Sols : aggrader, régénérer, résilience

Pourquoi le sol est une ressource non renouvelable qui s’épuise ?
Suite de l’art. : Le cycle du ver de terre est au cœur du rajeunissement des sols.

L’épiderme de la planète est donc un milieu habité au même titre que l’eau et l’air ; une peau, une pellicule, une cuticule où poussent les plantes, les arbres, les mousses, les lichens, les champignons… et les humains.

Appelé à tort terre végétale par opposition à terre minérale, là où rien ne pousse, le sol est l’un des trois milieux de la sphère terrestre où le vivant vit et prospère.

À tort, puisque ce “levain” est le produit d’une digestion, une terre animale comme l’a proposé Charles Darwin. D’ailleurs, quand une plante n’est pas digérée, elle est stockée sous forme d’énergie fossile, raison pour laquelle les sols cultivés ne peuvent pas durablement stocker le carbone digéré et lutter efficacement contre le changement climatique (voir note bas de page).

Aggrader, régénérer, résilience

En représailles à la dégradation des sols, et pour ressusciter ceux voués à une mort éternelle, de nouveaux mots ont fait leur apparition dans le langage agronomique. Dire que la première grande alerte sur leur dégradation date de 110 ans… Plus réactif, tu meurs 🙂

Aggrader pour stopper la dégradation, ou régénérer ce qui dégénère, certains allant jusqu’à soutenir que certaines agricultures dites innovantes seraient résilientes ! Mais énoncer une chose ne suffit pas à la faire exister, et personne sur cette planète ne sait régénérer un champ sans en dégénérer un autre. Alors, qu’est-ce que la résilience agricole ?

Selon le Dictionnaire de l’agroécologie : “La résilience d’un agrosystème est sa capacité à s’adapter aux perturbations ou à revenir à un régime de routine face à un milieu changeant.” Hum, difficile de faire moins clair 🙂 Et les auteurs de conclure : “L’agroécologie, en incitant l’agrobiodiversité, en améliorant la santé des sols, et en favorisant l’autonomie des systèmes agricoles peut améliorer leur résilience à une diversité d’aléas et de changements.

Comprendra qui peut ou qui veut, mais ça renifle coûte que coûte la préservation d’un système économique au détriment de la durabilité des systèmes nourriciers, puisque la résilience d’un milieu cultivé est tout simplement sa capacité à revenir à son état initial ; pour retrouver sa richesse nutritive originelle. Pas à revenir à son état sauvage de milieu forestier, mais à son état domestique de départ.

Problème, en dehors d’un miracle spontané à l’image de la célèbre multiplication des pains, à l’échelle humaine, pas de miracle, pas d’élixir de jouvence, cette richesse il faut l’importer d’ailleurs… Appauvrir et dégrader un ailleurs pour régénérer.

Définition

La résilience est à l’origine la capacité d’un matériau à résister à un choc ! Un terme de sciences physiques, qui, appliqué à un ressort, évalue sa capacité à revenir à son état initial. Puis le mot a été étendu à d’autres
domaines pour évaluer l’aptitude d’une chose ou d’un être à rebondir, subir ou encaisser des chocs. Pour un boxeur, le K.O, chaos de la conscience, est le point de rupture, la résiliation !

C’est le docteur Boris Cyrulnik qui a popularisé le mot en le détournant à des fins psychanalytique. Dans ce cas, c’est la capacité d’un individu à surmonter un choc traumatique et à se reconstruire après une blessure physique ou émotionnelle. On résilie, résout et résorbe un choc pour retrouver son état initial et continuer ainsi son chemin sans ce fardeau.

Nous retiendrons que la résilience d’un agrosystème n’a de sens que si c’est le système dans son entier qui est résilient.

Revenons au mot puiser

Un mot utilisé dès les premiers mots de cette série d’articles : “Un sol est une ressource non renouvelable à l’échelle humaine, et qui s’épuise uniquement si l’on y puise ses ressources nutritives.

Puiser l’eau d’un puits, c’est la tirer pour l’extraire. Mais pour qu’il ne tarisse pas, à l’image d’un sein ou d’une mamelle, il doit être en amont nourri alimenté par la pluie, eau qui doit s’infiltrer dans le sol pour rejoindre les canaux vasculaires de la planète. J’utilise sciemment ce vocabulaire médical pour défendre que notre système intestinal fonctionne comme un sol, qu’un système intestinal est un système écologique, un écosystème, une communauté d’êtres vivants qui a besoin d’être nourri pour digérer et rester en vie.

Extrait de l’Éloge du ver de terre :

« Dans cet écosystème intestinal – parce qu’il est fondamental de considérer qu’un sol vivant fonctionne comme un intestin inversé, un gigantesque digesteur où les racines des plantes puisent, tirent ou aspirent leur nourriture à l’image de notre paroi intestinale –, le ver de terre est la colonne vertébrale, le poumon, la tête pensante et le cœur du système. » Finalement le moyeu, comme les 20 000 espèces d’abeilles de la planète forment celui de la pollinisation ; des espèces au cœur de la reproduction de plus de 350 000 espèces de plantes et d’arbres à fleurs (Ollerton et al., 2011)

Pour voir correctement un sol, nous devrions le regarder comme une réserve de nourriture. Un réservoir. Un océan. Mais tous les sols ne se valent pas, comme toutes les eaux ne sont pas poissonneuses, d’autant qu’un sol est à l’image de sa mère, la roche-mère, et des conditions imposées par son milieu… La suite courant mars.



Note au sujet du carbone digéré. En agronomie, il y a une règle simple qui dit que les bestioles qui dégradent la matière organique consomment 25 fois plus de carbone que d’azote.

Autrement dit, il faut une unité d’azote pour digérer 25 unités de carbone. Appliquée au buveur, c’est une dose de Ricard pour 25 doses d’eau, ou 1 gr de cannabis mélangé à 25 de tabac pour un fumeur ! Et avec de telles doses, rien n’interdit au fumeur de joints de se boire un petit apéro pour s’hydrater 🙂 Mais pas au point de prendre le volant, parce que d’un point de vue automobilistique, un sol cultivé en pleine forme consomme tout de même 4 l au 100 d’azote !

Alors, qu’est-ce que le C/N, le rapport carbone sur azote ? C’est l’indice de carbone digeste d’un matériau organique ! Et plus il est élevé plus la matière est riche en carbone (500 pour le carton), et plus il est faible moins il est élevé… 1 pour l’urine. Qu’est-ce qu’un matériau organique ? C’est de la matière d’origine cellulaire. On comprend ainsi facilement qu’un morceau de charbon soit indigeste, et qu’un verre d’urine ne tienne pas au ventre. Idem pour nos cousines cellulaires les plantes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Derniers articles

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial