La méthanisation agricole expliquée aux nuls !

Pour comprendre la méthanisation agricole, il faut commencer par comprendre comment fonctionne un sol agricole ! C’est la base, le carburant de ces centrales de production de bio-gaz et de bio-électricité étant extrait à 100 % de nos champs cultivés : soit directement via des cultures dédiées, soit indirectement via les fumiers des animaux élevés hors-sol.

La méthanisation agricole consiste donc à produire de l’énergie à partir de matières végétales et animales décomposées par des bactéries méthanogènes qui, en digérant, produisent un combustible : le méthane. Et d’après ses promoteurs, les résidus de ce transfert d’énergie seraient un excellent engrais. Du gagnant-gagnant en théorie, mais sur le terrain, c’est une autre histoire. À cause de l’humus des sols qui est court-circuité. Et le court-circuiter, c’est précipiter l’effondrement de la biodiversité et la disparition de la nature sauvage.

— « La méconnaissance des sols et de leur fonctionnement fait qu’on se laisse embarquer dans toutes sortes d’interventions dont certaines s’avèrent particulièrement néfastes à moyen ou long terme» disaient en 2018 les microbiologistes du sol Claude et Lydia Bourguignon. Ajoutant au sujet des résidus, « l’excellent » engrais, le digestat : — « Avec l’utilisation du digestat, on détruit la faune et les microbes des sous-sols. »

— « Le digestat est très volatil, l’ammoniac se disperse très facilement dans l’air. À son contact, il s’oxyde et va développer du protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2, » renchérit quelques mois après le physicien Daniel Chateigner.

— Le 20 avril 2020, cette note de l’INRAE confirme les problèmes : « La mortalité de vers de terre retrouvés à la surface immédiatement après épandage de digestats de méthanisation est un phénomène qui pose question… »

— L’agronome et anthropologue, Jacques Caplat, administrateur de l’ONG Agir Pour l’Environnement : « Chez moi en Bretagne, 99% des méthaniseurs visent : soit à “justifier” la poursuite d’un modèle d’élevage hors-sol abominable, soit à créer des niches spéculatives avec cultures dédiées. » 23 mars 2021

Et sur le plan sanitaire

Ce qui suit devrait tous nous interpeller vu la pandémie en cours. En effet, l’ADEME, en charge du développement de la méthanisation agricole, affirmait en 2016 que les digestats étaient de vrais bouillons de culture non conformes aux normes sanitaires : « Les digestats étudiés (mis à part les fractions solides compostées) ne respectent pas les critères des normes actuelles sur les amendements et les engrais» On croit rêver : des bactéries et des virus pathogènes qui se retrouvent dans les sols nourriciers, les eaux souterraines et les cours d’eau.

Feu de broussailles ou solution durable ?

Ses promoteurs, des financiers qui exploitent toutes les ressources naturelles de la planète sans se soucier du lendemain, ont crû que les sols étaient une ressource renouvelable ! Ils ont crû, du verbe croire, une posture spirituelle qui postule que la vie est éternelle comme les sols nourriciers. Certes, renouvelable, mais pas à l’échelle humaine.

Il faut environ 500 ans pour créer naturellement 5 cm de sol nouveau, et une douzaine pour les faire disparaître ! Et la méthanisation des sols est un accélérateur. Pas un dynamiseur, un dynamiteur. Comparativement, les néonicotinoïdes ou le glyphosate sont des enfants de chœur, car avec les pesticides, le pire n’est pas certain.

Une énergie imposée aux Français
comme un moyen pour réduire notre empreinte carbone

Dans le projet de Corcoué sur Logne dans le 44, c’est tout de même un ballet de 200 poids lourds qui viendront chaque jour nourrir les bactéries. Et des forêts rasées à blanc pour les chauffer. Un hectare et demi tous les mois, ce n’est pas la mer à boire, mais à un moment de notre histoire où chaque arbre compte. Bref, toujours la même rengaine. Mais voilà, selon l’économiste Maxime Combes : « Plus de 60% de notre empreinte carbone est liée aux produits que nous importons. »

Et cette empreinte n’est pas due au fait que nous mangeons des bananes, mais que blé et viande fassent des allers et retours sur les océans au gré des vagues provoquées par les marchés financiers. Sans oublier notre industrie maintenant localisée en Asie… Quant à la méthanisation agricole, outre de substituer le carbone à des sols qui en manquent déjà cruellement (cf. Art. du CNRS), un quart de l’alimentation animale, qui rentre dans les méthaniseurs français via les fumiers, est importée de l’autre bout du monde.

Pourquoi ?

À cause des subventions d’argent public, car il est financièrement plus rentable de cultiver pour nourrir des bactéries que des animaux, comme il est plus rentable de les chauffer avec du bois qu’avec leur propre gaz ! Bon sang de bois, mais pourquoi les écologistes n’arrivent-ils toujours pas à voir que le développement de la méthanisation agricole s’inscrit dans le programme d’industrialisation de l’agriculture et des ressources terrestres, et non dans celui de l’agroécologie ?

Comment fonctionne un sol nourricier ?

D’abord, nous, êtres humains, partageons avec les plantes, les arbres, les vers de terre et l’ensemble du monde vivant, de ne pas nous remplir le ventre de cailloux et de sable ! Toujours revenir aux fondamentaux 🙂 nous consommons tous les mêmes nutriments, mais sous des formes différentes.

En effet, à l’image du cycle de l’eau, ces nutriments passent de bouche-à-bouche, un échange de bons procédés où chacun nourrit l’autre, un cercle vertueux. C’est le cycle de la nutrition qui prend sa source dans l’humus, cette fine couche supérieure du sol qui mesure une dizaine de centimètres de profondeur, et où la majeure partie de la biodiversité animale et végétale se nourrit !

Mais si on détourne la nourriture de l’humus pour nourrir des bactéries hors-sol, on inverse et artificialise par conséquent le fonctionnement naturel des sols et des écosystèmes. Un changement profond et brutal dont on ignore tout des conséquences à long terme. Avant d’être un désert, le Sahara fut une région fertile et vivante…

Un sol fonctionne comme notre intestin :
ingestion, digestion, excrétion

C’est un gigantesque digesteur où les racines des plantes aspirent leur nourriture à l’image de notre paroi intestinale. Et le secret d’un sol nourricier repose sur sa clé de voûte : l’humus. Mais si on détourne son alimentation comme on détourne l’eau d’une rivière pour la faire ingérer, digérer et excréter hors-sol, on le met hors circuit. Si vous enlevez une clé de voûte, la voûte ne va pas s’écrouler tout de suite. Il y a un temps de latence plus ou moins long, puis une pierre tombe, puis une seconde, une troisième, jusqu’au moment où elle s’effondre tout d’un coup.

Comment les Anciens ont-ils fait
pour nous léguer des terres fertiles ?

En plus de pratiquer les rotations, les jachères et les engrais verts, ils remettaient dans le cycle de la nutrition toutes les matières d’origines biologiques pour nourrir l’humus. Ils avaient d’ailleurs bâti autour des fumiers un système très sophistiqué comme en témoigne en annexe cet extrait de L’Agronome publié en 1764.

Pour les anciens agronomes,
le fumier était une nourriture,
pour les gaziers, c’est un déchet !

Conclusion,

La France vise l’autonomie en gaz pour 2050. Mais pour atteindre cet objectif, 2 tiers de sa surface agricole devra être consacrée à la production de bio-gaz et de bio-carburant, et un tiers à l’alimentation des français ! Et c’est la projection la plus optimiste, puisque les scientifiques du Collectif scientifique national pour une méthanisation raisonnée soutiennent que les sols agricoles français n’y suffiront pas.

— « Et encore, ce que ne dit pas Mme ENGIE, c’est qu’en 2050 les ressources biomasse française ne suffiront pas à alimenter les méthaniseurs … Il faudra trouver cette biomasse ailleurs, en Amazonie ou dans l’huile de palme ou que sais-je encore, et la rapatrier par bateaux qui flotteront jusqu’à nous … au gaz ! » Daniel Chateigner.

Alors, si « tout va bien », qu’une famine ravage la France d’ici 2050 devrait être pris très au sérieux par manque de sols. Par analogie, qui aurait pu imaginer une seule seconde ce que nous vivons depuis un an ? Personne. Même l’aviation civile est clouée au sol à cause d’un simple virus.


Prochain article sur le sujet : Faire de l’électricité avec des oranges, le génie humain n’a plus de limites. Déjà publiés : On achève bien les vers de terre au nom de l’écologie ; Trop cool la méthanisation agricole avec son gaz bio, écolo et comestible ; La méthanisation agricole ou la fabrique d’un mensonge ; Méthanisation agricole : pourquoi les politiques font-ils l’autruche ? Pour soutenir notre travail, soutenez l’association qui nous soutient en achetant nos livres ou par un don. Et comme c’est le printemps, découvrez le pack Ver de terre !

Annexe

L’HUMUS, HUMUM, un mot féminin qui désignait autrefois une terre, un pays, une contrée ou une nation, mais que beaucoup d’évangélistes détournent aujourd’hui pour le relier à humain, homme, humanité, humilité… Et même si les mots homo et humanus prennent effectivement racine dans celui d’humus, inversement, c’est bien l’ensemble du monde du vivant vivant sur la terre ferme qui est enraciné dans l’humus.

Extraits de L’Agronome. Dictionnaire portatif du cultivateur, un ouvrage de Pons-Augustin Alletz (1703-1785): « Le FUMIER est connu pour être l’amendement ordinaire des terres. Il y en a de différentes sortes ; les uns conviennent à une certaine terre, et les autres à une autre. Le fumier de vache est gras et rafraîchissant : il convient aux terres sèches, maigres et sablonneuses […] Celui de mouton est fort chaud et a beaucoup de sels, il est bon pour les terres froides et maigres. […] Celui de cheval a les mêmes qualités, mais il n’est pas gras comme les précédents : il est propre pour les terres labourables, principalement celles qui sont fortes et humides, et pour les potagers, mais non pour les arbres ; on doit l’employer de bonne heure […] Ceux de mulet et d’âne sont à peu près de la même nature. Celui de pigeon est le plus chaud de tous : il est propre aux terres humides et aux vieux arbres, mais on doit le mêler avec d’autres, ou le laisser jeter son feu ; car il brûlerait les semences. Celui de cochon est froid et le moins estimé de tous, mais mêlé avec d’autres, on l’emploie pour les terres brûlantes, et aux arbres qui ont jauni par trop de sécheresse. Les boues des rues et des grands chemins, après qu’on les a fait sécher par tas, font un grand bien au pied des arbres, ainsi qu’aux fonds de terre usés ; il en est de même des cendres, surtout pour les figuiers. […] Les terres neuves, et particulièrement celles qui touchent à la surface, sont excellentes pour amender celles qui sont usées. Au reste, les fumiers qui ne valent rien pour les jardins, sont les curures de colombier et de poulailler ; le fumier de porc, les excréments des animaux aquatiques, ceux des lapins, et ceux de l’homme. En général, les fumiers les plus pourris, comme de la troisième année sont les meilleurs ; mais on ne doit pas les mettre pourrir dans un endroit où il y a de la pente, de peur que l’eau qui y tombe n’emporte tout le sel du fumier et le meilleur de la substance… »

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5 thoughts on “La méthanisation agricole expliquée aux nuls !

  1. Bonjour.
    Eh oui la méthanisation agricole fait débat……sous couvert de bonnes pratiques, la méthanisation, surtout gigantesque, n’est ni plus ni moins que la suite de l’industrialisation de l’agriculture. Exactement comme avec les panneaux solaires, c’est du même acabit! Et lorsque l’on pointe du doigt toutes les contraintes liées à l’installation d’une méga unité on se fait traiter de tous les noms d’oiseaux ( enfin ceux qui restent!!!) et de rétrograde!

  2. Je m’interroge : la methanisation et la méthode Jean Pain, mèmes conséquences ? De mémoire, Jean Pain récupérait du méthane du processus de compostage de broussailles. Par contre, son compost semblait particulièrement fertile.

    1. Bonjour Rambour, Nous ne sommes ni sur la même technique ni à la même échelle… Belle journée

  3. Merci pour cet article. Jusqu’à sa lecture j’étais dubitatif sur le bénéfice de la méthanisation. Un petit méthaniseur chez moi à La Ferté Saint Aubin, récolte 1/4 de fumier de cheval des centres équestres alentours, 1/4 de “petits pois-carottes” de l’industrie Maingour, boites de légumes carottes et petits pois et betteraves rouges essentiellement, par camion entier déjà prêt à la stérilisation, 1/4 de détritus divers et 1/4 de “graines de céréales” couleur flashy rose ou jaune, c’est vrai, qui n’ont pas été semées dans la plaine de Beauce, par camion entier également. Le financier du méthaniseur “m’a vendu” l’extrudât pour un engrais qui obtiendrait le label bio! Pour l’instant il ne chauffe plus la piscine de la ville, le digestat n’est pas reconnu bio, on ne sait jamais, heureusement. J’ai mis une année dans le jardin partagé de mon association Jardin et Vie, de cet extrudât avec beaucoup d’inquiétude mais ayant “cédé” aux sirènes du financier de ce méthaniseur. A Lamotte Beuvron, Loir et Cher, siège de la fédération équestre, ils construisent un gros méthaniseur pour leur fumier de cheval. En Sologne, peu de cultures, plus de ferme à vache, mais de plus en plus de méthaniseurs.
    Je suis contre maintenant cette filière de méthanisation et “nos déchets ont du talent”, sachons les valoriser pour nos cultures. NATURELLEMENT le plus possible.
    Luc Beunier Association Jardin et Vie, La Ferté Saint Aubin

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