Cultiver sans pesticides, ça s’apprend !

Cultiver sans pesticides colporte l’idée de cultures sans produits.
Sans produits et accessoires autres que la bienveillance de la nature !

Commençons par saborder ce préjugé : cultiver sans pesticides chimiques ou biologiques est plus facile à dire qu’à faire 🙂 sauf à cultiver quelques choux, salades, patates ou haricots pour la consommation occasionnelle.

Pourquoi ? Parce que l’observation régulière suffit amplement à gérer les débordements parasitaires. Chimiques, biologiques ou naturels, tous les produits devraient être proscrits dans un jardin pour le loisir et la détente, car ils sont contre-productifs.

Contre-productifs, car en détruisant le « nuisible » (celui qui nuit à la culture et met en danger la récolte) avec un pesticide chimique ou naturel, on détruit au même titre son prédateur ainsi que tous les auxiliaires qui passaient par là et qui n’avaient rien demandé à personne. Un jeu diabolique où les vers de terre, les araignées et tous les pollinisateurs en prennent plein la gueule au passage. Sans oublier les oiseaux, sans oublier les mammifères. Bref,

c’est la face sombre du monde des pesticides

La partie immergée de l’iceberg, la partie occultée. D’ailleurs, le 25 février 2018, une soixantaine de chercheurs de plus de 24 pays, s’appuyant sur plus de 200 études sur les insecticides systémiques, affirment, dans une publication scientifique, que ces pesticides qui tuent tous les ravageurs, tuent tous les auxiliaires et tous les autres. Lire

Avantage d’un pesticide
d’origine végétale

Son seul avantage est d’être rapidement photo-dégradé et neutralisé avant d’être digéré par l’écosystème souterrain. Sa virulence est donc brève et sans impact durable sur l’environnement. Toutefois, lors de l’épandage et les jours qui suivent, ses dégâts sur la biodiversité animale sont très souvent équivalents aux pesticides chimiques.

Précisons qu’un pesticide d’origine naturelle comme la bouillie bordelaise (autorisé en AB…) reste virulent et toxique pendant très longtemps dans les sols ! Le problème du « bleu » est exactement le même que celui du glyphosate, c’est son usage répété et immodéré qui crée durablement le problème.

Pour rappel, le sulfate de cuivre n’est pas bio-dégradable et il s’accumule dans les sols. Un autre désastre écologique programmé. Un de plus ! Un de plus, un de moins, au stade où nous en sommes, je doute que ça pèse dans la balance 🙁

Quant à l’efficacité des pesticides d’origine végétale, elle est redoutable à l’exemple de la plus puissante plante insecticide connue, le pyrèthre de Dalmatie. Une plante qui ressemble à une grande camomille (pyrèthre doré), et dont les industriels ont copié les principes actifs. Naturel ou de synthèse, le pyrèthre est un pesticide total qui tue tous les animaux à sang froid par contact : aquatiques comme terrestres.

Pyrèthre de Dalmacie

Une plante étonnante à cultiver dans son jardin. N’ayez crainte, tous les insectes l’évitent. Comme nous avons de sa semence en stock, nous organiserons un de ces jours une opération de distribution. Mais attention, elles restent coquines à faire germer 🙂

Les répulsifs

Chimiques ou naturels, les répulsifs usent toujours de la même stratégie : repousser l’ennemi chez le voisin ou loin des yeux. Finalement, empêcher une bestiole de manger revient à l’affamer pour la faire mourir de faim. Certes, c’est végan (…) 🙂 mais pas mieux quant à son avenir radieux ! cf. art. sur la culture veggie.

Concernant les substances et autres grigris censés repousser les ravageurs des cultures comme le mauvais sort, c’est effectivement un champ convoité par beaucoup de marchands et autres diseurs de bonaventures.

Les phytostimulants

Les phytostimulants reposent sur la théorie biodynamique qui consiste à dynamiser le lien entre la plante, le sol et le cosmos. Il y a celle de Rudolf Steiner qui s’appuie sur la Bible, et la plus récente dans l’esprit de l’homéopathie.

Il y a quelques jours, sur les ondes de France inter, un vigneron en biodynamie “biblique” expliquait, avec le plus grand sérieux, que la vache a une personnalité contrairement au mouton ! Ah la vache, pauvre mouton ! Parce que le mouton vit en troupeau et n’a pas de cornes… Les cornes des vaches étant, selon la théorie de Rudolf Steiner, des antennes qui les relient au cosmos. Raison pour laquelle ce vigneron en avait planté des centaines dans ses vignes…

Bref, expérimentateur de la première heure et adepte convaincu pendant longtemps, j’ai abandonné les phyto-dynamisants faute de résultats significatifs. Parce que la bonne santé d’une plante ne repose pas sur la stimulation, mais (comme pour les animaux) sur son adaptation (acclimatation) aux conditions environnementales et aux aléas climatiques ; outre la température et son alimentation en nutriments et eau.

A cette heure, les purins, préparations fermentées et autres tisanes dynamisantes n’ont pas plus d’effets signifiants sur la santé des plantes et les rendements que les effets de l’électroculture ou de la lune. Pourquoi ? Parce qu’il est essentiel de quantifier et hiérarchiser les influences. Par exemple, régulièrement des lecteurs m’interpellent : “Vous avez oublié les chemtrails qui tuent les abeilles et rendent malades les plantes.”

Quand une plante manque d’eau, elle stresse et je peux le mesurer. Et si elle manque trop, elle se déshydrate et meurt. Je peux le constater. Une petite expérience toute simple permet d’expérimenter dans son jardin à partir de 3 pieds d’artichauts : un témoin, un stimulé, et un avec une bonne fourche de fumier au pied. Et quelques mois après, comptez et pesez les boutons floraux pour mesurer l’impact de la stimulation et vous faire votre avis sur l’opportunité d’utiliser des phytostimulants. Ça marche aussi avec les framboisiers, les fraisiers ou les carottes.

En maraîchage et en agriculture

Même si l’observation attentive permet grandement d’anticiper, donc de réduire l’usage de produits, il est manifeste que sous certaines conditions climatiques, une attaque de doryphores, de pucerons, d’altises ou de piérides réclamera une réponse autre que le ramassage manuel ; sauf à avoir sous la main de la main-d’œuvre gratuite autrement appelée stagiaires 🙂

En effet, on ne gère pas 10 choux comme 1 000, ou 10 pieds de pommes de terre comme un hectare. Et cette monoculture, qui fonde le modèle agricole actuel et qui est à la source de tous les problèmes environnementaux – Cf. art. C’ la dose qui fait le poison) – est obligatoire, puisque moins de 1 % de la population française produit la nourriture du pays contre 80 % il y a un siècle. Et on continue à réduire le monde agricole….

Ceci dit, il  est évident que l’usage, de variétés hautement productives sur des sols parfois usés jusqu’à l’os, fait que les plantes sont totalement désarmées face aux attaques parasitaires. Pas mieux qu’un soldat à poil qui s’attaquerait avec sa bite et son couteau à tout un bataillon armé jusqu’aux dents ! Parce qu’un sol usé, c’est comme un estomac vide, ça ne donne pas beaucoup de force.

Comme pour la vache à miel, les plantes cultivées n’ont pas été sélectionnées pour être adaptées à leur environnement, mais pour leur capacité à “pisser” de la nourriture. Le reste, l’inadaptation, il est réglé avec des produits.

Il faut bien prendre en compte que nous avons définitivement changé de dimension en passant dans une phase d’industrialisation de toutes les ressources nutritives terrestres.

L’échelle humaine, c’est du passé et on ne reviendra plus en arrière.

Et du soutenable, nous labourons aujourd’hui l’insoutenable, le non durable, le non sens ; nous cultivons le temps bref et sans avenir.

En réaction, mon prochain livre : L’art du bon sens paysan, pour retrouver le chemin d’un avenir apaisé et qui dure. (sortie le 3 sept.)

Attaquée, comment réagit la plante ?

Sans système immunitaire !

En l’état actuel de nos connaissances, on sait qu’elle sait se défendre, mais sans organe défensif identifié !!! On sait que la plante sauvage est capable de se soigner, comme on sait que son auto-médicamentation dépend de son acclimatation au terroir. Élever des rênes à Marseille est possible, mais il faudra beaucoup de générations avant qu’ils s’acclimatent. En attendant, il faudra compenser avec des produits et dépenser beaucoup d’énergies fossiles. Car s’acclimater, c’est s’accorder comme on accorde des violons pour qu’ils sonnent de concert.

Plus l’écart est grand entre le climat intérieur et le climat extérieur d’une plante, plus sa dépense énergétique pour compenser affaiblit ses capacités d’autodéfenses tout en contrariant son développement. Lire la suite : Attaquée, une plante se défend comme un animal !


Les 2 vers de terre, présentés en illustration, sont catégorisés comme des anéciques à tête noire, des Aporrectodea, un genre de la famille des lombrics, en voie de disparition dans beaucoup de sols cultivés, et qui réunit plusieurs espèces.

One thought on “Cultiver sans pesticides, ça s’apprend !

  1. “Suffit amplement”… hum !

    Le printemps passé, au cours des grosses pluies (en Région Parisienne) qui ont dynamisé les gastéropodes, j’ai eu beau observer, ET tenter de lutter manuellement et même chimiquement (ferramol)… pas grand chose n’a survécu.

    Et surtout pas ce qui était repiqué de fraîche date (les salades notamment). Ce qui m’a au moins permis de confirmer que les limaces privilégient les plantes stressées.

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