Oléron mon amour

Je croyais que dans le Jardin-vivant on ne parlait que de jardinage disent certains. Effectivement, croire ce que les autres croient savoir est un souci. On répète, on imite, on croit savoir. Mais le sous-titre de mon premier ouvrage annonçait déjà la couleur : On cultive la Terre comme on se cultive pour rendre sa vie fertile.

Une couleur taillée dans la même veine que le sous-titre du Jardin-vivant : Un autre regard sur le monde qui entoure notre monde intérieur. Ceci dit, la cible du Jardin-vivant n’a jamais été ce consommateur, fidèle dévoué aux temples de la consommation comme Jardiland, des créateurs de besoins autant inutiles que superflus.

Une vie simple et économe en énergie

Dans le Jardin-vivant, on traite d’agriculture vivrière, parce que dans ce monde à la dérive, produire sa nourriture et se faire à manger sont devenus des actes révolutionnaires. En d’autres mots, le jardinage est ici une posture politique de résistance non-violente. Soyons clair, il est aujourd’hui beaucoup plus simple d’aller se nourrir en poussant la porte d’un supermarché ; beaucoup plus rentable d’être un fonctionnaire et de passer tous les mois de sa vie au tiroir-caisse, que d’aspirer à vouloir vivre une vie simple et économe en énergie.

 2008

Bref, ce qui fait la richesse d’un individu, c’est la multitude des jardins qu’il cultive parfois comme des jardins secrets. Aussi, le projet ci-dessous a débuté il y a 9 ans, et en 2011, il avait déjà fait l’objet d’un projet d’édition censuré par le Centre Régional du Livre Limousin à cause de mes écrits. Les inquisiteurs, des gens de Gauche ouverts sur leur nombril, avaient jugé inacceptable qu’un auteur appelle un chat, un chat !

2012

Bref, le projet a été labellisé cette année-là par le ministère du Développement durable pour les journées de la mer et exposé au Musée Ernest Cognacq de Saint-Martin-de-Ré. Oui, exposé pour la première fois sur l’île rivale parce que les décideurs oléronais l’avaient vu d’un mauvais œil. En cause, le porteur originaire du pays, de surcroît un cul-terreux et un continental, puisque je suis né de l’autre côté du pont.

2016

Rebondissement. Sylvaine Reyre, l’auteure rochefortaise dont le dernier livre de poésie a raflé 2 prix cette année-là, rejoint l’équipe pour écrire les textes qui vont accompagner les photographies. Des fonds sont réunis, et au mois d’octobre 2017, un livre de 120 pages : OLÉRON MON AMOUR, sera publié aux Éditions du Sable-fin. Pour soutenir ou rester informé sur la sortie, cliquez ici.

 


Oléron mon amour

L’objet
Le projet
Le contenu

Pendant 3 ans et à raison d’une, deux ou trois fois par mois, j’ai arpenté de long en large les 7 km de la plus grande plage de l’île d’Oléron pour y photographier ses lignes et ses volumes, ses lumières et ses ombres. On appele cela une investigation géographique puisqu’il s’agit en effet d’investiguer une zone géographique précise, en l’espèce : LA PLAGE DES GOÉLANDS

La grande plage de l’île d’Oléron est la plus grande plage de l’île, la Grande-Plage. Et avant, la Grande-Plage s’appelait le Platin-de-Groanlans, autrement dit la Plage-des-goélands. Mais ce lieu où se retrouvaient tous les goélands de la région, est resté un endroit qu’ils affectionnent encore. Particulièrement la plage de Cul-nu, moins celles de Vert-bois ou de la Gataudière qui constituent la partie nord-ouest de la Grande-Plage.

Quelle est la particularité de cette plage ?

Ici, l’océan dessine sur le sable des formes improbables et éphémères qui se font et se défont au rythme du flux et du reflux. Chaque marée y imprime sa marque. Chacune redessine la plage. Très rares dans le monde sont les lieux où se déroulent des phénomènes similaires avec une telle intensité.

Ce projet de photographier cette plage en l’arpentant inlassablement tel un chasseur d’images est né il y a presque 50 ans, quand enfant, je découvrais ces traces, sortes de hiéroglyphes marins, à l’occasion de l’une de ces grandes marées qui précèdent l’équinoxe.


Extraits du livre à paraître

L’iconoclaste
Si encore tu avais eu l’habitude de t’allonger sur le sable ! On aurait pu soupçonner un crustacé microscopique de s’être introduit dans ta caboche. Si tu t’étais endormi bouche ouverte, une sorte d’écrevisse maligne aurait pu pénétrer ta chair, entamer tes fibres, un quelconque carcinus miniature se frayer un passage par tes narines, tes yeux ou les trous de tes oreilles pour grignoter tes muqueuses, sucer ton sang, aspirer ton suc, boulotter tes méninges.

 

Mais non, tu n’aimais pas la plage et tu claironnais, crânement et à tue-tête : moi je vis sur l’île, mais je ne vois la mer que du pont ! Était-ce une carapace ? Quel fanfaron !

 

Tu aurais dû respecter les totems têtus, ne pas prendre de face les sortilèges céphaliques car te voici maintenant, regard perdu, crâne éclaté, livré aux pinces et aux mandibules qui mastiquent ta cervelle liquéfiée. Tu aurais dû écouter tes antennes, serrer ta musculeuse lippe de trompettiste et te méfier de la vengeance du crabe violoniste.


Oxymore

Comme elle doit être tendre ton étreinte évanescente !
Prodige venu du fond des âges avertir les vivants
Doux monstre difforme apparu des abysses
Étrangeté jetée en appât à mon désir !

 

Enlacée dans ton corps qui se désagrège, je rêve
Ton visage s’effrite, se délite, ta peau pruinée s’effiloche
Et sous les franges de ta paupière, ton œil hideux :
Remous de ton baiser surnaturel !

 

Tu as accompli ton destin, fils de Poséidon :
M’enseigner la Vie tumultueuse
Alors meure maintenant moulu, pulvérisé, dissous et ressuscité
Dans la fantastique épopée des songes embrassés !


Signe

Si l’univers a un sens, envoie-t-il des signes ? Utilise-t-il la nature et les éléments pour manifester son intelligence et communiquer avec ceux qui savent lire ? Existe-t-il des mondes parallèles, des cercles concentriques que nous ne pouvons percevoir, pris dans notre spirale ?

 

Je t’interroge, spectre cyclopéen.

Comment la société des fourmis interprète-t-elle les marques de la nôtre ? Que leur présagent nos murs immenses, nos effrayantes chaussures de colosses ? Lorsque l’éclipse d’une ombre humaine annonce le séisme d’un pied d’enfant cruel, que conçoivent-elles du cataclysme qui détruit leur royaume ? Et nous qui remarquons à peine les labyrinthes de leurs citadelles fortifiées et leurs autoroutes si précisément dessinées, sommes-nous capables d’appréhender les prodiges de l’infiniment grand et de l’infiniment petit ?

 

Ô fantôme de sable, tu étends la douceur de ta peau parcheminée de vent, la tendre étincelle de ton œil unique et de ta malicieuse petite oreille. Mais les lèvres de toutes tes immenses bouches édentées sont cousues, car tu ne dois pas parler.

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