L214 se trompe d’ennemi selon l’agriculteur breton Pierrick Berthou

Au commencement, un commentaire posté sur : Le plus gros méthaniseur à ciel ouvert se trouve en Russie. Connaissant l’engagement de l’auteur sur la gestion de l’eau en agriculture, je lui ai proposé de le publier en article, car il y pointait un problème auquel je suis sensible.

En effet, toutes les chapelles idéologiques enferment leurs adeptes dans des concepts intellectuels simplistes et éprouvés : comme le bien et le mal ou le bon et le méchant. Éprouvés, car elles ont fait la gloire des religions. Et elles font encore recette à l’image des éleveurs – du paysan en bio à l’agro-industriel américain ou brésil – qui sont tous dans le même sac !

Et ne croyez pas que ce sac profite au bien-être animal. Non, le premier bénéficiaire, c’est l’argent et le business. les premiers bénéficiaires sont les multinationales de l’agroalimentaire et les agro-industriels de l’élevage, d’autant plus que ces dernier sont aujourd’hui inféodés à la Transition écologique et aux firmes de l’énergie… biogaz et électricité verte.

Les premiers perdants sont les paysans et l’agriculture à taille humaine, sans oublier la planète où les prairies naturelles sont transformées en sols cultivés pour alimenter ces usines à viande, lait ou œufs. Le grand perdant, c’est le climat, puisque ces prairies sont des puits à carbone… Bref, le seul modèle agricole solide et durable est agro-sylvo-pastoral. C’est d’ailleurs le modèle ancestral. Autrement dit, au même titre que les arbres, les animaux sauvages et domestiques font partie du modèle agricole.

Je laisse maintenant la parole à Pierrick Berthou.

Le 15 juillet 2021, ferme de Poulfang dans le Finistère.

Toutes les civilisations qui nous ont précédés, et qui ont disparu pour des raisons religieuses, belliqueuses, sanitaires, économiques ou autres, toutes ont un point commun. Toutes, absolument toutes, avaient adopté un régime alimentaire à base de cultures annuelles (céréales). Et nous, que faisons-nous ? Eh bien, nous misons sur les céréales, le riz, le maïs et le soja.

Dès lors que nous avons misé sur les cultures annuelles, nous avons commencé par déforester, labourer, puis travailler la terre et enfin semer.

La déforestation nous a fait perdre les bénéfices des arbres, des forêts et des prairies, notamment l’enrichissement du sol en M.O (matière organique) par les feuilles, racines et petites branches, etc. Mais, nous avons aussi perturbé le cycle des vents et de l’eau. Ensuite par le labour nous favorisons les émissions des gaz à effets de serre (CO2 et méthane, un puissant gaz à effet de serre).

Le travail du sol, lui, provoque la destruction de la M.O. par oxydation de l’humus. Et que penser de la qualité de notre eau ? Ces actions de travail du sol se répètent chaque année systématiquement ! On voit bien que si l’on poursuit dans cette direction nous allons tout droit à la catastrophe.

Lorsque nous coupons, une touffe herbe par le pâturage, la fauche ou la tonte de la pelouse, il n’y a pas seulement qu’un prélèvement de feuilles. Dès que l’herbe est coupée, et avant d’entamer sa repousse, elle se déleste d’une partie de ses racines. Ce que l’on nomme « carbone liquide ». C’est cette action qui permet « d’injecter » du carbone dans le sol. Or, le sol a « faim » de carbone et, en plus, il paraît qu’il y en a trop dans notre atmosphère… 🙂 Qu’on le veuille ou non, il n’y a pas mieux que les animaux pour valoriser l’herbe. Nous ne devons surtout pas supprimer toute forme d’élevage en éliminant la viande de notre alimentation. Il convient de remettre en cause notre façon de nourrir et d’élever nos animaux.

Lorsque L214 et autres mouvements se voulant écolo font la guerre à l’élevage, dans sa forme la plus réductrice, sans aucun discernement, ils se trompent lourdement et même dangereusement !

Certes, nourrir nos animaux avec des céréales, du maïs et du soja (très souvent O.G.M.) est une aberration. Mais supprimer toute forme d’élevage est une aberration tout aussi énorme. Ils font le jeu des promoteurs de la viande artificielle. Un excès n’a jamais compensé un excès !

Pour agir efficacement, nous devons revoir notre façon de nous nourrir. Il ne faut plus consommer de viande issue d’élevages industriels, par contre favoriser celles issues d’élevages herbagers, qui nourrissent leurs animaux (bovins, porcs et volailles plein air) avec de l’herbe principalement.

Mais, nous, les humains, devons aussi remettre en question notre alimentation, ce qui influencera fortement la manière de produire. Il ne s’agit pas de bannir les céréales, elles ont un rôle dans la rotation des cultures, mais de les remettre à leur juste place. Nous devons redévelopper les prairies herbagères aux flores diverses.

L’agroforesterie a un rôle majeur pour préserver notre avenir.

Donc, remettre des haies, pas seulement bocagères, mais aussi FRUITIÈRES. Au lieu de consommer des oranges, des bananes, des ananas, etc, et cela tout au long de l’année, nous devrions consommer des pommes, des cerises, des poires, des prunes et diverses baies, soit directement à la cueillette, soit sous forme de confitures ou compotes ! Agir ainsi permettra de bousculer, et reprendre en main notre mode de consommation, mais aussi de couper l’herbe sous le pied des accords de libre-échange qui ne profitent, finalement, qu’aux financiers et détruisent les habitudes alimentaires partout dans le monde, en uniformisant notre alimentation pour leur plus grand profit.

Vouloir se rabattre sur la viande artificielle n’est en aucun cas une solution.

C’est une arnaque de financiers, encore eux, qui se présentent comme philanthropes, mais qui voient un marché émerger, donc un moyen de se faire du fric ni plus ni moins. La viande artificielle n’est tout simplement pas de la viande, et ne fera que précipiter la catastrophe.

Le défi qui nous attend est de remettre en place une agriculture réparatrice et résiliente. Nous voyons bien le chemin que nous devons emprunter. D’ailleurs, nous n’avons pas d’autres options que de revégétaliser notre environnement : campagne et ville. Il faut avoir le courage de dire qu’il y a trop de céréales en France et partout dans le monde. Bien évidemment, cela profite très -trop- largement aux financiers et à ceux qui gravitent autour d’eux. Ce système nous mènera tout droit vers le précipice.

Si nous sommes capables de changer de paradigme en changeant notre façon de produire notre alimentation, nous serons capables d’agir efficacement sur le dérèglement climatique.

En baissant le niveau des gaz à effet de serre, en remettant le cycle de la pluie en route, nous nous assurerons un avenir pour tous, ou alors nous allons connaître un enfer. Le choix est pourtant simple, bien qu’il soit incompatible avec la finance : Faut-il aller jusqu’au bout de ses conneries pour changer ?


Pour répondre à la question de Pierrick : Oui, l’Histoire nous apprend que nous sommes tous jusqu’au-boutiste. Et même au bout du bout, rares sont ceux qui changent 🙂 En complément :

Viande artificielle. Pour le moment, la culture des cellules réclame l’abattage de vaches gestantes pour récupérer le sérum de veau fœtal… En savoir +
Carbone « liquide », appelé aussi carbone labile ou rapidement assimilable. C’est aujourd’hui avec ce carbone que le biogaz est produit. En savoir +
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10 thoughts on “L214 se trompe d’ennemi selon l’agriculteur breton Pierrick Berthou

  1. Bonjour, merci pour cette contribution. On est donc d’accord que la priorité est la disparition de l’élevage industriel. Les volumes produits seraient donc beaucoup plus faibles qu’actuellement et il faudrait réduire la consommation de viande de manière conséquente. Pour ne pas rendre la viande inaccessible au plus grand nombre, ne pourrait-on pas la rationner de manière transparente et équitable ? De cette manière, chacun-e aurait accès à une viande produite de manière durable.

  2. Les seuls systèmes durables sont ceux qui visent à l’équilibre et non à la croissance. Il n’y a pas de croissance indéfinie possible dans un monde fini. Et pour qu’un équilibre soit le plus stable possible (c’est à dire que les oscillations autour de la position d’équilibre soient les plus faibles possibles), il est indispensable que les éléments qui composent le système aient la plus grande diversité. Il en va ainsi pour les systèmes vivants, comme pour les systèmes de pensée, ou les systèmes politiques. Les systèmes agricoles n’échappent pas à la règle. Les systèmes composés de nombreux petits acteurs diversifiés seront plus stables et plus résilients que ceux composés de quelques acteurs dominants. Idem pour l’assolement des cultures et les rotations. Idem pour les élevages…

  3. Tellement dans le vrai ! J’espère que les gens n’irons pas jusqu’aux bouts de leurs conneries !

  4. Pas de vie animale sans vie végétale et inversement pas de vie végétale sans vie animale : le CO2 est indispensable aux plantes et il est fourni par le monde animal qui lui a besoin d’oxygène, c’est une symbiose parfaite qu’il ne faut pas déséquilibrer !
    L’élevage est indispensable à l’agriculture comme les animaux sont indispensables à la planète, contrairement aux militants de L214 les agriculteurs ont gardé les pieds sur Terre et curieusement L214 n’a jamais dénoncé les rites d’abatage religieux sans étourdissement …

    1. Laurent,

      Si vous me permettez : pas de vie animale sans vie végétale, pas de vie végétale, sans vie souterraine, les 3/4 des espèces qui vivent sur la terre ferme vivant dans les sols.

      Si vous me permettez : Contrairement aux militants de L214 les agriculteurs ont gardé les pieds sur Terre. Peu les ont gardés, autrement l’agriculture ne serait pas dans cet état-là. Autrement le mal-être animal ne serait pas dans cet état-là. Autrement les éleveurs ne seraient pas dans cet état-là.
      Et s ans oublier qu’un certain nombre d’agris se sont radicalisés comme des militants actifs de L214. Bref, peu ont gardé les pieds sur terre, car il est difficile de les garder dans un monde où tu es toujours le dindon de la farce. Et avec la méthanisation agricole, plein tendent l’autre joue, j’envoie ce matin une lettre au Président à ce sujet.

      Et enfin, je ne commenterais pas tes derniers mots, surtout tes 3 petits points. J’ose croire qu’ils sont maladroits.

      Cordialement.

  5. Peut-être que vous vous trompez également comme L214… il serait peut-être possible d’avoir une alimentation sans céréales et sans viande comme nos proches cousins les gorilles https://www.espace-sciences.org/archives/que-mange-un-gorille en tout cas je peux témoigner qu’un tel régime me satisfait totalement depuis maintenant plus de 5 années, et cerise sur le gâteau je ne suis plus du tout malade, on dirait que mon système immunitaire aime beaucoup les fruits et les feuilles (logique quand on sait qu’il est directement dépendant de notre flore intestinale!) 🙂 Et si demain on arrêtait de tout vouloir contrôler et que nous laissions notre environnement s’occuper de nous ?

    1. Hum ! Belmonte, je ne pensais pas qu’un jour quelqu’un oserait proposer sur mon blog que nous nous en remettions à la mère Nature pour nous nourrir, en supprimant l’élevage et l’agriculture.

      Et que nous pourrions nous nourrir des feuilles des arbres et de fruits comme les gorilles ! Je suppose qu’il ne faut jamais avoir connu la faim pour écrire ça. Ni la faim d’argent d’ailleurs, ni la faim de rien.

      Imaginons un seul instant 7 milliards de gorilles en train de manger les feuilles des arbres de la planète une année, l’année suivante tous les arbres auraient disparu de sa surface, puisque, comme nous le savons tous, les arbres ne font pas des feuilles pour nous nourrir, mais pour se nourrir, respirer, faire circuler leur sève…

      Bref. Cordialement,

  6. Je pense que l’auteur de l’article a mal compris le positionnement de L214, qui avait notamment explicité la nature de leurs “liens” avec certaines start-ups de la viande industrielle : https://blog.l214.com/2020/11/16/l214-viande-in-vitro-gafam-open-philanthropy-project

    En aucun cas je ne vois de contradictions avec le fait de développer l’agrosylvopastoralisme. De manière générale, L214 milite pour le bien-être animal. Peut-être qu’en son sein se trouvent des personnes qui se font les promotrices de la viande in vitro ou de l’abandon pur et simple de l’élevage, mais ce n’est pas la position officielle de l’association.

    1. Désolé Grégoire d’avoir supprimé ton dernier paragraphe, mais traiter cet article de pute-à-clic révèle… Bref.

      Soyons courtois et clair. La plus-value de L214, elle est d’avoir dénoncée toutes les dérives des élevages industriels et des abattoirs, leur moins-value d’avoir mis tous les éleveurs dans le même sac.

      Et enfin, tu écris : “ En aucun cas je ne vois de contradictions avec le fait de développer l’agrosylvopastoralisme. De manière générale, L214 milite pour le bien-être animal.” Première phrase de présentation de l’association : ” L214 est une association de défense des animaux utilisés comme ressources alimentaires (viande, lait, œufs, poissons).” Le projet est sans ambiguïté.

      Et il serait noble, s’il était compatible avec le seul modèle d’agriculture durable. Cordialement.

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