Lettre à Saint Permacole

Cher Saint Permacole,

Votre ramage fait tant de ravage, qu’on ne sait plus à quel sein se vouer pour nourrir durablement nos enfants ?

J’ai bondi cette semaine à la lecture d’un article positif sur un jeune (freluquet) qui (plein de sous) allait régénérer (transformer) par la seule plantation d’arbres fruitiers, une terre pauvre en un sol riche.

Bienvenue dans le monde des magiciens ou de la multiplication miraculeuse des pains, 🙂 alors que la Terre vit un drame sans précédent avec l’effondrement de ses ressources nutritives ; des ressources requises à la multiplication cellulaire ; un sujet passé à l’as dans les médias.

Qu’est la permaculture en dehors d’avoir détourné
certaines techniques agricoles ancestrales à votre propre gloire ?

Au mieux, une réponse individuelle, au pire une solution universelle, enfin pas mieux que le mouvement hippie qui a cru qu’enfoncer une fleur au bout de chaque canon suffirait à lutter contre la guerre.

.

Car elle n’est porteuse d’aucune innovation
en matière de fertilité des espaces cultivés.

Par exemple, enrichir un coin de champ avec du fumier pour le rendre abondant, tous les paysans de la planète connaissent cette technique depuis des millénaires. Il faut juste avoir du fumier sous la main, deux doigts de jugeote, et savoir résoudre l’équation suivante : si j’en mets plus ici, j’en mettrais moins là-bas, comment là-bas mes plantes pousseront plus ?

Reste que sans fumier, on peut aussi couvrir le sol de paille pour le nourrir comme l’affirment certains YouTubeurs. Outre le travail titanesque de la faire soi-même, comment nourrir le milieu d’où elle a été exportée ? Avec de la paille importée d’un autre champ ou avec des engrais chimiques ? Et quand on l’achète, en plus d’avoir été cultivée et roulée avec des énergies fossiles et nucléaires, on ne fait qu’exporter les problèmes un peu plus loin des yeux. La nature est cannibale, elle se nourrit de matière vivante morte, elle se nourrit de la vie pour le rester ! (Extrait de mon prochain livre sur L’Art du bon sens paysan, pour retrouver le chemin d’un avenir apaisé et qui dure.)

Cher Saint,

je vous souhaite le meilleur pour 2020. De soigner votre arrogance et retrouver la tête froide, car, à cette heure, personne n’a la moindre idée de comment endiguer cette perte des ressources nutritives terrestres ? De surcroît, une partie étant aujourd’hui détournée pour produire de l’énergie mécanique, électrique et gazeuse.

Cher Sein nourricier,

je suis, et nous sommes désolés, mais un drame n’arrivant jamais seul, plus que d’avoir bouleversé votre climat, nous léguons à nos enfants un climat intellectuel déboussolé et une situation alimentaire tout à fait inédite. Sans savoir si les progrès technologiques sont un acquis durable et inaliénable, sans envisager une seule seconde qu’ils pourraient n’être qu’une fulgurance de notre histoire. Désolé, nous sommes lamentables.


Et le mercredi 8 janvier à Chédigny dans le 37,
sans nous lamenter… nous parlerons de tout ça 🙂


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6 thoughts on “Lettre à Saint Permacole

  1. Merci Christophe pour cet écrit.
    Le thème est urgent en effet. A petite échelle (parce qu’à grande échelle, je n’en sais fichtre rien), j’aime le principe des hortus en 3 zones que tu connais aussi. En zonant ainsi – et en laissant une belle part aux insectes principalement – on va prendre de la biomasse dans la zone maigre et fertiliser la zone de production. Et on peut se rendre compte de visu de la taille du terrain qu’il faut pour ne plus avoir d’intrans…

  2. Je vois bien que la question des transferts de matière organique vous préoccupeet moi tout autant. Récemment, je me suis fait livrer du BRF tout en me demandant si cela était bien car je prenais de la matière à un endroit A pour la mettre dans un endroit B. Je ne me suis pas longtemps posé cette question car la personne qui est venu me livrer m’a indiqué qu’elle récoltait ce BRF auprès de tailles de haies chez les paysans qui, autrement, brûlent ce bois car ils ne savent pas trop quoi en faire. Certes, j’ai émis un peu de CO2 dans l’histoire en mobilisant une camionnette, un broyeur mais d’un autre côté, cette ressource était destinée à finir également en CO2 directement sans passer par le stade humification and co. Cette simple anecdote pour vous dire que je pense qu’il y a encore actuellement énormément de ressources qui ne sont pas utilisées pour amender le sol. Bien entendu, elles ne seront pas suffisantes pour le faire à très large échelle mais c’est un premier pas. Ensuite, revenons aux haies et pourquoi pas aux trognes, il y a sans doute là aussi de la ressource carbone à valoriser à grande échelle ( à condition qu’elle ne se transforme pas en granules pour poêle à pellets ;-)) Enfin, je reviens très régulièrement à M Fukuoka et sur la manière dont il a “géré” cette question de la matière organique : il semble avoir, dans son climat et sur son sol, trouvé un équilibre lui permettant de produire, sur la durée, une récolte de riz et de céréales d’hiver lui permettant de se nourrir ainsi que les personnes présentes sur son site. Il a ouvert une voie qui mérite d’être explorée davantage si nous voulons de nouveau trouver un équilibre avec le milieu dans lequel nous évoluons. Et la permaculture, dans tout cela ? La pratiquant depuis plusieurs années, lisant et écoutant beaucoup, pratiquant à petite échelle, partageant, j’ai acquis la conviction qu’elle était ce que nous en faisions, comme c’est toujours le cas. Un outil d’endoctrinement parfois, une boîte à outil, une source d’interrogations souvent, bref, un sujet avec lequel je prends plaisir à travailler, surtout lorsque la pratique diffère de la théorie. Je partage votre conviction qu’elle n’est bien souvent que du bon sens mais, entre nous, dans ce monde de fou où nous vivons, je prends tout le bon sens qui peut se présenter. Bien cordialement

  3. Sachant que les commentaires sont parfois plus lus que l’article, autant le commenter… 🙂

    Par rapport à d’autres, cet article est très peu lu. Et il pose une question à laquelle j’ai déjà été confrontée : faut-il écrire sérieusement sans se prendre au sérieux, ou se prendre au sérieux pour traiter de sujets qui ne le sont pas ? Et c’est la première option qui a fait le succès de L’Éloge du ver de terre.

    Mon ennemi n’est ni la permaculture ni l’agroécologie ni l’agriculture de conservation ni l’agriculture biologique, bien au contraire, mais ce que l’on en fait aujourd’hui : des idéologies.

    J’ai vécu l’arrivée des pesticides et de la chimie dans les fermes en perma ou en agroécologie, et franchement, ce sont les mêmes ressorts qui sont utilisés.

    Bref, depuis des années, je dénonce dans tous mes livres, sans jamais avoir été contredit, l’effondrement volontaire des ressources nutritives terrestres.

    Mais ça, personne ne veut savoir. Dommage pour nos enfants, car autant on peut éventuellement s’adapter à un climat radicalisé, autant une assiette vide brûle le ventre et n’apaise pas l’esprit.

    1. J’ai beaucoup apprécié, lu avec beaucoup d’intérêt votre livre “L’éloge du ver de terre”. C’est suite à sa lecture que je vais sur votre site “Le jardin vivant”.
      Mais je ne vous comprends pas toujours, loin s’en faut…Par exemple, je suis étonnée du mépris que vous semblez avoir dans votre commentaire sur la permaculture et l’agroécologie. Elles me semblent louables, visant à être plus respectueuses des hommes, des terres, des animaux, prendre en considération la biodiversité, prendre soin de la Nature. Alors pourquoi les dénigrer ?
      Je ne comprends pas que vous puissiez dire que ceux qui se battent contre les pesticides ne veulent rien entendre sur l’appauvrissement des sols. Cela forme un tout.Personnellement, je milite pour la restriction des pesticides et pour la régénération des sols ; cela me semble évidemment aller de pair !

    2. Chantal,

      Vous employez un mot fort : mépris ; j’aurais du mépris à l’égard de la permaculture et de l’agroécologie !

      Effectivement, nous sommes tous des êtres méprisables… mais là n’est pas le sens de votre expression 🙂 Je ne sais pas ce que vous avez mangé hier soir, en l’espèce, ce n’était manifestement pas un clown, mais je vous invite à relire mes écrits.

      Toutefois, là où vous avez raison, je combats toutes les idéologies et les dogmes car ils et elles disent véhiculer une vérité qui n’existe pas. Je combats tous les prédicateurs de tous poils, je milite contre leur ordre établi.

      Je vous souhaite une belle journée.

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