Alerte invasion sur le frelon asiatique du ver de terre !

Le point sur les plathelminthes, dont le titre d’un reportage de France 2, diffusé dans le 13 H du 7 fév. 2020, nous apprend qu’une espèce dévasterait déjà les jardins !

– Ce ver exotique qui dévaste les jardins français.
Ce ver détruit en effet la biodiversité et l’écologie des sols.
Désormais, on tremble dans tous les jardins d’Europe de l’Ouest.
Toute notre biodiversité est donc menacée par ce ver plat exotique.

Et afin que la magie opère, clou du spectacle : 20% des vers de terre ont déjà disparu en France.
Waouh, un chiffre tiré du chapeau comme un lapin blanc. Plus alarmiste, tu meurs !


La presse nationale est unanime : une nouvelle catastrophe écologique se profile. Et l’ennemi, un ver gluant et dévastateur, a déjà infiltré les jardins français !


Il est 4 heures, ce 9 février, quand je termine la lecture de l’article de FranceInfo qui me cite comme pour mieux appuyer son propos : « Six questions sur “Obama Nungara”, le ver plat invasif argentin qui colonise les jardins français. Ce ver, qui menace la biodiversité des sols, a été signalé dans pas moins de 73 départements français. Il y aurait “des milliards d’individus” en France ! »

Ça fait froid dans le dos

L’ennemi ne venait pas du froid, mais d’Argentine. Et après y avoir dévoré tous les vers de terre, escargots et autres limaces, et pas seulement dans ce pays, mais dans tout le Nouveau Monde, car il est méga-invasif comme les mégafeux, il a pris le bateau pour en finir avec l’Ancien 🙂 Je plaisante.

Eux ne plaisantent pas. Un renard peut avaler jusqu’à 4 vers de terre à la minute. Et il lui en faut plus de 4 pour se caler… Quant au blaireau et à la taupe, ils s’en goinfrent ; notre humble laboureur représentant 80 et 90 % de leur régime alimentaire. Des mégaprédateurs. Le merle, le sanglier, la musaraigne et le hérisson sont aussi de grands amateurs de vers de terre. Tout ça pour dire qu’il y a déjà des costauds pour se délecter de sa chair.

Par ailleurs, vu la fragilité de notre modèle agricole, il est impératif d’en hiérarchiser les problèmes. Et dans ce cadre, ces envahisseurs resteront toujours un problème mineur, loin des titres de presse alarmistes. Au mois de juin 2018, je publiais l’article qui suit :

Diversibipalium multilineatum, l’une des espèces répertoriées en France. Photo Pierre Gros

Vers géants tueurs de vers de terre :
fake or not fake news ?

17/06/2018. Dans le sillage de l’opération, sauvons le ver de terre, portée par Le Jardin-vivant et arrivé en tête des projets préférés des Français dans la reconquête de la biodiversité, une information particulièrement bien orchestrée a envahi tous les médias nationaux en quelques heures.

Les titres de presse sont accrocheurs pour annoncer l’imminence d’une nouvelle catastrophe naturelle. Et personne n’a vérifié l’information puisqu’elle vient de la noble institution : le muséum national d’Histoire naturelle de Paris.

La picoxystrobine, une vraie tueuse de vers de terre passée sous silence

En revanche, l’interdiction par l’Europe d’un fongicide reconnu pour avoir décimé les populations de vers de terre depuis 20 ans n’a pas fait une seule ligne dans la presse !

Pas un mot sur ce fongicide utilisé en culture céréalière, précisément là où les vers de terre sont en voie d’extinction, un pesticide reconnu pour avoir empoisonné toute la chaîne alimentaire. À la foule inquiète, on donna le glyphosate comme un os à ronger, mais en comparaison, c’est du pipi de chat. Bref, il y a une relation franche et directe entre l’effondrement brutal de la biodiversité et ces printemps silencieux, et ce fongicide commercialisé à partir de 2000.

Mais le comble reste que l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, l’ANSES, était au courant dès 2010 de ses effets morbides sur la biodiversité. Comme en témoigne ce document en ligne  signé de son directeur général.

Bref, 8 ans après, obligée, la France a dû emboîter le pas de l’Europe en l’interdisant – lire le communiqué -, mais elle a autorisé les agriculteurs à écouler leurs stocks dans la nature jusqu’à la fin de l’année…

C’est grave docteur ?
– Au stade où nous en sommes, non 🙂 Et après l’interdiction, la législation française permet d’accorder pendant des années des dérogations exceptionnelles… Une belle acclimatation de la loi aux besoins des marchands. Et elle est si conciliante, que les espèces de vers de terre utilisées pour tester la toxicité des pesticides ne vivent pas dans les sols cultivés ! Lire
Trop fort 🙂

Les titres de presse

The conversation – 22/05/2018 : « Des vers géants prédateurs envahissent les jardins français. Dans l’indifférence. »

Europe 1 – 24/05/2018 : « Les jardins français envahis par des vers géants… » Et pour enfoncer le clou, le journaliste rajoute : « Des vers potentiellement immortels… »

Libération – 24/05/2018 « Comment les vers plats géants ont colonisé les jardins français »

 20minutes.fr, LCI, La dépêche… 24/05/2018 « Des vers géants envahissent la France et menacent la biodiversité des sous-sols »

Revenons au 22 mai, quand le muséum national d’Histoire naturelle lance une Alerte presse : « Découverte de plathelminthes invasifs géants en France ». Le communiqué précise qu’ils « sont des prédateurs de la faune du sol, notamment des vers de terre, et représentent donc une menace pour la biodiversité des sols et leur équilibre écologique. » (Il y a 2 ans, l’accroche médiatique, c’était les méga-vers !)

Pourquoi avoir lancé une Alerte presse, alors qu’il était si simple d’alerter les services concernés ? À savoir la Protection des végétaux ou l’Agence française pour la biodiversité.

Pourquoi avoir cherché à créer le buzz, alors qu’il était si simple de se rapprocher de l’INRA de Versailles ? Ou de Marcel B. Bouché qui a consacré toute sa vie à l’étude des vers de terre ? Ou de Patrick Lavelle, référence mondiale en la matière, professeur émérite de la Sorbonne et directeur du laboratoire d’Écologie des sols tropicaux de l’IRD ; Patrick, un chercheur méga-accessible et qui éclaire souvent ma lanterne sur le monde des lombriciens.

Bref, le ver ci-dessous n’est pas un ver géant, seulement un ver de terre commun, un normal, un lombric terrestre aussi grand que les vers géants !

Que sait-on sur les plathelminthes invasifs ?

Qu’ils vivent sur le sol, et qu’ils sont sensibles au gel et à la sécheresse : Lire le dossier scientifique. Des facteurs sacrément limitants, puisque la plupart des sols cultivés en France sont soumis au gel et à la sécheresse.

Limitants, car les endogés et les anéciques vivent dans le sol. Seuls les épigés seraient en danger, mais ils sont très rares dans un sol cultivé ; ou à l’occasion les épi-anéciques quand ils montrent le bout de leur nez.

Question. Tel un renard voulant débusquer un lapin, le ver géant devra-t-il planquer à l’entrée du terrier du lombric terrestre pour le surprendre quand il ira faire ses besoins ?

En résumé, nous sommes loin de la catastrophe écologique annoncée. Par contre, quand les conditions climatiques lui sont favorables, les techniques de couverts permanents verts ou secs, ou les serres, risquent de favoriser le développement de ces espèces en leur offrant le gîte et le couvert !

Les mangeurs de vers de terre

Qui sont les véritables tueurs de vers de terre ?

Champion toutes catégories, l’humain qui décime les populations, et la modernité agricole qui ne s’encombre de rien : ni de l’environnement, ni de la biodiversité, ni des auxiliaires ; aussi précieux soient-ils pour une agriculture soutenable et économe en énergie.

❌ Outre tous les mangeurs vus précédemment, il ne faut pas oublier la poule, un tyrannosaure pour les vers de terre, des insectes comme le Carabus, etc. Voir cette vidéo tournée dans mon village.

Pour finir

❌ Affirmer que les plathelminthes et autres vers géants menacent la biodiversité des sols et leur équilibre écologique, me permet d’affirmer que certains chercheurs n’ont pas dû prendre l’air depuis un moment 🙂 Car dehors, les équilibres sont comme les amarres, rompus depuis un bon moment !

❌ Quant à la biodiversité des sols, elle est à l’image de la glace des Pôles. Déjà 110 ans que l’alerte a été lancée


Ps. en complément à la picoxystrobine, les motivations de la décision européenne : « Les préoccupations suivantes ont été mises en évidence : un éventuel pouvoir clastogène et aneugène du métabolite IN-H8612 formé comme résidu ne peut être exclu, et un risque élevé a été identifié pour les organismes aquatiques et les vers de terre en cas d’exposition à la picoxystrobine et pour les mammifères se nourrissant de vers de terre en cas d’exposition au métabolite IN-QDY63. »


5 thoughts on “Alerte invasion sur le frelon asiatique du ver de terre !

  1. Bonjour, vous parlez de poules qui se régalent de ce vers, il est dit qu’elles n’y reviennent pas dû au fait qu’il est “dégueu”, j’imagine que d’autres animaux “français” font de même. Qu’en est-il vraiment svp ?
    Cordialement, Denis

    1. Bonjour Denis,

      J’ai seulement écrit que la poule était un prédateur du ver de terre, pas du ver argentin… A priori, les poules ne les mangent pas. Bien à vous.

  2. Un platelminthe est apparu dans ma ferme à Auroville, en Inde du Sud, il y a 3-4 ans.

    Entre nous, on l’appelait le “ver requin marteau” !
    Après recherche on s’est rendu compte qu’il était connu sur le continent depuis la fin du XIXème. Il semble clair qu’il s’étend.

    De là à ce qu’il éradique les vers de terre, faut pas pousser… Je n’ai jamais assisté à une attaque sur un ver de terre, et ces derniers étaient restés abondants.

    Là-bas, il n’y a pas de gel, mais par contre, de la sécheresse, si ! Mais comme justement nos méthodes culturales tendent à recréer des conditions d’humidité permanente du sol (ombrage, paillage…), c’est peut-être nous qui l’avons invité, finalement !

  3. Bonjour
    Merci pour ces informations autrement plus fouillées que les alertes que vous citez.
    Néanmoins, je me demande quelle attitude adopter si j’en trouve dans mon jardin…
    Si vous avez des suggestions, je serai à l’écoute.
    Bien cordialement

    1. Bonsoir Elfes,

      A mon avis, il faut s’en débarrasser sans la moindre hésitation. Bien à vous

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