Le lombric est-il homosexuel ? !!!

Résumé : même leur vie sexuelle bouscule toutes nos idées reçues sur la question, puisqu’ils ne sont pas hermaphrodites au sens strict, tantôt mâles, tantôt femelles, tantôt les deux.


— Amoureux des vers de terre, bonjour.

Je reçois aujourd’hui, non pas un homme ou une femme, mais la mère, la Terre-mère ! Comprenez mon émoi, moi qui passe mon temps à lui pisser et chier sur la tête. Vous aussi je crois 🙂 Pardon Madame. L’idée d’une madame supposerait donc l’existence d’un monsieur dans le ciel. Yeux dans les yeux, et pourquoi ce ne serait pas l’inverse ? Et pour pousser le bouchon encore un peu plus loin… et si le monde, que dis-je, et si le Ciel était à l’image du ver de terre ? Certes, l’épiderme terrestre est fait d’une infinitude de turricules qui ne sont pas tombés du ciel, mais quel est le lien avec la gay attitude du ver de terre ? Je m’explique.

Prenons l’exemple d’un lombric terrestre, un animal solitaire qui passe le plus clair de son temps à digérer dans le fond de son terrier, que nous dit l’éminent professeur Lavelle dans Sauver le ver de terre :

« L´accouplement est homosexuel, puisqu’au moment du coït, seuls les organes mâles sont mûrs, le sperme se conservant dans les spermathèques jusqu’à ce que les organes femelles soient à maturité. »

— Professeur, vous êtes sérieux ?

Patrick Lavelle — Eh oui, je te confirme que l’accouplement du ver de terre est bien homosexuel. Christophe, le lombric n’est pas né de la dernière pluie, il a 10 millions d’années !

Christophe Gatineau. — Hum, pas très impressionné, la poule, Gallus gallus, l’un de ses plus terribles prédateurs, en a plus 200 millions dans les pattes.

Patrick L. — Oh, on ne va pas jouer sur les dates, nous avons des traces de vers de terre fouisseurs il y a 250 millions d’années. Lui aussi a survécu aux dinosaures, aux glaciations, … T’imagines tout ce qu’il a dû essayer, inventer, explorer ! Sortir de la mer, apprendre à vivre dans les sols. Dans la langue espagnole, on dit : Feliz como una lombriz. Heureux comme un lombric. Tu sais pourquoi ?

Christophe G. — Non

Patrick L. — D’abord, cet animal a du cœur. Les cœurs vont par paires, 4 à 5 suivant les espèces. Ça lui donne du tonus pour les gigantesques travaux de terrassement qu’il assume à longueur de vie pour que les sols soient autre chose qu’un tas de sable et d’argile compacte et invivable.

Il organise la voirie souterraine, le tout à l’égout, ramasse les poubelles, tout ce que les habitants épigés balancent sans se soucier, des feuilles mortes, des branchages, des plumes, comme de vulgaires humains leurs sacs en plastique et leurs mégots. Des tonnes de feuilles et de branches, de cadavres de toutes sortes. Ensuite, il composte tout ça pour en faire de l’engrais et l’enfouir dans le sol là où les plantes pourront extraire les engrais minéraux naturels qui les font pousser.

Christophe G. — Pas tous les vers de terre, pas les endogés ni les épigés, seulement quelques espèces d’anéciques comme le lombric terrestre ; celui à la queue plate comme un fer de lance.

Patrick L. — Justement, lui, je le soupçonne aussi de profiter de tous ses cœurs pour développer une vie sentimentale à des niveaux impossibles à imaginer pour nous les humains, gros vaniteux immatures qui nous permettons de les mépriser !

Christophe G. — Je crains le pire professeur…

Patrick L. — Le ver est un gai luron qui a compris que les deux sexes ont leurs mérites et leurs plaisirs spécifiques.

LGBT ?

Christophe G. — Vous vous souvenez dans son Éloge : « Une certitude, chez le lombric terrestre on ne tire pas comme un lapin. Et sans vouloir offenser certains hommes, il prend même ce temps nécessaire au plaisir de l’échange. Soyons clairs, mon but n’est pas ici de réveiller certaines frustrations féminines, même si nous devons admettre que les préliminaires font partie intégrante de la sexualité du ver de terre…

Pas de brutalité ni de pluralité, on fait les choses à deux, nu comme un ver sur le sol frais et humide. À deux, mais sans papa ni maman puisqu’ils sont tous bisexuels bisexués ! » Et vous me dites qu’ils sont de la jaquette ! LGBT. J’aurais donc trompé mes lecteurs à l’insu de mon plein gré.

Patrick L. — L’accouplement homosexuel entre mâles est ce qu’il a choisi, mais sans pour autant se priver des joies et de la plénitude de la maternité. Et ne va pas croire qu’ils n’en sont pas conscients ! Ton ami Darwin, qui les a tant observés, a bien compris tout ce qu’ils font avec ce cerveau pas plus gros qu’une tête d´épingle. Et le ver doit bien rigoler de voir ce que nous faisons avec cette grosse cervelle que l’évolution nous a mise dans la tête.

Christophe G. — Vous avancez en terrain mouvant, parlant de joie et de plénitude au sujet d’un animal toujours vu comme un intestin sans cervelle par le législateur français et européen. Mais vos mots me remplissent, moi qui ai attendu 52 ans pour assister aux ébats amoureux de deux vers de terre communs.

J’avais alors écrit : — « Le premier voisin qui sort la tête de son trou, pan : prends ça dans le cornet, voisine. Pour ceux qui commenceraient bêtement à s’exciter, je rappelle que sa voisine est un voisin. Mais une chose en entraînant une autre, qu’est-ce qui les pousse à l’acte ? Certains m’objecteront l’instinct ! L’inné, une idée à balayer comme toutes les idées reçues, puisqu’elle présuppose l’humain comme une espèce à part. Mais la considérer à l’égal des autres espèces réclame aussi de reconsidérer le plaisir animal…

Il y a l’exemple flagrant des vaches dont le comportement naturellement lesbien saute à la figure. Des vaches qui adorent se câliner et se lécher mutuellement la tête et le cou en fermant les yeux. Et elles ne se lèchent pas seulement ces zones quand elles sont en chaleur. »

Je m’écarte, mais impossible d’écarter la notion de plaisir de l’acte de reproduction, même si pour le lombric, il convient d’être prudent. Mais comme leur rapport dure plus longtemps qu’un coït moyen humain, il n’est pas invraisemblable d’envisager qu’ils échangent plus que des gamètes mâles.

Si, à juste titre, on peut se demander comment 2 voisins de palier font pour savoir qu’ils ont la même envie au même moment, comment font ceux qui n’en ont pas ? Parce que la plupart des espèces de vers de terre n’ont aucun palier partagé et naviguent à vue.

Patrick L. — Comme les endogés, des espèces à la vie sexuelle plus sobre. Je comprends que tu préfères les anéciques, plus spectaculaires, sexy et communicateurs, mais l’endogé est un gros bosseur, humble et dur au mal.

Christophe G. — Professeur, vous excitez ma curiosité. Nous consacrerons donc une émission à part entière à ces animaux autant méconnus qu’insignifiants à nos yeux.

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10 thoughts on “Le lombric est-il homosexuel ? !!!

  1. Claire,

    il ne faut pas prendre ça au premier degré !!!

    Pour ça il y a nos publications scientifiques que personne ne lit avec leur terminologie clinique. Juste un peu de légèreté pour dire que les humains parfois se compliquent la vie avec des choses en fait sans importance; l’important étant que chacun vive la vie qu’il souhaite – on n’en a apparemment qu’une – et qu’on le laisse la vivre à sa façon avec tolérance et bienveillance, quels que soient ses choix.

  2. Commentaire pour Patrick,

    Concernant “trans, parce qu’ils changent de sexe, et bisexuels puisqu’ils ont les deux” : les mots un sens.
    Apparemment, tu ne sais absolument pas ce qu’est une personne transgenre, je t’invite à te renseigner plus avant au lieu de dire de la … (suite de mots supprimés par le modérateur 🙂 ). Et sur la question de la bisexualité, le mot que tu cherches est “hermaphrodite”.

    1. Chère Claire,

      Voilà ce qui arrive quand on manque cruellement d’humour, de recul et d’ouverture.

      Vous imaginez bien que nous n’allons pas en rester là. Et notre but était d’abord de capter l’attention avant de dérouler. Parce que vu notre grand âge, notre plus-value est d’avoir les ressources pour tenir la distance 🙂

      Maintenant, relisez le texte à tête reposée, et si vous trouvez une seule erreur sur le plan scientifique, je m’engage platement à la reconnaître, la corriger et à m’en excuser.

      Quant au mot hermaphrodite, plus précisément, le ver de terre serait hermaphrodite protandre, serait, puisque tous les vers de terre ne le sont pas, bien évidemment que ça fera l’objet de notre prochaine conversation.

      Et enfin, Claire, tu tutoies et tu te payes le luxe de t’exonérer du minimum de la politesse. Ici, on n’est pas sur les réseaux sociaux, tu es sur mon blog, et même si tu n’es pas d’accord, tu peux l’exprimer sans arrogance ni mépris. Belle journée

    1. Merci Céline,

      Et mille bravos à toi pour ton travail.

      (pour les lecteurs, Céline Pélosi est l’une des scientifiques les plus innovantes dans la recherche sur les lombrics)

  3. Super intéressant, désormais je regarderai les vers de terre avec plus d’attention !
    Bravo à mon ami Patrick, mais qu’en est-il des vers de terre antropophages ?
    Max

    1. Bonsoir Hubert,

      Ce moyen de reproduction concerne seulement quelques espèces, et Patrick va nous parler dans un prochain article de celui des endogés qui est passionnant et qui rejoindrait (presque) celui de certaines plantes. Belle soirée

    2. Merci Max.. on parlera un jour du ver carnivore des savanes que tu connais, qui s´attaque aux petits maigrelets quise déguisent en racines!!!

  4. Bonjour,

    Quel bonheur d’apprendre en s’amusant. Merci pour tout ce vous faites.
    Merci à Mr Lavelle. Bientôt un 3eme livre sur les vers de terre ? Amitiés.

    1. Merci Sandrine.

      Mais vous lisez dans mes pensées… puisqu’un troisième sur la vie secrète des vers de terre est dans les tuyaux. Mais je ne vous en dirai pas plus. Belle journée

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