Lombricologie. Pipi et caca sont les deux mamelles de l’humanité, et ça n’a rien de scatologique !

Le titre est accrocheur, mais qui aurait accroché avec Une richesse méconnue, un enjeu planétaire, le phosphore ; ou Un sol fonctionne comme une piscine, en circuit fermé. D’accord, j’avais aussi sous le coude Faire pipi pour nourrir ses vers de terre, faire caca pour nourrir ses vers de terre ; mais le mot mamelles illustrait à merveille ce sein qu’on ne veut pas voir 🙂

Le pipi, un engrais directement assimilable par les plantes, le caca humain, un fertilisant de même rapport qu’une bouse ou un crottin. Plus de 10 ans que j’œuvre au recyclage de notre fumier, plus de 10 ans que je pisse dans un violon sans en sortir la moindre note, en dehors de faire sourire ou d’avoir persuadé tous les convaincus ! Bref extrait de l’Éloge du ver de terre :

— (Le narrateur) Pour la majorité des gens, le phosphore, c’est phosphorescent. Quel est le lien avec ta cause ?
— (Le ver de terre) Sans plante, je meurs ; sans plante, tu meurs ; tu me suis ?
— Nous te suivons.
Sans oxygène, je meurs ; sans oxygène, tu meurs aussi ; tu me suis ?
— Viens-en aux faits.
La plante a besoin d’oxygène pour vivre. Et au même titre qu’elle a également besoin d’eau, elle a aussi besoin de phosphore. Tu me suis ? Et ce phosphore, puisé par la plante dans le sol, se retrouve tout naturellement dans votre ventre à un moment donné ou un autre. Et ensuite dans vos rejets, des pipis et des cacas que vous ne recyclez plus.
— Et alors, où est le problème ?
Le phosphore est présent en faibles quantités dans les sols et il n’est pas renouvelable. Et si tu ne recycles pas ce qui ne se renouvelle pas, recycler pour remettre dans le circuit parce que le phosphore est une des pièces maîtresses du circuit de la photosynthèse, le circuit s’arrête. Et des sols sans phosphore sont à l’image d’une atmosphère sans oxygène, sans vies.
— Vu ainsi, ça pose effectivement un souci.

TOUT ce qui brille n’est pas de l’or

Sans être de l’or, le phosphore, le porteur de lumière dans la Grèce antique, est connu pour sa phosphorescence. Découvert en 1669, poison à l’état pur, c’est un chimiste allemand qui va l’extraire de l’urine en 1674 La suite est à lire dans son Éloge. Quant à NPK, nous produisons tous les ans largement de quoi à fertiliser notre jardin, et même notre autonomie alimentaire.

  • AZOTE : 3,5 kg
  • PHOSPHORE : 500 gr
  • POTASSIUM : 1,5 kg
  • Plus tous les oligoéléments et autres micronutriments végétaux.

Voilà ce que rejettent nos corps dans l’eau potable, et qui finit dans les rivières et les océans… À l’exception des poissons et des mammifères marins, nous sommes la seule espèce à pisser et chier dans notre eau potable ! Nous en buvons quasiment 2 litres par jour, mais nous en souillons 60 dans le même temps. En France, 93 % de l’eau potable sert à évacuer nos déjections, à l’hygiène et au nettoyage, 7% à l’alimentation… (source)


Extrait de Sauver : « Chaque année, l’humanité exclut du cycle de la fertilité environ 600 millions de tonnes de matières fécales (fertilisants) et 700 millions de tonnes d’engrais (urine)… À cela, rajoutons tous les éléments nutritifs qui partent en fumée sous forme de bois d’œuvre ou de chauffage, de carburant vert , essence et huile moteurs, d’électricité (méthanisation), et sans oublier l’érosion des sols qui les ronge comme la chaleur ronge les pôles.

(…) Les ressources nutritives terrestres sont comme l’énergie, elles ne cessent de changer d’état, c’est un cycle. Les atomes « nutritifs » rentrent par un trou pour ressortir par deux autres sous la forme de pipi et de caca. Ces mots avaient fait bondir l’éditeur de mon Éloge du ver de terre. Pourquoi ce langage enfantin ? Parce que si on extrait d’un sol ses nutriments pour aller les pisser et les chier dans la rivière du coin, ils sont moins nombreux. Jusqu’au jour où il n’y en a plus assez pour nourrir le Vivant.

Alors, on compense provisoirement avec des atomes de synthèse pour continuer à créer de nouvelles ressources nutritives à partir du processus biochimique de la photosynthèse. Mais ces atomes chimiques affaiblissent aussi les cycles biologiques, des cycles qui finissent par en réclamer de plus en plus, affaiblissant durablement les écosystèmes… 

“L’Argent, d’abord”

Dans un monde où l’argent est d’abord, les enfants après, et après moi le déluge, tout ça est finalement très logique. Et la pandémie en cours révèle que ma gueule d’abord touche aussi ceux qui se croyaient plus humanistes que les autres. Bref, continuons à pisser et chier dans notre eau de boisson, puisque notre projet collectif n’est pas de construire un monde durable et civilisé.

« La viabilité d’une humanité paisible repose sur la vie souterraine et en particulier sur ces animaux qui fabriquent notre alimentation. On peut même soutenir que le ver de terre est à la source d’un cycle tout aussi essentiel que celui de l’eau : le cycle de la nutrition. » Mais ce cycle, est-il enseigné aux enfants et aux futurs agriculteurs.es ?

Quelques nouvelles de la fin d’un monde

# L’Argent, d’abord. Grâce à la cellule d’investigation de Radio France, on apprenait cette semaine que YARA, leader mondial de l’azote chimique, préfère polluer et payer des amendes ! Outre que ses engrais polluent ensuite gracieusement l’environnement 🙂 Une multinationale qui n’hésite pas à dire que l’azote organique (naturel) produit un puissant gaz à effet de serre. Selon eux, et on peut les croire puisqu’ils en sont fiers, pour produire un kilo d’azote chimique, il faut consommer 3,6 kg de CO2 quand leurs concurrents en consomment 5,6 kg ! Et l’agriculture qui dit stocker du carbone, dite de conservation, en consomme donc une tonne par ha seulement pour ses apports d’azote.

# L’Argent, d’abord. Miracle de la nature, la silphie, une plante pour produire du gaz, du miel et des protéines, et qui en plus se nourrit de sa merde… Faut juste dépenser 1 800 boules par ha au départ… Et au bout de 15 ans, une fois le sol rincé, il te reste tes yeux pour pleurer. Mais quand va-t-on arrêter de prendre les agriculteurs et les consommateurs pour des nouilles ?

Contrairement à une idée reçue, de plus en plus de sols agricoles sont consacrés en France à la production exclusive de gaz et de carburant… Quid de l’alimentation humaine.

# L’Argent, d’abord. Pour le bien-être des grands propriétaires et des multinationales de l’agroalimentaire, des semences et des pesticides, dans certains pays, on les flingue, en France, une mission parlementaire propose de bâillonner les défenseurs de la Terre… Un an après la création de la cellule de gendarmerie Déméter pour les surveiller et les ficher, un projet réclame de les mettre hors d’état de nuire à l’industrialisation de l’agriculture. Pour comprendre la situation, relisez les écrits de l’agronome Pierre Joigneaux, lui qui avait purgé une peine de prison de 4 ans pour s’être opposé à eux il y a 170 ans.

# L’Argent, d’abord. Restons positif, car si le pire n’est jamais sûr, il ne doit jamais être exclu, d’autant quand on cherche le bâton pour se faire battre. Nos enfants vont dérouiller, c’est notre choix, notre legs, une manière de tirer la chasse.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas, comme n’hésitez pas à acheter nos livres ou faire un don à l’association qui soutient notre travail pédagogique.


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