L’écologie positive est-elle vraiment positive pour la planète ?

Version complète de l’édito publié dans le n°12 du magazine Regain.


“Ils” savent que nous sommes tous des affamés de positifs, prêts à croire n’importe quoi pour nous mettre un peu de baume au cœur et de soleil dans les yeux. Le 2 déc. 2019, l’ancien Premier ministre, Édouard Philippe, avait défini l’écologie positive comme une écologie souriante : — « “L’écologie souriante”, c’est une écologie du quotidien, une écologie des solutions. Des solutions simples, économes, qui, n’en déplaise aux théoriciens de l’apocalypse, montrent que le changement est non seulement possible, mais bel et bien à l’œuvre. »

Mais de quel changement parlait-il ?

Du retour des néonicotinoïdes en 2020… Concrètement, quel changement est déjà « bel et bien à l’œuvre » dans la reconquête de la biodiversité ou la fin des océans de plastique, le retour des rivières poissonneuses, la protection des sols nourriciers, le climat, etc. ? D’ailleurs, depuis la Révolution de 1789, quelle décision politique souriant à la Nature a été prise ? Aucune. Que dalle.

Savez-vous que la première grande alerte sur l’érosion des sols agricoles date de 1910 et qu’elle a été lancée par un agronome américain ? Et qu’avons-nous fait en réaction ? Nous avons importé ce modèle qui détruit les sols et supprimé notre modèle durable ! Pourquoi diable ? Cf. Sauver le ver de terre. Il fallait faire civilisation et la modernité l’incarnait.

Soyons positifs

En 2040, c’est la fin des plastiques jetables. Mais pas d’emballement sur les emballages, ça ne reste qu’un objectif ! Et sur le plan juridique, un objectif n’a pas plus de valeur qu’une promesse. « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient » répétait Jacques Chirac.

« La méthanisation est l’avenir du gaz en France et un complément de revenus important pour les agriculteurs » déclarait Emmanuel Macron le 27.11.2018. Mais le 11 janvier dernier, le pétrolier Total devenait le n°1 de la méthanisation agricole française ! Sûrement que le PDG de Total a remercié le Président pour avoir tenu ses promesses. Ne souriez-pas, ce sont des choses qui se font, quand chose promise chose due.

“Ils” l’avaient promis à la fille de l’ancien vigneron mort empoisonné par les pesticides, promesse tenue. En première instance, le 25.02.2021, le tribunal de Libourne condamnait Valérie Murat à 125 000 € d’amende pour avoir porté atteinte à l’honneur des vins de Bordeaux ; elle avait pointé la présence de pesticides dangereux dans des vins vendus comme étant plus bio que bio. Le tribunal lui reprochait « une communication volontairement anxiogène » quand elle dénonçait justement une communication volontairement positiviste de la filière pour dissimuler que ses vins étaient toujours élevés avec des pesticides chimiques. C’est l’histoire du verre à moitié vide qui a été jugée, espérons qu’en appel, le tribunal jugera l’autre moitié du verre.

2008, la belle promesse

Le plan Écophyto fixait l’objectif de réduire l’utilisation des pesticides de 50 % dans les dix ans. Tout le monde a applaudi, mais en 2018, la réduction de 50 % s’est muée en une augmentation de 25 % ! Les apôtres de la chimie ont bien tenté d’arguer une réduction de 32 % en s’appuyant sur un principe scientifique datant du 16e siècle… mais la science a fait quelques progrès depuis. Résultat, la consommation de pesticides n’a jamais diminué sur le terrain.

Promis, dans trois ans, le glyphosate, c’est fini. Victoire ! ont crié avec empressement les ONG. Sans se presser, ceux qui semblaient avoir perdu la bataille n’ont pas déterré la hache de guerre, mais enterré leur slip pour prouver que le glyphosate et pesticides étaient inoffensifs pour l’environnement.Résultat, le glyphosate court toujours…

Flash-back

Quelques mois après son élection, le président de la République avait pourtant promis son interdiction dans un délai de trois ans. Il tweetait le 27.11.2017 — : « J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans. »

Belle parade pour satisfaire les 2 camps retranchés, autant Nicolas Hulot que le ministre de l’Agriculture. Mais les pros sont rassurés par un point de détail : « Dès que des alternatives auront été trouvées… » Et 7 mois plus tard, le PDG de Bayer France, propriétaire de Monsanto, confirmait au sujet du glyphosate sur les ondes d’Europe 1 : « Nous faisons partie de la solution. » J’entends : nous sommes la solution.

Et la solution est de le conserver ou de le remplacer par un autre. Qu’importe les produits, coûte que coûte, il faut que le fric pisse en abondance comme aux pis d’une Prim’Holstein si elle ne veut pas finir en hamburger. La Prim’Holstein, première race laitière en France et dans le monde. C’est ça la biodiversité vue par un actionnaire. Plutôt pratique pour une bactérie ou un virus qui se mettrait en tête de faire le tour du monde…

Les nouveaux souverains

Les multinationales ont pris le pouvoir, un pouvoir que jamais une reine ou un empereur n’avait eu jusque-là. Et l’épisode pandémique révèle – avec les masques, les tests et aujourd’hui les vaccins – notre entière dépendance à leur bon vouloir. Mieux : l’inaction climatique trouve son explication dans le côté obscur du Traité sur la charte de l’énergie de 1998, qui permet à une multinationale de demander des compensations financières à un État qui prendrait des mesures positives pour la planète mais négatives pour son chiffre d’affaires. Cf. Marcher pour le climat peut-il le sauver ?

On nous fait croire

On fait une Convention citoyenne, on a fait des États généraux de l’alimentation, mais rien ne change alors que la situation exigerait des mesures radicales et brutales, pour seulement sauver les meubles pour nos enfants. Mais ça, ça ne fait sourire personne…

Alors continuons de croire qu’on peut faire une omelette sans casser des œufs. Autrement dit, au nom de l’écologie positive, celle qui sourit toujours aux mêmes, continuons de croire qu’on peut produire des richesses sans les amputer à la planète et à l’héritage des générations futures.


Quand les vers de terre assainissent nos eaux sales ! Un exemple d’écologie positive pour la planète freinée par les pouvoirs publics. Pour soutenir notre travail, soutenez l’association qui nous soutient en achetant nos livres ou par un don. Et comme c’est le printemps, découvrez le pack Ver de terre !

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One thought on “L’écologie positive est-elle vraiment positive pour la planète ?

  1. Les multinationales de la bouffe o nt pris le pouvoir que nous seuls leur offrons avec délice en achetant leurs produits que nous savons néfastes pour notre santé…… C est les responsables

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