Culture du Cannabis en France : les dernières nouvelles du front

Plus con tu meurs 🙂 La loi interdit aux producteurs français de Cannabis à vocation thérapeutique de transformer et commercialiser leur production, sauf à se mettre hors-la-loi, mais autorise les commerçants à revendre ce Cannabis s’il provient de l’étranger… Où il est cultivé le plus souvent à partir de variétés interdites en France ! Trop forts nos parlementaires.

Un aspirateur à polluants 🙁 Dans un autre registre, une propriété méconnue est sa capacité à aspirer les métaux lourds et les radionucléides, raison pour laquelle il a été utilisé à Tchernobyl et serait envisagé pour Fukushima. Également utilisé à cette fin en Italie. Comme le roseau ou le tournesol, le Cannabis purifie donc les sols empoisonnés, nous y reviendrons lors d’un prochain article.

— « Hum, vous reprendrez bien une petite infusion de… mercure, plomb, cadmium et autre césium 🙂 » Tout ça interpelle en dehors d’une production bio certifiée AB. Comme derrière un épandage de boues de station d’épuration ou de déchets de la méthanisation. Même pour l’isolation en laine de Cannabis, la question se pose.


« Cette plante est indissociable de l’histoire de France. »

Pour écrire cet article, j’ai pris conseil auprès d’un érudit en la matière, un Saintongeais ami de longue date des vers de terre. Un gars qui, pour l’anecdote, m’a un jour envoyé par la poste deux beaux spécimens rarissimes dans les champs cultivés, deux anéciques à tête noire, des Aporrectodea giardi. Il s’agit de Fabien Artigaud, 34 ans, coprésident de l’association Perma-Chanvre Charente-Maritime environnement.

Que ça fait du bien de rencontrer un vrai passionné sans œillères ! Certains ont la passion de la culture de céréales, d’autres de la vigne, des arbres fruitiers, des abeilles, des huîtres, des tomates, des pommes de terre ou des courges, d’autres du Cannabis. Certains esprits tordus diront : Cannabis = drogue = drogué, essayons de les détordre en douceur pour les remettre dans le droit chemin 🙂

Fabien semble intarissable sur le sujet : — « Cette plante est indissociable de l’histoire de France. Les Gaulois la cultivaient. L’avaient-ils connu par les Romains qui la cultivaient déjà, ou les Celtes l’avaient-ils apporté dans leurs bagages, difficile de le savoir ? On sait que Charlemagne avait décrété sa culture obligatoire, que la conquête de l’Amérique n’aurait pas eu lieu sans Cannabis… Même le moteur diesel a été conçu au départ pour tourner à l’huile de Cannabis ! »

Des centaines de variétés de Cannabis

Le mot Cannabis ne désigne pas une plante, mais un ensemble d’espèces de plantes, des espèces déclinées ensuite en variétés. Illustration. — «J’ai vu un campagnol dans mon jardin. » D’accord, mais lequel sur les 13 espèces qui vivent en France métropolitaine ! Par ailleurs, un campagnol n’étant pas un mulot, même si de loin il ressemble à une souris…

Idem pour le bourdon, 45 espèces en France ; un bourdon étant également une abeille… mais le mot abeille n’évoque qu’une seule espèce : l’abeille à miel ! Alors qu’elles sont 20 000 dans le monde… Cf. notre livre sur les abeilles publié chez Flammarion. De plus, la seule espèce d’insecte à se décliner en autant de variétés que de variétés de vaches à lait. Variétés ou races ? C’est la même chose. Des races pour le monde animal, des variétés pour le monde végétal, et un Cannabis qui se décline en plusieurs centaines de variétés en fonction des usages.

Un usage méconnu, dont m’a fait part Fabien : donner à manger du Cannabis aux animaux d’élevage, afin qu’ils soient plus détendus lors de l’abattage. Désolé pour nos amis.es végans, no stress, c’est une pratique antique.

. Cannabis ou chanvre ?

Il y a la botanique, il y a la politique, et jusqu’au 19e siècle, le Cannabis était affilié à la famille des orties, les Urticacées. Depuis, il est classé avec une plante présente dans toutes les bières de France et de Navarre : le houblon et les Cannabaceae.

Nom latin du chanvre : Cannabis sativa L.
Nom latin du Cannabis : Cannabis sativa L.
Nom latin de l’herbe : Cannabis sativa L.

Historiquement, le chanvre (ou le chenvre) est le nom donné à cette plante avant que Charles Linné publie son livre Systema naturæ en 1735, où il nomme toutes les plantes avec deux mots latins en italique. Le premier est écrit avec la première lettre en majuscule, et il représente le nom de genre, et le second est une épithète spécifique qui peut être un adjectif, un nom au génitif ou un attribut. Par la suite, on rajouta la première lettre de l’auteur : L. pour Linné. Extrait du Bleuet, une histoire de bleu

A l’usage, le mot chanvre désigne la plante textile. Et autrefois, il désignait également « l’écorce », là où résident les fibres. Quant à la différence entre THC et CBD, les 2 molécules phares sur la centaine produite par la plante (le houblon produit également du CBD), le THC est celle de l’ivresse, le CBD celle de l’antidouleur.

Tout est bon dans le Cannabis comme dans…
le blé, le maïs, le lin, l’ortie.

Fabien : — « Il est utilisé dans la construction et l’isolation, le textile, l’animalerie, la pêche avec la fameuse graine de chènevis si prisée par le gardon, en cosmétique, dans l’alimentation avec la farine et l’huile riche en vitamines et en oméga 3 et 6, une alliée du cœur comme l’huile de colza, en phytoremédiation, en médecine et enfin, à des fins récréatives, ce dernier usage étant interdit en France ».

Une plante multifonctionnelle que certains agronomes présentent comme une tête d’assolement pour préparer un blé. Certes, elle est économe en eau, mais elle reste gourmande ce qui épuise les sols. Sauf à la composter sur place comme un engrais vert. Si la méthanisation agricole n’était pas un contresens agronomique, elle aurait pu y trouver une place de choix. Bref, on vient de lui découvrir un usage liturgique en Israël, en identifiant sur deux autels d’un sanctuaire datant de 2800 ans, des traces de cannabinoïdes : THC, CBD et CBN. Cf. l’art. du Monde publié le 28 fév. dernier.

Quel est le contexte législatif actuel en France ?

La culture du Cannabis est autorisée en France à la seule condition d’utiliser l’une des 25 variétés définies par la loi. Des variétés dont la teneur en THC est inférieure à 0,2 %. Par ailleurs, seules les tiges et les graines peuvent être exploitées, la loi française interdisant toute transformation ou commercialisation des fleurs.

Souvenons-nous que les variétés traditionnellement cultivées en France titraient jusqu’à 3 % de THC ! Mais suite à la Seconde Grande Guerre mondiale, l’« ami » américain a dit : « Mais c’est de la drogue… Tous vos paysans sont des drogués ! » J’exagère à peine. Et pour imposer leur chimie et leur modèle agro-industriel, leurs fibres de nylon et de coton dont ils sont les leaders mondiaux, ils demandent à l’ONU d’interdire sa culture, ce qui est chose faite en 1961.

Une culture du Cannabis qui était déjà strictement interdite sous toutes ses formes aux États-Unis depuis 1937, seulement réautorisée pour la recherche en 2014, puis en 2018 dans sa version chanvrière et CBD. Et si beaucoup de nos voisins européens sont sortis de cette emprise idéologique venue d’outre-Atlantique, et qui prend ses sources dans La Bible, la majorité de nos parlementaires continuent d’y croire.

. Victime du lobby puritain

Autant le droit international est supérieur au droit national, et le droit européen supérieur au droit français, autant pour le Cannabis, sous la pression de lobbys puritains et pas très catholiques, le gouvernement préfère se mettre hors-la-loi ! L’UE autorise la culture de 67 variétés, la France 25, bientôt 23 !

En revanche, quand ça l’arrange, comme pour le retour en 2019 des farines animales dans les assiettes de certaines cantines scolaires, l’UE et la France ont renié le principe de “non cannibalisme” au nom du droit international ! Pourquoi les cantines scolaires ? Parce qu’on y sert majoritairement de la viande importée et bon marché. Et le CETA, cet accord commercial signé avec le Canada, prévoit justement l’importation en France de viande de vaches qui ont mangé des vaches… le Nouveau Monde l’autorisant, comme il autorise les hormones pour faire gonfler artificiellement les vaches ou le glyphosate pour faire mûrir plus vite les blés…

Le glyphosate pour faire mourir le blé dans un pays où le Cannabis est légal ! 20 ans pour le Cannabis thérapeutique (CBD), 3 ans pour le récréatif (THC).

. Des fleurs de CBD frelatées pour être conformes à la loi !

En résumé, plus une plante est riche en CBD plus elle est riche en THC ! Mais la loi française dit que plus une plante est riche en THC, plus c’est de la drogue.

Au dessus de 0,2 % de THC, c’est de la drogue ! Une croyance qui ne repose sur aucune réalité scientifique ou médicale, puisqu’en Italie le taux est de 0,6 %, en Suisse de 1 %, et en Espagne, il n’y a aucune restriction. Et aux dernières nouvelles, nos amis espagnols ne sont pas plus drogués que nous 🙂

Une situation qui pénalise injustement les producteurs français, bridés par un taux de THC qui bride leurs plantes à une teneur en CBD thérapeutique autour de 6 %. Alors que leurs concurrents “non français”, avec une bride plus large, peuvent grimper à 15 voire 20 %. En revanche, pour être importables, leurs fleurs doivent subir des transformations chimiques pour supprimer l’excédent de THC ; des fleurs auxquelles sont parfois ajoutés des exhausteurs de goût comme pour le tabac.

C’est Fabien qui m’a parlé de ces fleurs frelatées comme de vins frelatés : « Une fleur Cannabis titrée à plus de 8 % de CBD ne peut pas être naturelle si elle a été cultivée en France. Elle a été forcement reconstruite après récolte par l’ajout de CBD concentré, parfois de synthèse, parfois avec saveur fraise ou pomme ! » Voilà la situation actuelle au moment où le gouvernement s’apprête à légaliser la production et la commercialisation de fleurs de Cannabis à vocation thérapeutique.

Des milliers d’emplois à la clef !

On nous dit que cela pourrait créer des milliers d’emplois, mais rien n’indique qu’ils seront pour autant permanents et agricoles. Et la législation sur la tabaculture peut faire craindre le pire aux futurs chanvriculteurs ou cannabiculteurs, des tabaculteurs sous la tutelle des industriels et des pouvoirs publics pour boucler les 2 bouts.

En effet, et sauf erreur de ma part, pour compenser leurs pertes, ils perçoivent une subvention d’environ 900 € la tonne, pour un tabac vendu quelques euros au kg et revendu au détail prés de 500, soit un demi-million d’euros la tonne. Plus con tu meurs : le gouvernement subventionne autant la production que la fin de la consommation 🙂 Bref.

É P I L O G U E

D’autres articles vont suivre. Pour terminer, je fais un vœu, probablement un vœu pieux, mais pour une fois, espérons que le gouvernement ne suivra pas le chemin dessiné par les Puissants, mais offrira à de nombreux petits paysans et producteurs l’occasion de pouvoir gagner leur pain de leur travail. Bon dimanche.

Pour soutenir notre travail, soutenez l’association qui nous soutient en achetant nos livres ou par un don. Et comme c’est le printemps, découvrez le pack Ver de terre !

Note au sujet de la Saintonge, un terroir revendiqué haut et fort par Fabien, et qui fût mien avant d’en être chassée. Le golfe des Santons, terre de mes ancêtres depuis plus de 500 ans, et qui, en succombant aux chants des sirènes, a changé de visage comme on retourne sa veste. Là-bas, j’y ai fait les foins et les moissons, biné les betteraves et transhumé les vaches dans les marais, tant de mes souvenirs y sont attachés, tant de douleurs que ma chair est marquée de ce pays au fer rouge.

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4 thoughts on “Culture du Cannabis en France : les dernières nouvelles du front

  1. J’ai peu d’espoir en ce qui concerne des normes “souples” pour la culture et la production du cannabis thérapeutique. Les industriels prendrons probablement de grosses parts de marché. Mais pour la même raison qu’il existe du tabac sans additif, je pense qu’il existera du CBD sans additif.
    Merci pour cet article intéressant!

  2. On en apprend des choses !..
    Reste une confusion au glyphosate..qui fait mûrir ou mourir les blés.
    Sinon bien et merci.
    BL

    1. Bonjour Bruno,

      Vous pointez une confusion qui n’est pas.

      En effet, de la même manière qu’on utilisait à une certaine époque le glyphosate pour défaner les pommes de terre, on l’utilise au Canada pour accélérer le murissement, donc pour le faire mourir 🙂 Belle journée

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