Produire de l’énergie ou Nourrir, il va falloir choisir.

Prendre soin de la Terre ne fait pas foin, dit le gazier. La France vise l’autonomie en gaz pour 2050, et pour l’atteindre, les pouvoirs publics s’appuient sur les sols agricoles. Mais pourront-ils soutenir la production de gaz et nourrir en même temps ? Personne n’en sait rien. Idem quant à la surface requise, aucun chiffre officiel !

Enfin si, ne soyons pas médisants, les seuls disponibles viennent d’un collectif de scientifiques et ils ne sont pas contestés par les pouvoirs publics. Preuve qu’ils pourraient être justes. Et ils disent que tous les sols agricoles n’y suffiront pas ! Qu’il faudra importer de la nourriture parfois de l’autre bout du monde et, surtout, manger encore plus de viande ! Incroyable n’est-ce pas ?

Manger plus de viande pour produire plus de gaz.

Il faudrait manger moins de viande pour sauver la planète, mais en manger plus pour produire encore plus de ce gaz censé combattre le réchauffement climatique. Pourquoi ? Parce que c’est le fonctionnement même de ces usines qui le réclament.

En effet, le biogaz agricole, fleuron de la transition écologique, s’appuie sur la souffrance animale. Mieux, il est inféodé aux élevages industriels et il en justifie pleinement l’existence et le développement. Sans ces usines à viande, à lait et à œufs, pas de méthanisation agricole, car seul l’enfermement permet de récupérer leurs déjections, moteurs des méthaniseurs.

Illustration énergétique !

Avec la technologie du doigt mouillé, on valorise aujourd’hui les pipis et cacas pour en faire du gaz ou de l’électricité. Même les avions électriques pourraient être équipés de méthaniseurs !!! Des méthaniseurs où les passagers seraient obligés de pisser et chier en permanence pour ne pas s’écraser au sol comme des merdes 🙂 D’accord, les esprits chagrins vont encore me dire que je raconte n’importe quoi… mais la pisse et la merde des habitants d’une ville n’y suffiraient pas à faire décoller un zinc, tant la rentabilité énergétique est faible. Bref, revenons à ce qui me chagrine.

Transformer de l’énergie alimentaire
en énergie thermique ou électrique

Si la photosynthèse transforme l’énergie solaire en énergie alimentaire, la méthanisation agricole transforme cette énergie alimentaire en énergie thermique et électrique, gaz et électricité. Pour l’occasion, l’alimentaire est appelée déchet ; déchet pour nous, mais aliment pour l’humus. Et nous sommes de plus en plus nombreux à voir dans ce verdissement énergétique, la mort programmée des sols et l’effondrement de notre système alimentaire.

Une éditrice me disait cette semaine que le sujet était trop technique, que je devrais voir auprès d’un éditeur spécialisé. Ah, vous trouvez que le sujet est si compliqué : faire du gaz avec la nourriture plutôt que Nourrir 🙂

Sans rentrer dans la technique,
un peu d’histoire

Au 18e siècle, Volta, le physicien et chimiste italien, qui a découvert la pile voltaïque, électrique, et qui a donné son nom au Volt, découvre le gaz des marais. Nommé plus tard méthane, la première unité d’exploitation voit le jour au début du 20e siècle, du côté de Plymouth, à Exeter en Angleterre. Et étonnamment, alors que nous manquons d’énergie, et que les grands barrages hydroélectriques vont se développer en France, la méthanisation agricole sera mise au placard pour n’en ressortir qu’au 21e siècle grâce aux subventions d’argent public. Car économiquement, la production de gaz agricole n’est pas rentable, sauf lourdement aidée.

Boire ou conduire, il va falloir choisir

C’est au pied du mur que l’on reconnaît l’idiot. Et aujourd’hui, nous sommes dans la même configuration que lors de la grande sécheresse de 1976 dans certains départements. Alors, le fourrage, on le donne aux animaux ou on en fait du gaz ? La Confédération paysanne des Deux-Sèvres a écrit fin avril au préfet : — « Il nous apparaît totalement inacceptable, alors même que les ressources fourragères s’annoncent tendues cette saison, qu’une partie puisse alimenter des unités de méthanisation au détriment de leur vocation première qui est l’alimentation. »

Le syndicat agricole réclame l’interdiction définitive de détruire le fourrage pour en faire du gaz. Que du bon sens paysan. D’autant que pendant ce temps-là, un quart de l’alimentation animale est toujours importé de l’autre bout du monde… Quel est l’impact carbone de ces importations ? Des importations qui finissent, au nom de la Transition écologique, en biogaz !

Et la méthanisation agricole,
ça marche comment ?

Pour comprendre son cycle, il faut partir de sa base, son carburant, la matière première de ces centrales de production de bio-gaz et de bio-électricité étant extraite à 100 % de nos champs cultivés. Soit directement via des cultures dédiées, soit indirectement via les fumiers des animaux élevés hors-sol.

La méthanisation agricole consiste donc à produire de l’énergie à partir de matières végétales et animales décomposées par des bactéries et des archées méthanogènes (bactéries sans noyau ni organites) qui, en digérant, produisent un combustible : le méthane. Et de ce transfert d’énergie résulterait un excellent engrais, très riche en azote soluble et volatil, et pauvre en carbone, un fichu problème en soi.

On décarbone plus les sols que l’air

— « Lorsque nos grands-parents épandaient du fumier, ils apportaient du carbone sur le sol, lequel restait en terre de 50 à 60 ans, avant d’être transformé en gaz carbonique. Le même carbone, si on ne le met pas dans le sol, mais plutôt dans le méthaniseur, va se transformer en gaz carbonique en moins d’un an. » Pierre Aurousseau, 27/09/2019, professeur de Sciences de l’Environnement à Agrocampus Rennes, et président du Conseil scientifique de l’environnement de Bretagne.

Et il rajoute : « L’apport de carbone sous forme de digestat, pauvre en carbone et riche en azote ammoniacal, va déclencher une faim en carbone. On dit que les micro-organismes du sol vont avoir faim en carbone. »

Faim en carbone, faim d’azote,
une histoire de famine

Dans un sol vivant, on nourrit ceux qui fabriquent la nourriture pour les plantes avec des comestibles : fumier, paille, plantes fraîches (engrais vert) ou restes de cultures ; le cycle de la nutrition, de l’alimentation ou de l’humus fonctionnant comme le cycle de l’eau, de l’azote ou du carbone.

Alors pour dégrader la matière organique en matière comestible pour les plantes, autrement dit, pour transformer la matière végétale en nourriture pour les végétaux, on considère que les bestioles (vers de terre, bactéries, champignons…), qui vont la digérer, consomment 25 fois plus de carbone que d’azote. Appliquée à un fumeur de joints, ce serait une pincée de cannabis pour 25 de tabac. Ou l’inverse, je ne sais plus, c’était y’a trop longtemps.

La méthanisation soustrait aux fumiers et à toute la matière organique une grande partie de son carbone, alors que la vie du sol en réclame pour ne pas crier famine. Bref, produire de l’énergie plutôt que NOURRIR relève d’une curieuse conception du futur.

À la semaine prochaine.


PS. Pour écrire sur ce sujet, j’ai appris cette semaine que mon travail était surveillé. Quel honneur d’être écouté… le but étant de couper mon audience faute de pouvoir me couper le sifflet. Aussi, depuis le 6 avril, “ils” dézinguent ma page du Jardin sur Facebook où j’ai plus de 33 000 abonnés. Et je vous annonce qu’ils ont réussi, la page est à terre, et j’aurai dû mal à la relever.

Ce n’est pas la première fois, en 2019, “ils” s’étaient occupés de l’audience de mon blog, me faisant passer pour un diffuseur de fake news… Sur un autre sujet, il y a 13 ans, “ils” m’avaient coupé mes revenus pendant 2 ans… 5 ans de procédure devant la Justice où j’ai gagné tous mes procès. “Ils”, sont-ils les mêmes, qu’importe, “ils” savent qu’on y laisse énormément de plumes ; “ils” savent qu’on finit toujours par jeter l’éponge. Bref, je ne vais pas vous raconter ma vie 🙂

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6 thoughts on “Produire de l’énergie ou Nourrir, il va falloir choisir.

  1. j’ai suivi le plan climat de mon interco
    ils font un méthaniseur
    grâce à toi j’en connais la réalité et les conséquences

  2. Cette article et très intéressant, comme beaucoup d’autres.
    L’encadré de bas de page l’est aussi.

    Courage s’il t’en faut et bonne suite.

    Merci encore.
    ChriS

  3. C’est navrant de bêtise mais tellement dans leur ligne
    résistons au maximum dans la joie on dirait que c’est ce qui les gêne le plus ils sont tellement tristes eux même
    même quand ils sourient ils restent laids et tristes
    Bises
    Catherine

  4. Ah les cons !!! Avec cette conception de l’Agriculture ( méthanisation, mega fermes industrialisées, chimie, numérique, informatique, robotisation, OGM, etc), qui ne respecte pas la nature et ses cycles, ils finiront par nous ” fabriquer” une famine. Ah les cons !!!

  5. “Ils” doivent être vert méthane, “ils” vont exploser en vol, de quoi péter un plomb, dont il y a trace d’ailleurs …

  6. Merci pour votre travail vos articles sont riches et intéressant.. pas étonnant qu’ils cherchent à vous faire taire.. courage à vous ne lâchez rien et encore merci beaucoup Nicolas

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