Tous les sols ne sont pas égaux, comment bien choisir le sien ?

Après le top 10 des pires erreurs à ne pas faire en permaculture, la fine fleur des meilleurs conseils pour bien choisir son terrain, puisque le terrain est tout et le microbe n’est rien

Confinement oblige, l’occasion est trop belle pour prendre le temps d’observer son environnement, sa biodiversité, son sol, puisque le sommet de l’art “cultivé” est d’anticiper ; car prévoir, c’est gouverner ! Chaque agriculteur-e, cultivateur-e ou jardinier-e, sait, lorsque le terrain est favorable au parasite, qu’il ne faut jamais lui laisser prendre pied.

Déjà, qui pense à vérifier le volume de sa réserve nutritive ? Car plus elle est volumineuse, moins les plantes y seront stressées et plus leur système immunitaire sera performant et les récoltes abondantes. Cf. Attaquée, une plante se défend comme un animal !

Qui pense à écouter son terrain avant de le choisir ?

Et pourtant, son écoute est riche d’enseignements. À la tombée de la nuit ou au lever du jour, l’écouter avant d’en prendre possession donne plein d’indications sur la biodiversité environnante. Entendre quelques chouettes ou hiboux est d’un bon augure sanitaire, comme y croiser quelques crapauds, couleuvres, bourdons et autres osmies. Le plus important, c’est la diversité des espèces.

La nuit porte conseil

Qui pense à prendre une loupiote pour observer les espèces qui viennent y tournoyer ! C’est simple, gratuit et sans engagement, et les données vont permettre d’évaluer la biodiversité animale disponible. Parce que la diversité des animaux qui vivent dans l’air reflète également celle du sol. L’air, l’eau et le sol – l’épiderme de la planète – étant, comme nous le savons tous, là où se manifeste la vie.

Si vous optez pour les intrants chimiques (engrais, pesticides), ou biologiques (terreau, pesticides), la qualité du sol sera secondaire pour vous, puisque vos partenaires seront les marchands de produits. En revanche, si vous décidez de coopérer avec les espèces, c’est le système écologique qu’il faut interroger, car n’avoir qu’une seule espèce d’abeille ou de ver de terre (même en grandes quantités) n’a pas de sens. Et un système écologique ne peut être réduit à sa propre parcelle, c’est un ensemble, un environnement, un contexte.

Par exemple, si vos voisins détruisent avec la chimie les animaux avec lesquels vous collaborez, ça pose souci pour établir avec eux une collaboration durable… Il faut savoir que ces gens sans état d’âme ont la loi pour eux. Autrement dit, ils ont pleinement le droit de tuer vos collaborateurs. Entendez que leur insouciance aura un impact considérable sur la santé de votre terrain et votre manière de cultiver, outre la santé de vos enfants.

Polluer est légal

C’est ainsi, la loi autorise un pollueur à venir polluer chez vous sous prétexte qu’il n’est pas responsable que l’air et l’eau disséminent ses molécules chimiques. À l’inverse, si vous écoutez la musique un peu fort, ce même pollueur pourra vous faire condamner pour pollution sonore.

D’accord, la nouvelle loi sur la protection des riverains impose des distances de sécurité entre les habitations et les buses d’épandage de 0, 3, 5 ou 10 m, mais pas entre les champs traités et non traités.

Qu’on soit pour ou contre les pesticides, c’est tout de même incroyable qu’un professionnel de l’agriculture ait le droit d’épandre des perturbateurs endocriniens qui vont perturber le développement des bébés du voisinage, comme un chasseur a le droit de venir chez vous abattre un auxiliaire des cultures aussi précieux que le renard.

Les bons conseils

Il y a 2 types de conseils : les bons avant d’en prendre possession, et les bons pour le conduire. Quelle drôle d’expression pour dire qu’on en devient le chef, le gouvernant, le dominant, le dominateur, le colonisateur. Et tous les jardiniers façonnent la nature à leur image comme de petits dictateurs.

Je comprends que ça puisse choquer, mais pour rendre un milieu abondant en nourriture, il faut l’asservir, le domestiquer, le contraindre. Et si vous en doutez, coupez votre terrain en deux, et laissez une partie à l’état sauvage pour évaluer si la “Nature” remplit généreusement votre assiette.

La butte de culture, bon ou mauvais conseil ?

Ceux qui colportent la butte comme une solution universelle, portent à mon avis une lourde responsabilité dans le détournement des savoirs, puisqu’ils détournent l’une des plus belles techniques agricoles héritées jusqu’au contresens. En effet, dans la majorité des cas, l’édification d’une butte est un acte de colonisation radicale révélateur d’un mépris de la nature. La butte de culture doit uniquement répondre à un milieu hostile à la culture, soit parce que le terrain très humide et inondable, ou quand sa réserve nutritive est trop faible. Dans l’un de mes ouvrages, j’ai publié tout un dossier sur les buttes de culture, dossier que je vais prochainement mettre en ligne.

L’histoire du sol

C’est souvent un point négligé. Si le terrain est en friche, pourquoi l’est-il, pourquoi a-t-il été abandonné ? On abandonne rarement un sol fertile, sauf suite à un problème d’héritage. Quand c’est possible, il faut remonter aussi loin que possible pour savoir quels ont été ses usages, car tous les sols ne se valent pas, et rendre riche une terre pauvre demandera beaucoup de temps et d’argent, quand une terre riche se conduira presque les yeux fermés…

En conclusion, avec la spoliation des plus belles terres par l’industrie agricole, beaucoup de jeunes paysans se retrouvent aujourd’hui à acquérir des terres avec peu de terre, où des sols pauvres ou appauvris.

Pour voir correctement un sol, nous devrions tous le regarder comme une réserve de nourriture, un réservoir, un océan, un lieu de vie. Mais tous les sols ne se valent pas, comme toutes les eaux ne sont pas poissonneuses, d’autant qu’un sol est à l’image de sa mère, la roche-mère, et des conditions imposées par son milieu… Lire la suite

6 thoughts on “Tous les sols ne sont pas égaux, comment bien choisir le sien ?

  1. Bonjour,
    Je rejoins le commentaire de Christian. un proverbe dit que lorsque l’on n’a pas ce que l’on veut, il faut aimer ce que l’on a!
    Heureux les ruraux qui peuvent “choisir” leur jardin. En tant que banlieusard, nous avons obtenu de la mairie, il y a bientôt 8 ans, un terrain non cultivé dans une zone verte en bordure d’un quartier résidentiel huppé. Le jardin “regarde” l’est/nord-est et la terre est assez lourde (15 à 20% d’argile). Une haie de 5 à 6m borde le côté ouest et nord-ouest, il est donc peu ensoleillé. Si vous ajoutez qu’il est en contre bas de rue et qu’il n’y a pas d’eau, cela en fait un coin pas forcément accueillant.
    Pourtant, en respectant la nature et en apportant quelques aménagements: zone enherbée, arbres et arbustes, tas de branches et déchets verts, bassin, nichoirs et mangeoires à oiseaux, hôtel à insectes, creusement d’un puits, pas de retournement de sol, paillage, pas de produits chimiques… nous avons réussi obtenir ce qui est à nos yeux un petit paradis: passage de renard, blaireau, fouine vus au piège photos (appareil que nous conseillons à tous vos lecteurs), chauves souris, titrons, libellules, insectes “de tous poils”, plus de 30 espèces d’oiseaux… Un seul regret: la présence d’une vipère la 1ère année que nous n’avons pas revu par la suite.
    Voila, rien n’est jamais acquis d’avance mais rien n’est perdu quand on veut s’en donner la peine!
    Bon dé confinement.
    Claude Mallet

  2. Choisit-on toujours son sol ? N’y a-t-il pas une sorte d’éthique à prendre le sol qui t’est donné comme il est, et à tenter de co-évoluer avec lui au mieux, à “tirer du sol tout le parti convenable” ?

    1. Bonjour,

      Tes questions sont intéressantes, mais l’éthique reste à mon avis de se préoccuper de l’alimentation de demain, sans attendre d’être dans la catastrophe, car en ce moment nous assistons dans l’indifférence générale à l’effondrement insidieuse des ressources nutritives de la planète. Bien à toi et bon courage.

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