La Nature n’existe pas, c’est juste une vue de l’esprit, une croyance

— « Ce temps, où il suffisait de tendre la main pour que mère Nature s’offre à nous, tel le sein maternel à la bouche du nourrisson, n’a jamais existé en dehors de notre imaginaire. » Éloge du ver de terre. Flammarion. 2018.

On dit qu’il faudrait s’en inspirer pour vivre en harmonie avec elle, qu’elle est généreuse et parfaite à l’image de son créateur, on dit beaucoup de choses, beaucoup d’on-dit. J’ajoutais en 2018 : — « La Nature est un dispositif ou une disposition sociale pour mettre de la distance entre les humains et le reste du monde. Une idée spéciste revendiquée étonnamment par les antispécistes, rien qu’une idée, rien qu’une construction mentale. »

Né au milieu de la « Nature » !

Pas de méprise, je ne suis pas né au milieu de la Nature sauvage, il y a bien longtemps que toutes les forêts primaires ont été rasées en métropole 🙁 Non, je suis né au milieu d’une “nature” colonisée, domestiquée si vous préférez, mais à une époque où la biodiversité était encore riche d’animaux sauvages. Les sols étaient gavés de vies et de vers de terre, le ciel, d’oiseaux et d’insectes, et les eaux, de poissons sauvages comme l’anguille ou la truite. Bref, j’ai passé mon enfance dans un monde qui a été effacé depuis. Effacé comme on supprime un fichier d’une clef USB.

Désolé les enfants, vous hériterez de Notre-Dame et de Versailles, signature des Puissants, mais pas du monde vivant de vos ancêtres.

Mais ce monde où nous vivions, ce milieu « naturel », nous ne le nommions jamais. On ne disait jamais qu’on allait dans la Nature, puisque c’était notre milieu de vie. En revanche, on nommait ceux qui le composaient : la mer, les marais, les bois, les champs, la pluie, le vent, le soleil. Et avec les animaux, nous formions un tout. Une fois « grand », j’ai compris que nous formions aussi un tout avec tout. Mieux, j’ai découvert que nous avions tous un ancêtre commun : la cellule.

La cellule, un ancêtre vieux de 1,5 milliard d’années. À peu près…

Et avec tous les descendants de cet ancêtre, nous partageons des gènes. Même avec la laitue du jardin. L’autre point de partage, c’est la mort. On meurt, on vit, la vie entraîne toutes les espèces cellulaires dans cette boucle morbide. Nous sommes tous programmés pour mourir, sauf les arbres !

« Ils ont divisé le monde pour mieux le régner, ils ont réduit l’écosystème terrestre en un monde imaginaire fait de deux mondes parallèles et hermétiques : le monde des humains et le monde de la nature. Et, dans la nature, ils ont mis quelques animaux sur un piédestal, comme l’abeille à miel qui véhicule à leurs yeux l’image d’un monde exemplaire. Un monde parfait où chacune s’exécuterait sans broncher. » Éloge du vdt

Mère Nature,
Dame Nature,
La Nature est belle.

La nature fait bien les choses

C’est la nature, ainsi soit-il.
La nature est un cadeau du Ciel.

À l’imperfection de la nature humaine, la perfection de la Nature.

« Tous les prophètes ont largement usé de cette vision fantasmée de la Nature assénée avec la certitude de l’esprit qui ne doute de rien, n’empêche que si la Nature avait été bienveillante et généreuse envers l’humain, jamais l’agriculture n’aurait été créée. » « Ah que la Nature n’est pas belle, dit la proie, pas plus rassurante que le grand méchant loup dans le conte des Trois Petits Cochons. Tout est possible dans la Nature : il y a des êtres vivants à sang chaud, d’autres à sang-froid, d’autres dont le sang est appelé sève. » Éloge du vdt

— « Si la nature avait été confortable, l’homme n’aurait jamais inventé l’architecture. Or, au grand air, je préfère les maisons. » Oscar Wilde

Que définit réellement le mot Nature ?

Le mot définit un milieu indépendant de l’activité et de l’histoire humaines. Un milieu dans son jus originel. Comme un yaourt nature : sans additif. Par exemple, une forêt fait-elle partie du monde des humains ou de la Nature, sachant que toutes sont l’œuvre humaine et non celle de la Nature en France ?

À la genèse de toutes nos pensées, il y a Dieu ou Darwin. Il y a la croyance de l’homme créé tel qu’il est par une puissance supérieure appelée Dieu, il y a la femme créée telle qu’elle est à partir de l’homme ; ou il y a sa réplique inverse : que tous les hommes et les femmes naissent du ventre des femmes et de la rencontre de 2 cellules. Et dans beaucoup de cultures indigènes, le mot Nature n’existe pas. Logique, pourquoi désigner ce qui n’existe pas, comme chez les Navajos ou les Aborigènes. Tout ça peut sembler de l’ordre du détail, mais ça ancre une pensée. Nous ne descendons pas du singe, nous sommes seulement le produit de l’évolution. Mais être ce produit n’indique en rien que nous sommes plus évolués.

Nous relions la conscience à l’intelligence et l’opposons à l’inconscience : l’innée. L’innée, l’incapacité à analyser et comprendre le monde extérieur. Celui qui n’est pas doué de conscience est irréfléchi et instinctif comme la plante ou l’animal qui agiraient uniquement par programmation génétique. Enfin, c’est le modèle de croyance en vigueur, une raideur de l’esprit qui fait couler beaucoup de sang et d’encre comme toutes les croyances.

Quelles preuves avons-nous que la nature existe ?

Si la Nature existait, elle aurait une conscience. Elle ferait corps, elle serait entité. Mais l’idée d’une différenciation entre nous et le reste du monde est très récente. Née sûrement avec notre éloignement du Sauvage, cette jungle hostile où les humains sont proies. Sûrement amplifiée avec les religions du dieu unique. D’ailleurs, autant l’idée d’une Nature création divine fait encore rage, autant celle d’une Terre-mère, entité vivante, est toujours reléguée comme archaïque et non-civilisée. Comme si l’humanité n’avait d’yeux que pour elle. La science nous dit que la plante mémorise sans avoir de neurones, mais elle nous dit aussi que le neurone fonde la mémoire. La messe est dite.

Extraits du tome 1 de l’éloge aux vers de terre

 — « L’humain est un profiteur, et toutes les activités humaines ont été créées pour répondre strictement à ses besoins. Jamais il ne donne ou ne partage, ce n’est pas sa nature. Comme toutes les espèces, me direz-vous ? Et, effectivement, toutes fonctionnent sur ce principe, puisque c’est le fonctionnement intrinsèque des écosystèmes. Et quand deux espèces coopèrent, ce n’est jamais par altruisme, bonté ou générosité, mais toujours pour accroître leurs propres intérêts et privilèges. Connaissez-vous une seule espèce végétale ou animale qui se satisfasse de son territoire ? »

Une Nature tyrannique ! Lorsque cette idée m’est tombée sur le museau, j’en fus le premier surpris. D’être l’un de ses moutons était si loin de ce sentiment de toute-puissance qui nous anime tous. Toutefois, l’idée n’était pas nouvelle, puisque le vivant qui se dévore pour rester en vie, revient aussi à dire que la mort est la nourriture des écosystèmes et qu’elle engendre la vie. La mort qui engendre la vie, une idée si loin de la promesse religieuse et de la mort qui n’existe pas, puisque la vie est éternelle 🙂

Bref, la Nature n’existe pas, toutes les espèces baignant dans le même bain, sauf à considérer que l’Homme ne s’y baigne pas, parce qu’il sortirait de la cuisse de Jupiter, sauf à considérer que la Nature définirait le monde de l’animé et du vivant dans son ensemble.

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One thought on “La Nature n’existe pas, c’est juste une vue de l’esprit, une croyance

  1. C’est ce qui s’appelle remettre les choses à leur place, surtout l’Homme, ni plus ni moins essentiel qu’un ver de terre !
    Très joli texte.

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