Autonomie alimentaire : quelle surface pour l’être ?

Et comme la question est loin d’être simple, mettons de côté ces autres besoins qui réclament également des sols, comme le chauffage, le logement, l’habillement, l’eau, le transport…

Le confinement et la pandémie en cours font que beaucoup aspirent
aujourd’hui à une certaine autonomie ; raison pour laquelle cet article,
publié initialement le 22/11/2018, a été mis à jour.

51 000 m² par personne !

On s’interroge donc sur une surface de sol restreinte à l’autonomie alimentaire, et non par celle occupée par un Européen pour assouvir l’ensemble de ses besoins : 5,1 ha selon la Direction de l’information légale et administrative. Chacun fera la multiplication pour découvrir que, rien qu’en France, notre occupation du territoire laisse peu de place à la nature sauvage et aux autres espèces. Et plus nous en prenons, moins les animaux et les arbres en ont. En y regardant de plus près, une humanité de 1,5 milliard de têtes, comme au 19e siècle, semble être un bon compromis pour que nous puissions, les humains et les “bêtes”, vivre ensemble sans gêner l’autre.

C’est toujours compliqué d’imaginer que, plus nous sommes, plus on mange, plus on boit, plus on pollue… Exemple.

Si au 19e siècle, vous aviez eu un chat dans votre appart, aujourd’hui vous en auriez cinq ! 5 à nourrir, puisque la population mondiale a été d’autant multipliée. Et si au 19e siècle, un être humain consommait une vingtaine de litres d’eau par jour, aujourd’hui il en consomme 150 litres…

Et plus de la moitié de cette eau potable lui sert à chier et pisser dedans. C’est bô le progrès ! Même le papier toilette consomme de l’eau. Environ 150 litres par rouleau, et sans compter les millions d’arbres abattus tous les ans pour nous essuyer l’anus ! Même pour l’arbre, c’est dur de savoir qu’il va finir en papier à cul 🙂 Au 19e, on utilisait de l’herbe ou des feuilles d’arbres fraîches, ou moins d’un demi-litre d’eau par jour pour se laver les fesses.

L’eau potable a toujours été un problème en période estivale ou de sécheresse, mais le bouleversement climatique l’accentue d’autant et d’autant plus que nos besoins ont littéralement explosé. Sans compter les activités humaines, notre consommation individuelle a été multipliée par 7 et l’humanité par 5. Des besoins qui font le bonheur des actionnaires des multinationales de l’eau, puisque ce bien commun est pour ainsi dire privatisé. À quand un ministère de l’eau pour partager équitablement ce bien si précieux ?

Impact eau

Aujourd’hui, on parle aisément d’impact carbone, sans pour autant agir et en dépit des graves conséquences pour nos enfants, mais rarement d’impact eau. Sauf pour pointer du doigt l’industrie agricole et sa production de viande et de plantes industrielles. Sauf que les plus grandes consommatrices d’eau sont les centrales nucléaires. Une énergie moins carbonées, mais qui bouffent des quantités d’eau invraisemblables pour refroidir ses réacteurs. Dans un contexte climatique bouleversé et des sécheresses à répétitions, ça pose question pour l’avenir… Quel est le plan B ?

La production de légumes réclame aussi énormément d’eau… Mais ça, on n’en parle jamais. Mieux, les réseaux sociaux font la promotion de potagers abondants cultivés sans eau. Comique. Et avant ? Au 19e siècle 🙂 les cultures maraichères se pratiquaient là où l’eau était naturellement abondante. Définition. Un maraîcher est un jardinier cultivant un marais à l’intérieur ou à proximité de l’enceinte d’une ville. On a dit aussi marager. Le Littré : « Marager, c’est le jardinier qui, dans les grandes villes, s’attache à la culture des plantes potagères ; c’est dans les lieux les plus bas et les plus humides des environs des villes que ces sortes de jardiniers ont établi leurs jardins ; et c’est ce qui a fait donner à ces jardins le nom de marais. »

Bien entendu qu’il faut diminuer notre consommation de viande comme de tous nos aliments issus de l’agroalimentaire, mais aussi d’électricité et de légumes, très grands consommateurs d’eau…

12,5 m² par personne

Dans le domaine du vice, les réseaux sociaux ne sont pas avares. Et à un internaute qui s’interrogeait sur la surface agricole qu’il devrait acquérir pour être autonome, un autre lui a répondu sans hésitation : « Sur 1 ha en permaculture, je pense que tu peux nourrir environ 800 personnes à l’année… » Soit 12,5 m² par pers. et par an, inclus les allées et les chemins. Un miracle digne de la multiplication spontanée des pains. Heureusement que la réponse découlait d’un processus de la pensée, imaginez si le gars avait répondu sans réfléchir !

1,2 m² / personne

Je me moque ouvertement, car nul n’est à l’abri d’avoir son heure de gloire. Il y a quelques années, j’avais lu dans un célèbre magazine de jardinage bio des 4 saisons, l’interview très sérieuse d’un ingénieur agronome qui disait : “une lasagne de 6 m² approvisionne une famille de 5 personnes en légumes d’été…” Soit 1,2 m² par personne !

Il y a aussi le miracle des fermes urbaines et cet article parmi d’autres où elles produiraient 800 kg de légumes et 400 poissons par an… sur 15 m². Soit 80 kg de denrées par m², vin et service non compris ! L’imaginaire est sans limites. Pour vous donner une idée, si je transformais mon jardin en ferme urbaine hors sol, je pourrais produire plus 100 tonnes de nourriture alors qu’aujourd’hui je peine à en atteindre les 2 tonnes.

50 personnes par hectare

Et comme un miracle n’arrive jamais seul, il y a celui de l’agriculture dite conventionnelle ou chimique, celle qui a innové en coupant son lien avec la nature, et qui, avec ses rendements miraculeux mais bien réels, nourrit en moyenne 50 personnes par hectare. Dommage qu’elle ne soit pas durable et que ses adeptes soient directement responsables de l’assèchement des sols, de l’empoisonnement des sources et des rivières, de la fin de la biodiversité… Bref, la liste est trop longue. Dommage tout de même.

Partant du principe que 500 à 600 gr de céréales suffisent amplement pour nourrir une personne par jour, et eu égard aux rendements moyens de l’agriculture chimique, en maïs (10 T/ha) et en blé de (8 T/ha), une simple règle de 3 met en évidence que 180 m² de maïs nourrissent une personne pendant une année, contre 230 m2 de blé !  En bio, les rendements étant nettement inférieurs, il faut tripler la surface.

En conclusion,
4 à 5 personnes à l’hectare

Pour ma part, je rejoins la proposition de Ferme d’Avenir qui propose entre 1000 et 1500 en climat tempéré. Mais à cette surface, il convient d’ajouter un vieux principe agronomique qui consiste à toujours laisser un 1/4 de ses sols en jachère. Et sur ce quart, on cultive pour nourrir la vie du sol et la diversité biologique. Et enfin, sachant que tout acte agricole entraîne un déficit de fertilité, pour la maintenir,  il faut rajouter 1000 m² pour compenser les pertes de matière organique de la zone cultivée. Sans oublier d’avoir au moins un point d’eau qui ne tarit pas à la moindre sécheresse.

En conclusion, la planète n’étant pas extensible, avec la fonte des pôles et des sols, ce sont les sols nourriciers qui en ce moment reviennent à leur état originel de déserts minéraux. Parce que le sol est une ressource épuisable, une terre animale comme l’appelait Charles Darwin. C’est le thème de Sauver le ver de terre, l’un des premiers marqueurs de la biodiversité sorti le 19 septembre.


6 thoughts on “Autonomie alimentaire : quelle surface pour l’être ?

  1. Bonjour,
    Une des “petites” solutions seraient de cultiver des jardins partagés. C’est ce que nous expérimentons avec des amis et depuis cette année nous sommes autonomes pour notre consommation de pommes de terre. Nous trouvons les semences sur le site… qui propose de variétés BIO et non BIO.
    Merci pour ces articles amenant à une réflexion sur que veut-on pour nos enfants ?

  2. J’ai beaucoup apprécié votre thématique et la façon de l’aborder, merci.

    Pour me situer géographiquement, je suis actuellement à Reims : 4 personnes composent mon foyer …
    J’ai seulement 300 m2, et je ne cultive que sur des buttes : je ne travail jamais le sol, j’amende seulement avec les détritus du foyer, des feuilles mortes, des “détritus / mauvaises herbes” que mes voisins daignent bien me donner au lieu de les mettre à la déchetterie, des cartons que je récupère dans les rues et ce tout au long de l’année …
    Je ne plante pas / seme pas en ligne : mélange des plantes …
    Je travail aussi en hauteur, et ce afin de produire davantage sur une surface limitée.

    Je ne suis pas encore autonome alimentaire qui fut mon objectif premier, mais je le suis totalement niveau graines …
    Et à vous lire j’ai peu de chance de le devenir, autonome !

    Auriez-vous quelques conseilles à me transmettre …

    Merci à vous.

    1. Bonjour Jean-Claude,

      Si votre système de production vous apporte toutes satisfactions, il serait bien prétentieux de ma part de vouloir l’améliorer 🙂 Belle soirée

  3. Merci Christophe pour ce nouvel article, j’ai toujours autant de plaisir à vous lire!

    Je n’y avais pas pensé mais quelle idée évidente un ministère de l’eau!

    vous parlez du rendement de production à l’hectare , je ne sais pas si vous avez l’info mais j’aimerais savoir quel est le rendement final entre le conventionnel et la production durable locale et directe.(car bio on ne sait plus trop à quoi ca correspond)

    Car souvent l’argument du conventionnel est : on ne peut pas nourrir les gens avec du bio, pas assez de rendement.

    Mais si on compte “financièrement” (malheureusement c’est ce qui parle aux agriculteurs) entre les pesticides, l’eau, les engrais, les machines supplémentaires…

    et si en plus on compte en plus tout le gaspillage (car sur 1 T de production, entre ce qui se perd dans le stockage, à rungis, dans les magasins et dans le frigo des gens il ne doit pas rester grand chose) je pense que la production durable est largement plus rentable!

    Mais cela est juste une intuition que j’ai depuis longtemps.

    Peut etre aviez vous déjà répondu dans un article que j’aurais loupé…:-(

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