Un méthaniseur XXL pour la plus grande ferme-usine de France : NON a dit la Justice.

Avertissement. Publié initialement le 07.01.2018, cet article sur la plus grande ferme-usine française avait été refusé à l’époque par tous les médias nationaux, même les plus virulents contre les usines des 1000 vaches ou des 1000 veaux. L’usine des 1000 vaches qui n’en contenait que 500, celle des 1000 veaux400, alors que celle-ci tourne à plein régime avec 2 500 ! Bref, les chapelles idéologiques interpellent autant que le développement de ces usines à viande sur pattes.

Le 01.01.2021, 1000 vaches a fermé ses portes et ses terres recyclées dans la production de betteraves néonicotinoïdiennes 🙂 pommes de terre, etc. Quant au méthaniseur géant, autorisé par la préfecture en 2017, le tribunal de Limoges a annulé l’autorisation le 12.11.2020 pour absence de prise en compte des risques environnementaux. Une autorisation signée manifestement avec beaucoup de légèreté par le préfet ; beaucoup trop a dit la Justice en première instance. Mais en appel, elle devrait dire OUi ! Cf. conclusion.


La plus grande ferme-usine de France !

07.01.2018. Comment ce projet industriel, porté par un producteur d’électricité, a-t-il pu voir le jour aussi rapidement et sans enquête publique, quand la loi dit : « Tous projets susceptibles d’avoir un impact sur l’environnement ou la qualité de vie des riverains sont soumis à une enquête publique. »

Avec une capacité de 2500 têtes et un turn-over de 4000, le préfet de la Haute-Vienne a donc autorisé le plus grand projet gazier basé sur l’espèce bovine. (Suivra une aide d’argent public de la Région d’un demi-million d’euros… avant l’annulation suite à la requête de Limousin Nature Environnement et de quelques riverains : Lire)

Quel est l’apport de ces fermes-usines ?

Déjà, est-ce une promotion pour la vache de passer sa vie confinée dans une usine ? Concentrée à pisser et chier pour produire de l’énergie. Dans ces conditions, quel est l’apport de la loi du 16 février 2015 qui lui reconnaît d’être douée de sensibilité ?

Même interrogation avec la loi promulguée la même année sur la reconquête de la biodiversité. 2 ans après, la biodiversité continue de s’effondrer. (Et 6 ans après, comme si la brutalité n’était pas assez violente, les néonicotinoïdes, strictement interdits depuis 2018, ont été réautorisés pour la culture de betteraves à sucre. Du sucre pour faire aussi des bio-carburants et du bio-gaz… Pathétique et loin du discours officiel sur l’autonomie alimentaire.)

Quant aux fermes-usines, propulsées via la transition écologique et ses énergies renouvelables, leur développement est en plein essor. D’autant plus qu’elles aspirent au passage une chose sans odeur : l’argent public des subventions. Et pour des financiers, c’est très inspirant 🙂

Cette usine à viande, c’est d’abord
une histoire d’industriels et de gros sous

Implanté prés de Bellac au nord de Limoges, à Saint-Junien-les-Combes, cette histoire a débuté il y a 30 ans avec un industriel italien comme l’explique Aymeric MERCIER, un agriculteur de la commune voisine :

— « En 1989, une société agroalimentaire italienne rachète le domaine de Berneuil, et d’emblée, commence par arracher les haies et les arbres pour créer de grandes parcelles : 450 ha sont drainés et 250 ha sont irrigués. L’exploitant engraisse des broutards pour le marché italien sur deux sites pouvant contenir 2500 bovins. Et en 2004, bien qu’elle a été l’élevage le plus subventionné en France avec 430 000 €, la ferme-usine peine à trouver son équilibre financier. »

Tout cet argent public donné, quasi un 1/2 million d’euros en 2004. Et en plus, ce n’est pas rentable ?

— « Oui. Et en 2013, Georges Delachaux rachète le domaine de 700 ha avec l’aide d’une holding dont il est le propriétaire et qui pèse 60 millions d’euros. Pas vraiment un paysan comme les autres ! Mais un investisseur, conscient de la faible rentabilité de la ferme et attiré par l’aubaine que constituent les subventions et les tarifs préférentiels de rachat de l’électricité d’origine agricole. »

Une histoire de moutards

Un financier qui investit dans de nombreux domaines comme l’immobilier, le commerce de gros, la vigne, l’exploitation forestière, la production distribution d’électricité et de gaz avec ENEDEL 7. Enedel & Enedis… 🙂 Et selon BFM TV, il posséderait pas moins de 27 sociétés ! Nous sommes très très loin du complément de revenu pour l’agriculteur

Par ailleurs, pourquoi le centre d’engraissement des Mille veaux sur le plateau de Millevaches a-t-il défrayé la chronique nationale, alors qu’ici, on en engraisse 2500 en toute quiétude ? Pourquoi l’opposition est-elle sévère là-bas et timide ici ? Pourquoi des personnalités comme Corinne Touzet, Michel Drucker, Dave, Liane Foly, Bruno Solo, Pascal Légitimus, … se sont engagées publiquement contre les Mille veaux, alors qu’ici ce n’est pas leur souci ? (La maire de Poitiers supprime la subvention au club d’aviation, scandale national, le maire de Fontenay-aux-Roses supprime la subvention au club de vélo engagé dans des actions sociales, no scandale, c’est normal…)

Le Limousin, terre de limogeage ou d’innovation ?

Le Limousin s’était déjà mis en lumière en 1889, quand la fée électricité a été transportée ici pour la première fois sur une longue distance. Puis, la Limousine s’est imposée dans le monde comme le summum de la bagnole de luxe, et sa vache s’est également répandue sur une bonne partie de la planète. Quand le préfet a signé l’autorisation d’exploiter, a-t-il pensé que le Limousin devait rester une terre d’innovation en électrifiant même ses vaches ? Quant aux moutards de la Limousine, finir dans une usine, triste fin même si tous finissent au crochet avant l’heure. Eh oui, la modernisation n’a pas d’état d’âme, et en dépit du caractère bien trempé de leurs mères, il est loin ce temps où la vache était une barre de coupe à l’avant et un épandeur à engrais à l’arrière comme disait André Pochon.

Aymeric MERCIER : — « Le méthaniseur pour produire de l’électricité sera implanté sur le site d’engraissement de Saint-Junien-les-Combes, et c’est lors de la consultation lancée par la préfecture en juin 2017 que les habitants apprennent l’existence du projet. Sous la pression des habitants, la mairie émet un avis défavorable, parce que tout le monde s’inquiète des risques d’explosion, des nuisances olfactives, de l’important trafic généré dans les ruelles du village, de la pollution de l’air par le sulfure d’hydrogène et l’ammoniac et de la pollution de l’eau aux nitrates…

Il ne s’agit pas de s’opposer aux énergies renouvelables, mais à un modèle-type de ferme-usine, comme celle des 1000 vaches, où le lait ou la viande deviennent un sous-produit de l’électricité. Aux yeux de ces investisseurs, la vraie richesse c’est la biomasse – fumier et cultures énergétiques – qu’ils pourront méthaniser pour revendre des kilowatts subventionnés. Et tant pis pour les paysans qui essaient de vivre du lait ou de la viande ! »

Pas d’enquête publique pour ce projet gazier

L’obligation d’une enquête publique pour ce type d’installation gazière n’est pas requise, la population étant seulement avisée. Parce que sans enquête : pas de synthèse, pas de conclusions, pas de préconisations, pas de commissaire indépendant, pas de bruits, pas de vagues, l’affaire est déjà pliée. Dans le cadre des « Installations classées pour la protection de l’environnement », la loi oblige à enquête dès lors que la capacité de traitement est supérieure à 100 tonnes/jour de biomasse.

Aymeric MERCIER : — « Pour remplir ces objectifs, le législateur a créé une procédure simplifiée, dite d’enregistrement, qui permet à ces méthaniseurs géants de se passer d’études d’impacts et d’enquête publique. C’est sur cette procédure que la préfecture s’appuie pour n’apporter aucune réponse, aucune étude complémentaire qui permettrait de répondre à nos inquiétudes. Une semaine après la manif, le permis de construire du méthaniseur était accordé. »

Bientôt autorisé avec le soutien du WWF,
de Greenpeace, et la bénédiction d’EELV !

Comment appeler cette nouvelle énergie ? L’énergie hydraulique vient de l’eau, l’énergie éolienne, du vent, l’énergie solaire, du soleil, et l’énergie qui sort du cul des vaches : l’énergie bestiale ou anale ?

En conclusion, l‘industriel, ENEDEL 7, a fait appel de la décision du TA de Limoges. L’affaire sera donc rejugée et il finira par avoir gain de cause. Juste une question de réglages, puisque tous les partis politiques, même écologistes, soutiennent le développement de la méthanisation agricole. Même les grandes ONG de protection de la nature, comme le WWFGreenpeace ou FNE, soutiennent à fond. Par ici la bonne soupe, même Notre Planete.info la voit comme une solution d’avenir.

Même le ministre Nicolas Hulot lui avait donné du gaz. Mieux, beaucoup mieux, la fondation Nicolas Hulot pour la Nature propose d’assouplir les contraintes pour accélérer leur développement… Quant à EELV : « La méthanisation agricole se développe pour bénéficier de la valorisation matière et énergétique. » Contactés, ils ont botté en touche. Si j’osais, je leur enverrais : La méthanisation agricole expliquée aux nuls !

Si avec tous ces soutiens, plus la loi de son côté, le méthaniseur géant de Saint-Junien-les-Combes ne voit pas le jour, je paye ma tournée générale 🙂

Christophe Gatineau, membre de l’association des Journalistes-écrivains pour la Nature et l’écologie. Pour soutenir notre travail, soutenez l’association qui nous soutient en achetant nos livres ou par un don. Et comme c’est le printemps, découvrez le pack Ver de terre !

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