D’instinct, sans réfléchir, quels sont les premiers prédateurs des vers de terre ?

Renard roux du Yellowstone, Wyoming, USA 2014 © Laurent Baheux, l’un de mes photographes préférés, l’un des rares à oser encore le noir et blanc, le summum de l’art. En plus, il sait capter l’âme animale, notre essence commune, l’Homme étant un animal comme les autres. Car il n’y a pas moins d’humanité dans le regard de ce renard, que de bestialité dans celui de la plupart de nos congénères.

Pourquoi un renard pour illustrer cet article ?

Parce que “vu” du point de vue du lombric terrestre, c’est un nuisible à exterminer… Imaginez, le p’tit loup peut en ingurgiter 4 à la minute. Et ne me dites pas que c’est la nature, cet argument ne passe pas auprès de nos laboureurs 🙂

D’instinct,
quels sont les premiers prédateurs des vers de terre ?

Quand j’ai posé la question sur ma page facebook, le soir même, j’avais plus de 300 réponses ; 400 en tout. Et preuve qu’à l’image des croyances, les médias ont une sacrée influence sur les savoirs, c’est la blague des vers géants carnivores qui est revenue le plus souvent. Carnivores et cannibales, ils défrayent régulièrement la chronique depuis mai 2018. Une date qui ne doit rien au hasard, j’ai été obligé d’y consacrer 6 pages dans mon Sauver le ver de terre.

100 kg de vers de terre,
c’est la consommation moyenne et
annuelle d’un blaireau moyen !

Voilà un vrai prédateur, jusqu’à 80 % de son régime alimentaire. Même la taupe ne fait pas le poids avec son régime composé à 90 % de vers de terre. Et les sangliers en sont si friands, que leurs dégâts, provoqués en retournant les prairies et les cultures, se sont élevés à 50 millions d’euros en 2017.

On rapporte même que la moitié du contenu stomacal d’un sanglier abattu était composé de 300 gr de vers de terre frais… (Genov, 1981). Mais ça reste des prédateurs opportunistes comme les lézards des murailles, les lézards verts, les crapauds, les loches. Eh oui, les baveuses les bouffent comme en témoignent ces images prises dans mon jardin. Comme les rougegorges, les piverts, les bécasses et autres merles. Merles qui ont même une technique pour les piéger, quand les blaireaux savent les extraire “en entier” de leur trou (sans les “casser en 2”). On en oublierait les hérons, les mouettes, les musaraignes ou certaines espèces de coléoptères à l’exemple des carabes.

Et le gentil hérisson dont on dit qu’il régulerait les limaces, alors qu’il saute sur tous les vers de terre. Et n’oublions pas tous les autres, dont les coincoins et la furieuse aux pattes de reptile : la poule.

Bref, je ne lui connais aucun ami, ils sont tant à vouloir se délecter de sa chair 🙁 Et quand ils ne s’en délectent pas, nous, nous les regardons de haut comme des animaux inférieurs, parfois même comme de la ver-mine. Le ver de vermine, c’est le ver de terre, puisqu’au Moyen Âge, on croyait qu’il mangeait les racines des plantes. Le serpent était aussi classé comme de la vermine, comme les rats et les abeilles… Plus d’info dans l’Éloge du ver de terre et Sauver le ver de terre.

Putain de climat intellectuel


PUTAIN de spécisme qui place en haut l’homme, le mâle dans toute sa splendeur, et les autres espèces en cascade. PUTAIN de climat intellectuel qui met tous les vers dans le même sac : des plus primitifs aux plus évolués. Toujours cette bestialité humaine qui refuse de voir l’intelligence animale, voyant les vers de terre comme des sous-animaux alors que certaines espèces, comme le lombric terrestre, cultivent une partie de leur nourriture. Et ça, nous le savons depuis le 19e siècle…

Quand tu penses que certains de mes abonnés sont encore fiers de les accrocher à leurs hameçons, en dépit d’apprécier mes écrits sur le monde des lombriciens, ou fiers de les ramasser pour les donner à manger à leurs poules. J’espère qu’ils comprendront que lorsque je trouve une poule, je la donne à mon renard. Et de préférence vivante, car c’est la nature 🙂

Parmi les commentaires postés sur Facebook, on trouve le glyphosate, les pesticides, les fourmis, les moineaux (?) et le labour ! Mais PERSONNE ne s’est demandé si les vers de terre ne crevaient pas de faim, depuis que nous avions abandonné la fertilisation organique au profit des engrais chimiques. Non, non, non, c’est connu, le ver de terre se nourrit de terre… Et pourtant, le manque de nourriture est la première cause de mortalité des vers de terre comme de toute la biodiversité.

La machine à propagande
fonctionne bien avec le labour

Extrait de Sauver le ver de terre : « Si le labour tuait les vers de terre, sachant qu’on laboure depuis 5 000 ans, il y a bien longtemps qu’il n’en resterait plus un seul. À cela, les anti labours rétorquent : — Mais avant, on ne labourait pas comme ça ! Et ils ont raison, le problème n’étant pas le labour, mais la manière dont on laboure aujourd’hui. »

De toutes les manières, en agriculture, il n’y a pas 36 solutions pour contrôler le couvert d’une surface cultivée : c’est le soc ou la chimie. Mais comme la nuance n’est pas l’une de nos dispositions naturelles, tous les types de labours sont mis dans le même sac sans discernement.

Sauf qu’entre un labour léger de 10 à 15 cm, un labour moyen et un labour profond (~ 50 cm), sur le plan agronomique, c’est le jour et la nuit. Et un facebookien, à qui je tentais d’expliquer cela, me balança en pleine figure les labours très très profonds… à 1,40 m de profondeur, et même à 1,80 m. Pour lui, comme pour beaucoup, aucune différence, le labour tue les vers de terre, et les agriculteurs qui labourent sont donc des idiots. Au final, ces gens-là finissent toujours par taper sur l’agriculteur.

Chers amis, nous ne sommes pas sortis de l’auberge !

On commence tout juste à comprendre que, pour avoir une diversité d’abeilles, il faut ad minima qu’elles aient à manger : il faut leur cultiver des fleurs. Mais on ne comprend toujours pas la même relation de cause à effet pour les vers de terre et toute la vie dans les sols.

Quant aux premiers prédateurs des vers de terre, pas de doute, ce sont les croyances qui nous pourrissent le cerveau. Et le gaz vert vient en rajouter une énième couche. Et pas seulement, car les prédateurs des vers de terre risquent bien eux aussi de crier famine. Le 20 novembre sort mon nouveau livre : De l’agriculture à l’énergiculture.


PS. En relation avec l’illustration, publié en 2019 : Plus de renards = moins de pesticides.

L’actualité en bref

  • 20/11. Sortie du livre et visioconférence partagée avec Olivier Allain, l’ancien conseiller agriculture d’Emmanuel Macron, pour Bien Vivre dans le Perche.
  • 26/11. Tournage avec le réalisateur Nicolas Fay sur un doc. pour France Télévisions.
  • 01/12. Présent sur le plateau du journal de France 3 Limousin.
  • Nous avons développé en France la Journée mondiale des vers de terre avec un beau succès, créé le Grand prix du Lombric d’Or avec le même succès. Cerise sur le gâteau, le poème de Christophe Haget va être mis en musique par un Breton d’origine limousine avant la fin de l’année.
  • Dans un autre registre, nous projetons de créer le Grand prix du Frelon asiatique… Aucune raison de laisser dans l’ombre ceux qui assombrissent volontairement l’avenir des générations futures
  • Le projet NU COMME UN VER a pris un coup de froid 🙂 Suite à la défection du photographe, nous ne pouvons pas tenir les délais. Donc, on abandonne l’idée d’un calendrier, mais on continue sur un manifeste mêlant photos, textes et poésies. Car les nouvelles ne sont pas bonnes, et il nous faut réagir en “obligeant” les candidats à la présidentielle à se positionner sur l’avenir des sols et des vers de terre.
  • Nous travaillons aussi sur une série intitulé : Les ACCROS du VER de TERRE !

3 thoughts on “D’instinct, sans réfléchir, quels sont les premiers prédateurs des vers de terre ?

  1. Bonjour Christophe,
    un grand merci de cet article instructif.
    Nous en avons profité pour acheter les livres sur le ver. Hâte de les recevoir.
    Belle semaine,
    Maryline

  2. Bonjour Christophe
    Excellent article comme de coutume.
    Je ne savais pas que “certaines espèces, comme le lombric terrestre, cultivent une partie de leur nourriture. Et ça, nous le savons depuis le 19e siècle…”
    tu pourrais préciser à la néophyte lombricole que je suis qu’est ce qu’ils cultivent, ça m’intrigue ???
    Je te souhaite une très belle journée, à bientôt,
    Murielle

    1. Murielle,

      Pour faire simple, car tout est expliqué dans leur Eloge, les lombrics terrestres récupèrent sur le sol toutes sortes de matériaux organiques, dont des branchettes.

      Puis ils les mettent à composter afin que les champignons les prédigèrent avant de les consommer.

      Et enfin, en fonction de leur propre digestion, ils feront avec leur caca des sortes de petits fromages qu’ils stockeront dans leurs galeries pour les affiner… Regardes comment ils récoltent 🙂 Belle soirée.

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