pleine période de vacances scolaires.

que veut dire un équilibre dynamique,
lorsque le temps mis en jeu est assez grand ?

Pour qu’une forêt arrive à maturité, il faut longtemps. Disons 50 ans. Isolons un système constitué d’une forêt, d’une petite ville se chauffant au bois, et de l’atmosphère qui l’entoure.

Le premier hiver étant froid, la moitié du bois est consommé par les habitants. Donc, la moitié du CO2 contenu dans le bois se retrouve dans l’atmosphère, augmentant ainsi l’effet de serre.

Le deuxième hiver étant encore plus froid, les habitants consomment le reste du bois, augmentant encore l’effet de serre. Ils ont émis autant de CO2 dans l’atmosphère que ce qu’il y avait au départ dans le bois. Est-ce neutre ? Et bien non, car la forêt n’est plus là pour éliminer le CO2 atmosphérique. Si on attend 100 ans sans se chauffer, le CO2 sera de nouveau en bas, dans les arbres. Aucune nouvelle molécule de carbone ne sera entrée en jeu, la conservation de la masse est sauvée !

En ce qui concerne les gaz à effet de serre, ce qui compte, c’est le temps passé par les molécules de CO2 en haut et en bas. Présentement, le CO2 est resté en haut la majeure partie du temps. Et il a réchauffé l’atmosphère bien plus que quand le bois était bois, en bas !

En quoi cela est-il transposable à la méthanisation ?

Le cycle de la méthanisation est plus rapide que celui du bois, puisqu’en 2 mois environ, la biomasse est transformée en gaz et brûlée en relâchant le CO2. Nous sommes alors tentés de penser que le CO2, sitôt émis, est repris par la photosynthèse. Cette façon de voir les choses donne lieu à l’hypothèse de neutralité carbone de la méthanisation. Alors, où est le loup ? Eh bien à deux endroits majeurs.

1 Sous nos latitudes (et c’est le cas de la majeure partie des terres émergées sur notre planète), la biomasse ne pousse pas toute l’année. Elle pousse principalement au printemps. En revanche, la demande en énergie génère une émission de CO2 continue, surtout l’hiver quand la biomasse ne pousse quasiment pas… Il résulte que sur une année, le CO2 est en haut la majeure partie du temps. De ce fait, il réchauffe plus l’atmosphère qu’en cycle normal (naturel). Les oscillations de CO2atm observées par Keeling dés 1958 sont lissées par le haut. C’est cette notion d’instantanéité de la capture de CO2 qui est contenue dans l’hypothèse de neutralité carbone qui est fausse.

2 Le second ou plutôt les seconds sont dans la meute des étapes nécessaires à l’obtention de gaz par méthanisation (ou dans la fabrication des granulés de bois). Toutes émettrices de CO2 qui ne serait pas là sans elle. La faim en carbone des sols, les cultures énergétiques, l’épuration, les fuites de méthane, … autant de loups soufflant la courbe de CO2atm vers le haut qui ne sont pas pris en compte dans les calculs lorsqu’on veut promouvoir la méthanisation.


Nous avons écrit ensemble plusieurs articles sur la notion de neutralité carbone, dont un a été publié dans l’Humanité du 16/12/21, et un autre dans le Club Mediapart du 19/01/21. Illustration de l’article : Marie-José Le Flour.

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One thought on “Ça bouchonne là-haut, la photosynthèse à bout de souffle !!!

  1. Un grand merci pour cet article
    pédagogiquement remarquable pour expliquer et faire comprendre la méthanisation !

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