Marcher pour le climat peut-il le sauver ?

La pollution de l’air tue environ 130 personnes tous les jours en France, 1300 en Europe, et elle fait le bonheur de la Bourse. Depuis un an, un simple virus biologique met l’humanité à genoux, sauf pour ceux qui en tiennent les cordons. Sans aucune marche, protestation ou manifestation, des mesures exceptionnelles ont été prises par le gouvernement : « Quoi qu’il en coûte… et parce que la santé n’a pas de prix. »

Et si cette pandémie a montré que les grands dirigeants climatosceptiques de la planète étaient aussi corona-sceptiques, elle a surtout mis en évidence la perte de souveraineté de nombreux pays dont la France. Une souveraineté, non pas déléguée à l’Europe comme on l’entend si souvent, mais à ces multinationales qui font la pluie et le beau sur la planète.


Les nouveaux souverains

Des maîtres qui ont un pouvoir comme jamais une reine ou un empereur n’avait eu jusque-là. Eh oui, nous sommes entièrement dépendants de leur bon vouloir à l’exemple des vaccins. Mieux : l’inaction climatique trouve une de ses explications dans le côté obscur du Traité sur la charte de l’énergie de 1998, qui permet à une multinationale de demander des compensations financières à un État qui prendrait des mesures positives pour la planète, mais négatives pour son chiffre d’affaires. Cf. art. du Monde.

L’autre garde-fou, ce sont les actionnaires

Et ils se sont illustrés la semaine dernière en virant le PDG de Danone ! Motif : trop de Nature et de social dans son management. Et le gars n’était ni un saint ni un décroissant. Viré sans ménagement par des barbares qui réclament 15% sur chaque yaourt vendu. Quoi qu’il en coûte.

« La méthanisation est l’avenir du gaz en France et un complément de revenus important pour les agriculteurs » déclarait Emmanuel Macron le 27 novembre 2018. Mais en grattant, on découvre que le leader de la méthanisation agricole n’est pas l’agriculteur, mais 2 multinationales : le pétrolier Total et le gazier ENGIE.

Et en grattant un peu plus, on découvre que de grandes ONG de protection de la nature, comme le WWF, Greenpeace ou FNE, qui œuvrent pour sauver le climat, soutiennent aussi ce procédé d’énergie qui consomme plus d’énergie qu’il n’en produit tout en consommant des sols agricoles. Lire.

D’ailleurs, dans le projet biogaz de Corcoué sur Logne dans le 44, on irait même jusqu’à raser gratis des forêts et utiliser du gaz naturel juste pour chauffer la mixture qui produit du gaz bio ! Juste pour satisfaire un maillon de la chaîne de production, 10 000 m3 de bois seraient brûlés tous les ans, soit environ 16 ha de forêts, 3 000 sur 20 ans et autant de camions sur les routes ! Lien vers le collectif de Corcoué.

Mais pourquoi les écologistes n’arrivent-ils toujours pas à voir que le développement de la méthanisation agricole s’inscrit dans le programme d’industrialisation de l’agriculture et des ressources terrestres, et non dans celui de l’agroécologie ?

Pandémie : tous unis

Au peuple, le gouvernement a réclamé en 2020 la solidarité nationale, tous unis, et en même temps il en a exonéré les actionnaires des grandes entreprises. En effet, alors même que la production tournait au quart de son régime, et que 300 milliards d’argent public allaient être alloués aux entreprises, le 24 mars 2020, le ministre des Finances leur conseille de ne pas trop en reverser à leurs actionnaires… On croit rêver : « Je demande à toutes les entreprises, notamment les plus grandes, de faire preuve de la plus grande modération sur le versement des dividendes. C’est un moment où tout l’argent doit être employé pour faire tourner les entreprises. »

Pourquoi être plus royaliste que le roi, quand au paradis de l’ultralibéralisme, le gouvernement Trump conditionnait les aides au renoncement du versement des dividendes aux actionnaires. Toutefois, aucun gouvernement n’a conditionné une seule de ses aides à une quelconque contre partie climat. « Pour un peu d’argent, ils tueraient terre et mer » pouvait-on lire sur les réseaux sociaux.

On nous rabâche qu’on ne peut pas changer le Système du jour au lendemain, j’entends qu’on ne peut pas changer un système qui régale les actionnaires. On nous assène que la Transition écologique doit être radicale sans être brutale, j’entends qu’on lègue à nos enfants la brutalité et les conflits, j’entends qu’on préfère punir nos enfants de nos crimes plutôt que d’en répondre.

En cause, l’écologie positive

En 2018, la pétition, L’Affaire du siècle pour une justice climatique, a réuni 2 millions de signataires en un mois. Bilan, un frémissement médiatique suivi d’une Convention Citoyenne pour le Climat. Et toutes les propositions signifiantes de cette Convention ont fini dans le même panier que celles des États généraux de l’alimentation de 2017.

Pour ma part, j’ai fait partie en 2020 d’un groupe d’experts en charge d’évaluer celles pour la transition écologique et énergétique de mon département. Bilan : même destination, tout a fini en eau de boudin, puisque le projet est de ne rien changer, seulement de repeindre en vert la façade. Le problème, c’est : l’écologie positive est-elle vraiment positive pour la planète ?


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3 thoughts on “Marcher pour le climat peut-il le sauver ?

  1. Bonjour,

    Bravo encore une fois pour cet article.
    Mais juste pour être sur, il s’agit de 10000² ou plutôt 10000³ .

    Bonne journée

    1. Cube, y’avait une erreur… Merci

  2. Bravo. J’acquiesce. Soutenons les lieux de cultures occupés. C’est le point d’entrée vers le changement.

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